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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 08:00

Ces Européennes
qui nous gouvernent

Anne Fulda
19/05/2008 | Mise à jour : 17:11 |

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Mara Carafagna, passée de la télévision au gouvernement Berlusconi.
Mara Carafagna, passée de la télévision au gouvernement Berlusconi.

En France, comme en Espagne ou en Italie, les gouvernements se féminisent.

Elle est apparue, radieuse. Toute de bleu ciel vêtue. Cheveux de jais coupés dans le style working woman, œil de braise, sourire ravageur. Une sorte de Rachida Dati italienne. Avec quelques années de moins et quelques centimètres de plus. Mais aussi, dans son sillage, comme un doux parfum de scandale. Un glamour assumé et même revendiqué. Normal : Mara Carfagna, la nouvelle ministre «de l'Égalité des chances» (sic) du gouvernement Berlusconi, sacrée «plus belle ministre du monde» par l'édition internationale de Bild, a un CV qui sort de l'ordinaire.

Cette ancienne show girl dans une émission de télévision italienne, «Vivement dimanche» à la sauce bimbo, est certes diplômée de droit mais posait nue il n'y a pas si longtemps. Mieux, l'ancienne députée de Forza Italia est celle à qui le Cavaliere avait déclaré sa flamme en direct, à la télévision, provoquant l'ire de l'épouse de Silvio Berlusconi qui avait exigé et obtenu des excuses publiques du fringuant septuagénaire.

Au-delà de l'anecdote, la composition du gouvernement italien et son nombre restreint de femmes est révélateur. Avec seulement quatre femmes, dont la première dans l'ordre protocolaire, Stefania Prestigiacomo, arrive au neuvième rang, comme ministre de l'Environnement, l'Italie apparaît comme un îlot de machisme dans une Europe qui fait de plus en plus de place aux femmes dans la vie politique. Le Cavaliere ne s'embarrasse pas de faux-semblants.

 

Foire aux bestiaux

Pas question de nommer une femme à l'Intérieur ou à la Défense. Foi de latin, en Italie, sous règne berlusconien, le régalien demeure masculin. Et la femme est tout autant recrutée pour ses qualités esthétiques que pour ses compétences. «Un harem de Hugh Hefner», a ironisé le Daily Telegraph tout en se désolant, dans le même temps, que les ministres du gouvernement de Gordon Brown soient habillées comme des sacs à patates. Et de citer Coco Chanel : «Si une femme est mal habillée, on remarque sa robe, mais si elle est impeccablement vêtue, c'est elle que l'on remarque.»

En tout cas, Berlusconi assume sans complexe sa vision réductrice des femmes. Comme s'il vantait la beauté de ses génisses à la foire aux bestiaux, il a ainsi assuré récemment que les candidates de son camp étaient «non seulement belles mais superdiplômées». Et d'ajouter que «la gauche, elle, n'a même pas de goût pour les femmes. (…) Les nôtres sont plus belles, je peux le dire car quand je regarde le Parlement, il n'y a pas de comparaison possible».

Alors, macho, le milliardaire italien, c'est peu de le dire. Jusque dans son propre parti, une sénatrice s'est interrogée publiquement sur l'arrivée en force «de jeunes beautés dont l'expérience politique se limite à avoir tourné la roue de la fortune en maillot de bain devant les caméras de Canale 5». «Berlu» n'en a que faire. Il a choisi d'aller à l'encontre de l'air du temps qui veut que pour faire moderne, «tendance», un gouvernement doit avoir un quota significatif de femmes. Et à des postes de plus en plus élevés.

Rien à voir avec le choix du chef du gouvernement espagnol qui a fait de la parité hommes-femmes en politique, mais aussi dans le monde du travail, l'un de ses chevaux de bataille.

José Luis Rodriguez Zapatero répète souvent que l'entrée massive des femmes sur le marché du travail est «l'événement majeur de l'Espagne des trente dernières années». Il a nommé, le 12 avril, un gouvernement «révolutionnaire» puisque, pour la première fois en Espagne, les femmes y sont plus nombreuses que les hommes (neuf femmes contre huit hommes) et occupent des fonctions qui ne sont pas traditionnellement réservées à la gent féminine.

Évolution à la scandinave

Ainsi, à 37 ans et enceinte, Carme Chacon, étoile montante du parti socialiste espagnol, le PSOE, connue pour ses positions «écolo-pacifistes», «rouge dedans et verte dehors», comme elle se définit souvent, a été nommée ministre de la Défense. Un magnifique «coup» de communication l'image de la jeune femme, chemise flottante sur son petit ventre rond, faisant la revue des troupes a fait le tour du monde et une première en Espagne où l'Association des militaires espagnols, de tendance conservatrice, a interprété cette nomination comme une marque de «mépris, voire une provocation envers l'armée», tandis que certains conservateurs espagnols ont eu du mal à avaler la pilule «les petites couturières de Zapatero», a ironisé le quotidien conservateur ABC.

À dire vrai, le chef du gouvernement socialiste espagnol a entamé cette évolution à la scandinave bien avant sa réélection. En 2004, il avait déjà nommé du jamais vu en Espagne un gouvernement strictement paritaire, avec comme numéro deux Maria Teresa de la Vega, papesse du féminisme espagnol. Il faut dire que l'Espagne, jeune démocratie, a permis en quelques années aux femmes espagnoles de participer à la vie politique du pays de manière exceptionnelle. Madrid entend aller encore plus loin en faisant passer un projet de loi sur l'égalité qui devrait obliger la présence de 40 et 60 % de femmes éligibles dans tous les scrutins mais aussi dans les conseils d'administration des entreprises.

À côté, l'Italie de Berlusconi fait figure de cas à part, tant, presque partout en Europe, les femmes gagnent du terrain en politique. D'aucuns, grincheux patentés, jugent que cette montée en puissance est le symptôme, si ce n'est la cause, d'une dévalorisation de la fonction politique. D'autres pensent que c'est une question d'image avant tout. Ou encore que c'est le reflet d'une évolution de la société. En tout cas, les faits sont là.

En Europe de l'Est, Ioulia Timochenko a été la première femme premier ministre d'Ukraine. En Allemagne, Angela Merkel est la première femme chancelière. L'Espagne est désormais à la pointe du progressisme féministe. Quant à la France, elle joue aussi la carte féminine. En nommant au gouvernement onze femmes dont trois, Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara, censées refléter la «diversité» française, les couleurs de la nouvelle France, Nicolas Sarkozy a voulu faire, lui aussi, un «coup» de communication. Mais, à côté de celles-là devenues, qu'elles le veuillent ou non, des vecteurs d'image, deux femmes ont été nommées dans des ministères traditionnellement occupés par des hommes, Michèle Alliot-Marie à l'Intérieur et Christine Lagarde à Bercy ; et d'autres, comme Valérie Pécresse, Roselyne Bachelot, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Nadine Morano, démontrent que les femmes ne comptent plus pour des prunes.

Même si parfois, en privé, les réflexions un peu primaires sont de mise dans des cénacles qui restent majoritairement masculins, en quelques décennies, les femmes se sont imposées dans le paysage politique français. Ce n'était pas gagné.

Potiches et «emmerdeuses»

En 1974, lorsque Valéry Giscard d'Estaing avait tenu à nommer Simone Veil à la Santé et Françoise Giroud comme première secrétaire d'État à la Condition féminine, Jacques Chirac, à l'époque premier ministre, avait pris, dans un premier temps, les revendications de l'ancienne journaliste comme celles d'une «Parisienne dévoyée». Le président du RPR, parti portant haut sa virilité, considérera d'ailleurs pendant longtemps que, en politique, il y a deux catégories de femmes : les potiches et les «emmerdeuses».

Malgré tout, après que François Mitterrand eut fait tomber beaucoup de bastions masculins (en nommant notamment la première femme premier ministre de la Ve République et la première femme membre du Conseil constitutionnel), c'est Jacques Chirac, qui soutiendra après l'épisode malheureux du limogeage des «juppettes» en 1995 la loi sur la parité, voulue par le gouvernement de Lionel Jospin.

Aujourd'hui, les femmes du gouvernement Fillon semblent droites dans leurs escarpins. Des potiches ? Pas du tout. Des emmerdeuses ? Parfois. Pas plus ni moins que les hommes. En tout cas, là aussi, et comme en Espagne, des femmes qui assument leur féminité non exclusive d'une vraie compétence. Et qui pensent qu'il n'est plus besoin de se déguiser en hommes ou en chaisières pour être crédible. Tout est question de mesure. Le moindre dérapage peut en effet être ravageur.

En 2004, les femmes du premier gouvernement Zapatero avaient ainsi posé, pour le Vogue espagnol, à la Moncloa, le siège du gouvernement espagnol, coiffées et maquillées par les plus grands stylistes espagnols et dans des poses parfois très glamour, ce qui avait provoqué l'ire des féministes espagnoles et l'interrogation de l'opinion. En France, Rachida Dati a choqué ou énervé certains en semblant, à ses débuts place Vendôme, être plus à l'aise dans les soirées Dior que dans les prisons, trop soucieuse de son apparence. Une femme peut apparaître coquette. Mais frivole, non.

Et la ligne est ténue entre les deux. Aujourd'hui, signe d'une véritable évolution, que Ségolène Royal avait bien comprise, une femme n'a plus à cacher sa féminité pour «réussir» en politique. Mais sa seule féminité ne lui suffit pas pour franchir les obstacles. Et si elle trop mise en avant, elle revient comme un boomerang. Détail révélateur : le jour où le gouvernement Berlusconi a prêté serment devant le président de la République, les quatre ministres femmes portaient des tailleurs pantalons. Comme pour estomper cette image de jolis pots de fleurs que veut leur coller Berlusconi.


 

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2008/05/19/01003-20080519ARTFIG00406-ces-europeennes

-qui-nous-gouvernent.php

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 07:18

Libération n'est pas révolution


Paru le Samedi 17 Mai 2008
   ANTONIO ESTEVEZ    
Actuel SEXE - La révolution sexuelle, en Mai 68, n'a pas inclus les mouvements féministes ou homosexuels, qui se sont «libérés» par la suite. Depuis, qu'ont-ils fait de cette liberté? Tour d'horizon.

Tout le monde semble connaître la date et le lieu de naissance de la «révolution sexuelle»: c'était en mai 1968, à Paris. «Oui, mais seulement pour les hommes hétérosexuels», ironise Rina Nissim, membre historique du Mouvement de libération des femmes (MLF) à Genève. «Le psychanalyste Wilhelm Reich disait qu'en libérant ses pulsions, on pouvait devenir un grand révolutionnaire... Mais nous, au MLF, davantage que la 'libération sexuelle', nous revendiquions une autonomie et une rappropriation de nos corps.» Alors que les hommes hétéros batifolent durant ce fameux mois de mai, les féministes prennent leur mal en patience: le MLF n'apparaît officiellement qu'en 1970, à Paris comme à Genève. «Plutôt que l'égalité, nous voulions des changements dans les rapports de force sociaux – entre hommes et femmes, vieux et jeunes, riches et pauvres. Nous voulions modifier la société de manière fondamentale», explique Rina Nissim.



Cours et partouzes

En parallèle, alors que la pilule, l'accès à l'avortement et les plannings familiaux modifient en profondeur certains rapports de genre, les pratiques sexuelles minoritaires sortent elles aussi du placard et revendiquent une visibilité. Les actions du MLF n'y sont pas pour rien, note Rina Nissim: «Lorsqu'un groupe se libère, d'autres le suivent en chemin.»
«En 1968, le vent de liberté ne touchait pas encore l'homosexualité, se rappelle Pierre Biner, journaliste et homme de théâtre genevois. Mon premier souvenir date de 1971, aux Beaux-Arts, à Paris, juste après la formation du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR). Dans l'une des salles, il y avait les discours, dans l'autre les partouzes.» Un an plus tard, Pierre Biner assiste à la troisième commémoration des émeutes de Stonewall, qui avaient opposé, à New York, des homosexuels à des policiers venus faire une descente dans un bar gay. «Il y avait des dizaines de milliers de personnes qui manifestaient dans Central Park. L'étau s'était desserré, on sentait que les choses changeaient.»
Dès la fin des années 1970, en parallèle à un retour de bâton des valeurs conservatrices, le MLF se scinde en sous-groupes thématiques. Le mouvement féministe devient légaliste: il se bat pour l'égalité des droits ou pour l'accès des femmes à tous les postes. Quant au combat contre la violence sexuelle, il devient un enjeu primordial.


Aussi à la TSR

Ce sont aussi les années où les «études genre» prennent de l'importance à l'université – et dans leur sillage le mouvement Queer, qui rappelle qu'au-delà des hommes qui aiment des hommes, il y a de nombreuses autres combinaisons possibles: lesbiennes, bisexuels, transexuels, intersexuels, etc. A Genève, Pierre Biner participe aux actions du Groupe homosexuel (GHOG), formé en 1978. Lors d'un défilé du 1er mai, les militants exhibent une banderole barrée du slogan: «40 heures d'amour par semaine: un minimum!». Et à l'occasion d'une manif antinucléaire, c'est un «Ni actifs, ni passifs, ni radioactifs» qui détonne dans le cortège.
En 1980, le GHOG participe à l'émission «L'antenne est à vous», sur la TSR, en fin de soirée. Dans une scène, deux garçons se réveillent nus sur un lit. Le premier a des mots érotiques – «Embrasse-moi» – alors que le second parle politique: «Un jour, on n'aura plus besoin de se draguer dans les parcs.» «C'était de l'agit-prop, dirigée vers la population, pour dire: on ne se cache plus et voilà nos revendications», explique Pierre Biner. Ce sont aussi les tragiques années de la propagation du sida.
Plus tard, «les Gay Pride nous ont également permis d'accéder à une certaine visibilité. C'était important, car autour des cortèges, il y a des familles avec des enfants ou des préadolescents. Or certains d'entre eux sont 'différents' et peuvent ainsi voir des modèles positifs de l'homosexualité», estime Pierre Biner.


Retour du machisme

Aujourd'hui, libérer le sexe n'est plus un enjeu central, ni pour le féminisme, ni pour le mouvement gay. «Remarquez, je continue par exemple à promouvoir l'auto-examen gynécologique», tempère Rina Nissim, naturopathe de profession. Elle constate par ailleurs que la pratique rencontre à nouveau un écho positif chez des jeunes femmes. En revanche, la Genevoise remarque un «retour du machisme, notamment chez certains jeunes. Et une réprobation de la sexualité des adolescentes.» De plus, certains pharmaciens n'hésitent plus à culpabiliser les jeunes filles lorsqu'elles demandent une pilule du lendemain.

De son côté, Pierre Biner estime que «le caractère subversif du désir homosexuel s'est en grande partie perdu». Les Pacs et autres partenariats protègent mieux les partenaires, qui n'en menaient pas large en cas de décès du compagnon, surtout pendant les pires années du sida. «Mais les formules de 'mariage', de plus en plus répandues, calquées sur le modèle hétéro, de même que l'homoparentalité ne figuraient pas parmi les choses dont nous rêvions.» I



article

«Nous étions les missionnaires du bon sexe»

   ANTONIO ESTEVEZ    
Pionnière du planning familial et de l'éducation sexuelle, Mary Anna Barbey connaît bien le panorama vénérien romand. Animatrice radio avec Bernard Pichon et journaliste spécialisée, elle a écrit dans de nombreux journaux ou magazines. Elle évoque ici quelques mutations de ces quarante dernières années.


Que faisiez-vous en Mai 68?

Mary Anna Barbey: J'enterrais ma grand-mère aux Etats-Unis: je n'étais donc pas sur le front (rires). Peu avant, en 1966, j'avais commencé à travailler au Centre médico-social Profamilia, qui s'occupait désormais de planning familial. J'étais entrée par la petite porte, en tant que documentaliste. Comme j'étais bilingue anglais-français, j'ai pu classer toute la documentation sur la contraception, qui n'existait pratiquement qu'en anglais.


Le planning familial préfigurait-il Mai 68?

En Suisse, il n'y avait pas de côté militant: il n'y a jamais eu un mouvement pour créer le planning, qui était immédiatement une institution. C'était dans l'air du temps depuis un moment et la philosophie de l'époque était de rendre la vie des couples plus harmonieuse. A ce propos, je me souviens d'un grand débat pour savoir si on allait ou non accepter de recevoir les célibataires!


Etiez-vous bien acceptés?

Les critiques venaient surtout des médecins, qui craignaient la concurrence. Et puis, des mouvements religieux conservateurs ou des parents chrétiens s'en sont pris à nos cours d'éducation sexuelle. Plus tard, lorsque j'ai participé à l'émission radio de Bernard Pichon, alors oui, j'ai reçu des lettres incendiaires et même des menaces de mort.



Vous naviguiez en parallèle à la «libération sexuelle» de Mai 68.

La véritable révolution, dans ces années, ne se situe pas au niveau du comportement, comme on a tendance à le croire, mais du contrôle de la fécondité et de la procréation au sens large. Le fait qu'on soit passé de 60 000 à 11 500 avortements par année en Suisse – chiffre qui comprend de nombreux cas de femmes étrangères –, voilà qui est révolutionnaire. Les femmes ne risquent plus leur vie à cause de la sexualité. Toutefois, vu depuis le planning familial, plusieurs choses importantes se sont passées autour de 1968. Par exemple l'effondrement du tabou de la virginité, ou de la cohabitation juvénile – c'est-à-dire le fait d'avoir des relations sexuelles avant le mariage. Résultat: au début des années 1970, les jeunes sont arrivés en masse au planning familial, avec de nombreuses questions, notamment sur la pilule. Mais tout cela serait également arrivé sans Mai 68.

La Suisse était-elle préparée à aborder les questions de sexualité?

Les parlementaires ont eu, bien avant 1968, de nombreux débats autour de questions touchant la sexualité – l'avortement, par exemple, a été discuté aux Chambres fédérales dès les années 1930. Quant aux églises protestantes, elles se sont interrogées sur la légitimité de la contraception dès la fin des années 1950. Ces discussions ont eu au moins trois effets positifs: tout d'abord, cela a sans doute contribué à ce que l'apparition du sida soit bien gérée – il n'y avait pas de stigmatisation, en tout cas moins qu'ailleurs. Ensuite, comme je l'ai dit, le nombre d'avortements a grandement baissé. Et finalement, nous avons un taux relativement faible de grossesses adolescentes – les autres pays nous envient. Bien sûr, le niveau de vie n'y est pas pour rien, de même que la qualité des soins. Mais les débats sur ces questions et l'accès aux informations jouent aussi un rôle important.


A part le sida, quels sont les grands phénomènes qui ont défié la sexualité post-68?

Je dirais que c'est la procréation assistée – avoir un enfant est devenu un parcours du combattant, que certains considèrent comme un droit –, les abus sexuels et la situation des femmes immigrées.



Aujourd'hui, les questions des jeunes sont-elles les mêmes qu'il y a quarante ans?

Au sujet de la connaissance du corps ou de la grossesse, ça n'a pas fondamentalement changé. En revanche, en travaillant pour le site internet Ciao, j'ai constaté que le changement se note au niveau du langage – et pas seulement à cause de l'orthographe (rires)! Les jeunes abordent la sexualité de manière crue. Sinon, on parle aussi de la violence sexuelle, ce qui est également nouveau. Il y a quarante ans, au planning familial, nous aurions été les premières étonnées de voir que la sexualité n'était pas que joyeuse. Nous étions les «missionnaires du bon sexe»!


S'il est un domaine qui n'a pas beaucoup évolué depuis 1968, c'est celui de l'égalité.

Il y a eu des progrès: toutes ces femmes au Conseil fédéral – même si on cherche des poux à certaines –, ça n'aurait pas été possible il y a quarante ans. Dans les années 1980, lorsque je travaillais à L'Illustré, j'étais la seule femme journaliste avec des enfants. Mais dans les hiérarchies, les choses n'ont pas beaucoup évolué – et les hommes ont souvent le dernier mot.
Le grand combat futur sera de faire en sorte que les mâles arrêtent de nous prendre pour des mamans ou des objets sexuels. Et puis, on observe aussi des retours en arrière. Je faisais récemment une intervention dans une classe de gymnase, à Lausanne: pour un exercice, les élèves devaient s'inventer un personnage. Sur vingt adolescentes, cinq ont choisi la figure de la mère au foyer.


Par rapport à 1968, on a l'impression que les couples ont davantage besoin de «sex toys» ou du porno pour exciter leur libido...

C'est tout le problème de l'absence de désir, qui a toujours existé mais s'est renforcée ces dix ou quinze dernières années. On vit dans une société érotisée à outrance: il y a une banalisation et une saturation. Les gens sont déboussolés et ne savent pas comment gérer leurs désirs.

PROPOS RECUEILLIS PAR ANTONIO ESTEVEZ



article

LA PILULE MASCULINE, C'EST POUR QUAND?

   AEZ    

Presque cinquante ans après son arrivée sur le marché étasunien, la pilule contraceptive féminine n'a toujours pas d'équivalent masculin. Régulièrement annoncée «pour demain», sa commercialisation est à chaque fois repoussée. Il est vrai que le mécanisme biologique derrière la pilule pour hommes est compliqué à gérer: il faut arrêter la production des cellules sexuelles tout en permettant celle des hormones mâles. Le tout avec une action réversible – autrement, il existe déjà l'option de la vasectomie. La pilule féminine, elle, se contente d'empêcher l'ovulation,
Consciente de cette complexité, Mary Anna Barbey estime toutefois que «le fait que la plupart des chercheurs soient des hommes n'aide pas, sans doute – ils n'ont pas trop envie de chatouiller ces questions. Selon moi, les raisons sont autant médicales que psychologiques.» AEZ


 

Source : http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=439520

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Published by Misfit - dans Féminisme
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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 10:27

Touche pas à mon client ?



La pute-pride de ce samedi 22 mars 2008 à Paris-Pigalle, a réuni environ 150 personnes, dont une bonne dose de journalistes. Pas de tract, beaucoup d’hommes (comme à la journée de la femme -ce 8 mars 2008 à Paris), et beaucoup à redire !


A l’occasion de la pute-pride, les “panthères roses” défendent que “le choix de se prostituer ou non fait partie de la liberté individuelle et sexuelle”, et de la “liberté de disposer de son corps”. Ces arguments renvoient 150 ans de luttes féministes aux orties : la liberté à disposer de son corps est ramenée ici au “libre choix” de vendre et négocier son corps.

C’est du pur ultra-libéralisme, avec des arguments de soi-disant “libre” auto-marchandisation du corps.

Communiqué des panthères roses pour la pute-pride 2008

Dans ce cadre libéral, la logique suit son cours : la défense du business, la défense des clients.

“Les Putes” et “Droits et Prostitution” se mettent ainsi à protéger leurs clients, par un douteux “Touche pas à mon client!”. Effectivement, sans client : pas de prostitution. Sans oppression des femmes, sans patriarcat et sans domination masculine : pas de clients potentiels.

Et donc, sans statut d’infériorité des femmes, pas de prostitution !!!

Donc, ces associations ne défendent pas les personnes prostituées, mais le système prostitutionnel, et donc le patriarcat.

Le groupe “Les Putes”, parlons-en.

“Les Putes” sont un groupe d’une dizaine de personnes (80% d’hommes) qui tend à s’imposer en agitateur politique et à occuper une place de choix sur ce sujet dans le milieu d’extrême gauche parisien (débat organisé par le SCALP au CICP dimanche 17 mars 2008, En bas de ce lien : Occupation de l’amicale du Nid à Clichy par “Les Putes” et le SCALP).

http://www.lesputes.org/main.htm

Ce groupe s’approprie la parole des prostituéEs qui sont pourtant, dans la vraie vie, en grande majorité des femmes.
Comment occuper une place impressionnante dans le débat public (parisien) à 10 ?

=> Occuper les permanences du Nid, occuper la Maison des Femmes de Paris (entre autres).

Le groupe “Les Putes” occupent … la maison des femmes ! (mai 2006)
Violence pro-prostitution et commentaires intéressants


http://maisondesfemmes.free.fr/dotclear/index.php



Ce sont là les symboles de l’oppression des prostituéEs ? En tout cas, ça fait du bruit, plus fort et plus vite, de se trouver des ennemis rapidement (abolitionnistes donc cathos-frustréEs-”putophobes”) plutôt que de taper sur les vrais symboles de l’oppression des prostituéEs et des femmes. Puisqu’ils-elles veulent faire dans le symbolique …

Ici “Les Putes” mettent en lien leurs associations “alliées” (comme les panthères roses, ActUp-Paris, les Indigènes de la République, etc).


http://www.lesputes.org/liens.htm


Cela montre le tournant politique pris par le courant pro-prostitution. ActUp (il y a encore quelques années) s’attaquait aux détenteurs de la force et du pouvoir patriarcal. Aujourd’hui “Les Putes” s’attaquent aux féministes et défendent les clients.

Il faut savoir que “Les Putes” et “les Panthères Roses” disent de ceux et celles qui ne sont pas d’accord avec eux, qu’ils-elles sont “frustréEs”, “moralistes”, “putophobes” : c’est du débat binaire, simpliste, puérile.
Cette vision du débat qui dit : si tu n’es pas d’accord avec nous, tu es contre nous, contre TOUTES les prostituées, et en plus tu es frustrée (argument anti-féministe habituel) !Non les abolitionnistes de la prostitution ne sont pas toutes prohibitionnistes, loin de là. L’Etat ne doit pas interdire la prostitution, car nous ne demandons rien à l’Etat bourgeois -qui a pondu la LSI et sa loi sur le racolage passif.
Non les abolitionnistes ne sont pas toutes des moralistes, frustréEs et anti-prostituées, loin de là. Les prostituéEs ne sont pas à incriminer, c’est le partriarcat -en tant que vision de la femme comme objet sexuel, entre autres- qui est à éliminer. Non la prostitution ne concerne pas que les prostituées, c’est un des pilliers de l’oppression des femmes et, quelle fille ou femme ne s’est jamais entendue affublée d’un “sale pute!”. Nous sommes pour la libération sexuelle (la vraie) et selon nous, elle va à l’encontre de la marchandisation des corps.


Quand le libéralisme et les arguments pro-prostitution des collectifs “Les Putes” et “Droits et prositution” se font une place chez les libertaires …

Même Offensive (OLS), qui produit un dossier pourtant intéressant et diversifié sur la prostitution (”Putain de sexime !” déc.2007), compare les arguments des mouvements “Les Putes” et du Nid pour … les rapprocher ! (dommage…) et indiquer sur quoi ces deux mouvements sont finalement d’accord. Comment peut-on comparer un goupuscule de 10 personnes qui battent des ailes depuis 2006 et le Mouvement du Nid qui développent des permanences pour les prostituées depuis 1937 (jusqu’au Brésil et en Côte d’Ivoire) ? Comment peut-on les mettre côte à côte, sans apporter un minimum de critique (d’un côté comme de l’autre) ? Par ailleurs, le dernier numéro (Mars 2008) du Courant Alternatif (OCL) consacre 3 pages à Cornélia : transexuelle, prostituée, dominatrice et libertaire. La partie sur l’entraide et les luttes contre la pathologisation de la transidentité, ne sauve malheureusement pas le reste. Cornélia est sa propre patronne, elle s’autogère : donc elle est libertaire. En économie, “être son propre patron” a un nom : c’est “profession libérale”. D’ailleurs elle affirme que les prostituées en France n’ont plus de mac depuis au moins 20 ans. En même temps, ce sont toujours les prostituées libérales qui le disent… Elle dit aussi que les filles de l’Est n’ont plus de macs non plus, qu’il reste les réseaux africains mais que c’est peut-être mieux que de “crever dans les rues de Kinshasa”. La politique du moins pire : les africaines apprécieront le misérabilisme que les réglementaristes reprochent à ceux et celles qui osent remettre en cause le système de la prostitution.

Oui, les prostituéEs sont des victimes de la prostitution, comme les salariéEs sont des victimes du salariat, comme les personnes de couleur sont des victimes du racisme, comme les femmes sont des victimes du patriarcat et des violences conjuguales. Ce n’est pas de la “victimisation” que de l’affirmer clairement, que de l’assumer pleinement. Ce n’est pas déposséder les personnes de leur capacité à lutter pour leurs droits : au contraire ! C’est leur apporter soutien et reconnaissance.

Abolition de la prostitution, du capitalisme, du racisme et du patriarcat.

Pour une société sans aliénation.

“Quand je mange un bifteck, je ne me demande pas si la vache a souffert” répond un client, à un journaliste qui l’interroge sur les prostituées victimes de la traite …


Sources: http://teteshautesregardsdroits.wordpress.com



Message du groupe Les Putes : “Touche pas à mon client !”


http://www.lesputes.org/nid.htm



Droits et prostitution : “pénaliser les clients = pénaliser les prostituéEs”


http://www.droitsetprostitution.org/index.htm



Réponse du Mouvement du Nid à ses détracteurs


http://www.mouvementdunid.org/Fier-e-s-d-etre-abolitionnistes
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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 08:00
“Libération sexuelle” : pour qui ?







“(…) la pornographie, la prostitution, les techniques sexologiques, tout comme le tabac, l’alcool et les tranquillisants, jouent le rôle de soupape de sécurité”.
Le texte qui suit date de 1975 et tranche avec les positions actuelles mi-figue mi-raisin en vogue dans la mouvance “libertaire”. Il parle de la soi-disant libération sexuelle, du porno, des relations de séduction, du sado-masochisme. Le texte est lourd dans l’écriture, répétitif et psychanalysant. Le patriarcat parait n’être perpétué par personne, les hommes sont “profiteurs du système” bien malgré eux, tous dans le même bateau : il n’est pas question ici d’oppression spécifique des femmes. Néanmoins, la vision de la “libération sexuelle” par une femme, avec le regard de l’époque, est concrète. L’idée d’échanges -affectifs et physiques- sincères parce que partagés entre deux individus autonomes : Mathilde Niel parle ici de VRAIE libération sexuelle.


Libération sexuelle -Mathilde NIEL.

Les livres, les revues et les films pornographiques sont lus ou suivis par un nombre de plus en plus grand de lecteurs et de spectateurs, la publicité et les magazines sont de plus en plus érotisés, les revues spécialisées dans les techniques d’amour physique sont de plus en plus divulguées, si bien que notre époque apparaît à certains comme celle de la libération sexuelle.

Il n’en est malheureusement rien. En réalité, il s’agit d’une illusion de libération qui ne fait que renforcer la répression dans le domaine des relations entre sexes. Certes, le nouveau modèle de sexualité sans voiles et sans pudeur présenté par les médias est moins hypocrite que le modèle puritain de nos parents ou de nos grands-parents, mais il n’en est pas moins celui d’une sexualité atrophiée et déshumanisée, sans amour et sans liberté véritables, entre partenaires affectivement appauvris et inhibés par le travail sans joie, sans créativité et sans communication de la société capitaliste et technicienne.

Dans toutes leurs relations professionnelles, amicales ou sexuelles, ce qui manque le plus aux hommes de notre société, c’est l’échange affectif, spontané et libre entre personnes égales et ayant un très vif sentiment de leur autonomie.

Rien de ce mode de relations dans les images ou les films pornographiques, mais des relations d’objets, des rapports sadomasochistes, où chacun reste enfermé dans la recherche de son plaisir égotiste - le même plaisir que recherche le spectateur ou le lecteur insatisfait de sa vie relationnelle - mais qu’il éprouve seul, mêlé à tous les sentiments de culpabilité qu’il éprouve en violant les interdits moraux et sociaux.

Relations d’objets, rapports sado-masochistes, absence de communication, sentiments de culpabilité, comment pourrait-il s’agir d’une vraie libération ?

En réalité, les médias spécialisés dans 1′érotisme et la pornographie ont pour rôle principal, non de libérer les gens, mais de leur permettre de mieux supporter leurs diverses aliénations sociales et leur répression sexuelle réelle. Il s’agit avant tout de fournir aux hommes et aux femmes qui vivent dans leur couple clos des relations sexuelles et affectives étriquées, contraintes et exclusives, un plaisir solitaire de voyeur, compensation momentanée à leurs diverses frustrations, tout en les incitant à se résigner à leur manque d’épanouissement et à leur aliénation.

Car une vie sexuelle sans élan, sans échanges affectifs et physiques libres et sincères, et cela entre partenaires inhibés et dépendants, ne peut être qu’une vie sexuelle atrophiée, réprimée, déshumanisée; cette répression là s’ajoute aux innombrables répressions que nous subissons dès l’enfance et qui font de nous des êtres ou bien inépanouis, angoissés, apathiques, ou bien des êtres dominateurs, sadiques, violents; c’est-à-dire, ou bien les victimes ou bien les profiteurs du système.
Avec le déferlement de la vague érotique et pornographique, la répression sexuelle a pris ainsi un aspect trompeur de libération, mais la répression n’en est pas moins aussi forte, bien que plus sournoise. Elle n’est qu’une des formes, parmi beaucoup d’autres, que prend tout un système social répressif qui nous empêche d’exprimer librement nos besoins profonds d’amitié, d’amour, d’échanges affectifs et physiques, dans l’égalité et l’autonomie de chacun.

Car, pour maintenir l’ordre existant, il faut une hiérarchie avec des supérieurs et des subordonnés, il faut que les relations ne soient pas entre êtres humains libres, mais entre objets, entre esclaves et maîtres. Si bien que l’absence d’égalité, de dialogue, de relations chaleureuses dans le travail et dans les rapports sociaux exige l’absence de relations égalitaires et l’absence d’amour authentique entre hommes et femmes. Tout se tient. Puisque dans notre organisation sociale, les uns doivent commander et les autres obéir, il faut bien que les hommes s’éprouvent supérieurs aux femmes et les femmes inférieures aux hommes; il faut bien que l’homme prenne la femme et que la femme se laisse prendre; il faut bien que la femme séduise et que l’homme se laisse séduire ; chacun jouant alternativement le jeu de la domination et de la soumission. Les relations d’échange, d’égalité, de liberté quand elles peuvent, par exception exister dans les relations amoureuses sont sont la négation même de l’ordre établi.

Mais il faut bien aussi que la famille soit fermée sur elle-même et que la fidélité sexuelle et l’amour-devoir conjugal soient obligatoires Que la famille se mette à s’ouvrir, que les femmes et les hommes, les parents et les enfants puissent, non seulement s’aimer librement entre eux, mais aimer librement en dehors du cercle de famille, alors, c’est la fin des frontières, la fin des divers racismes, des divers nationalismes, de toutes les ségrégations et de toutes les guerres.

Car, pour le couple replié sur lui-même, les autres hommes et femmes représentent une menace et un danger; tout comme pour la nation ou la classe sur elle-même, l’autre nation, l’autre classe représentent une menace et un danger, contre lesquels il faut se défendre et s’armer.

Ainsi les films pornographiques, les revues érotiques, en fournissant des compensations misérables et illusoires à la répression affective et sexuelle, aident à perpétuer la structure familiale fermée, les structures sociales hiérarchisées, les relations de combat et à maintenir l’institution du mariage. Wilhelm Reich avait bien vu que la famille nucléaire actuelle, dans la quelle parents et enfants, père et, mère sont tous dépendants les uns des autres, et dans laquelle la sexualité est exclusive, étriquée, réprimée est l’abcès de fixation de la plupart des névroses et le creuset où se forge notre société injuste, ségrégative, autoritariste.
Ce que ne veut à aucun prix notre société, parce qu’elle se sentirait en danger de mort, c’est le dialogue égalitaire, l’échange créatif entre individus autonomes, c’est la libre expression de la spontanéité de l’énergie de vie, de l’élan d’amour, et cela aussi bien dans les relations entre sexes que dans les autres relations.

Pour perpétuer la société du pouvoir, de la hiérarchie et du fric, il faut la famille patriarcale fermée, l’amour-devoir conjugal exclusif et stéréotypé, avec fidélité obligatoire, et cela pour toute la vie; il faut réprimer ses désirs et son besoin d’amour; en bref, ii tant des relations de dépendance et d’inégalité.

Mais comme nous avons tous au fond de nous-mêmes des besoins de relations libres et égalitaires à satisfaire, comme nous désirons pouvoir aimer librement, et chacun à notre façon, plusieurs êtres, comme nous avons besoin de vivre pleinement et d’élargir nos relations, la machine répressive est soumise à une forte pression intérieure; elle risque à chaque instant d’exploser ; alors la pornographie, la prostitution, les techniques sexologiques, tout comme le tabac, l’alcool et les tranquillisants, jouent le rôle de soupape de sécurité ; ainsi, on sauvegarde le couple et la famille traditionnels, on évite son éclatement comme on sauvegarde l’ordre établi.

Il en résulte que vouloir à la fois la révolution et le maintien du couple traditionnel fermé représente une contradiction. Toute libération véritable de nos forces d’amour affectives et sexuelles, dans l’égalité, la liberté des relations et l’autonomie de chacun, est delà un acte révolutionnaire qui bouleverse tout l’ordre social existant et fait tomber les barrières qui divisent les êtres humains ( barrières de sexes, d’âges, de nationalités, de races, de classes, etc. ).

On voit que la libération ainsi comprise n’a rien à voir avec le libertinage et la pornographie. Bien au contraire, elle humanise et diversifie les relations, elle ouvre et élargit l’amour; elle libère nos énergies créatrices, aussi bien dans les relations duelles que dans les relations de travail et dans le travail lui même. Un amour humanisé est, en effet, un amour accompli, où personne ne contraint jamais personne, ne séduit jamais personne, ne prend jamais personne, où le plaisir n’est jamais pris égoïstement, mais est toujours partagé.

Une fois qu’il a été vécu, ce mode d’amour non exclusif et ouvert est tellement libérateur qu’il tend à s’étendre à toutes les relations. Une des plus grandes répressions que subissent actuellement les hommes et les femmes, c’est cette obligation qui leur est faite par la société (intériorisée dans leur conscience morale) de n’aimer affectivement et sexuellement qu’un seul être pour la vie et et de l’aimer selon un modèle préfabriqué qui empêche toute création dans les échanges, toute spontanéité, entrave tout élan et rend les individus insatisfaits, apathiques, agressifs.

Il est monstrueux de culpabiliser les gens qui n’en peuvent plus de réduire leur élan d’amour à un seul être, alors que c’est l’amour ouvert, l’amour non exclusif, qui ouvre les coeurs à l’amour de tous les hommes et à la fraternité vécue.

Mais comme nous éprouvons tous un besoin irrésistible de vivre libres, et d’aimer plusieurs êtres (et, à travers eux, tous les êtres humains, sans distinction), comme nous avons tous besoin de coopérer, d’échanger, de créer dans tous les domaines y compris dans celui des relations et des relations sexuelles, comme on nous empêche de réaliser ces aspirations saines et qu’on nous fait même croire qu’elles sont immorales, alors notre énergie de vie, au lieu de s’écouler sans tension sous forme d’amour, de créativité et de joie de vivre, va dévier et se transformer en désirs de possession d’argent, d’objets, de personnes, en désirs de jouissance égotiste, en besoins de domination, d’autorité, en agressivité, en haine, en sadisme, en destructivité; à moins que notre conflit intérieur ne fasse de nous la proie de l’angoisse, de la dépression et de toutes les formes de névroses.

Car la répression affective et sexuelle à laquelle nous sommes soumis depuis l’enfance fait de nous des êtres inhibés et bloqués - des malades mentaux - ce dont profitent d’ailleurs les pourvoyeurs de drogues, de tranquillisants, d’alcool, et certains psychanalistes, psychologues, sexologues, qui cherchent à réintégrer dans le système les névrosés que ce même système a fabriqués.

On a inoculé en nous depuis l’enfance la peur de nos semblables, la peur de l’autre, la peur d’aimer, la peur d’être libres, la peur de vivre. Se libérer de ces peurs fondamentales, arriver à aimer sans entraves plusieurs personnes, et chacune de façon singulière, se débarrasser de notre besoin d’amour fermé, possessif et exclusif, vivre librement sa vie affective et sexuelle, c’est sans doute une voie difficile à cause de nos préjugés et de nos conditionnements profonds, mais c’est déjà préparer la société égalitaire et le monde sans frontières de demain, où les hommes ne craindront plus de s’aimer, de créer ensemble, de vivre.

Le Monde libertaire octobre 1975.
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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 10:01

Miroir, miroir, suis-je toujours la plus belle?



Ce 15 mai 2008 – Au Sénat, des ex-ministres affrontent un nouveau groupe d'action féministe
Pour se défendre de tout sexisme, Gérard Longuet se trouve des excuses plus sexistes encore:

"c'est de la provocation à l'état brut, mais j'ai une excuse : je suis marié, avec une femme, ce qui est encore assez fréquent, j'ai quatre filles, une mère, et quand j'ai un chien c'est une chienne."




Le 15 mai 2008, le groupe d'action féministe La Barbe a investi un colloque organisé par le Sénat avec le Comité d'Histoire Parlementaire et Politique (CHPP) ayant pour titre « La Ve République au Parlement ».

A l'annonce de la table ronde présidée par Mr E. Balladur et pompeusement intitulée « L'Assemblée Nationale, miroir de la Société Française », 20 femmes à barbes se sont levées devant l'estrade. Drôle de reflet pour une assemblée en l'occurrence exclusivement masculine, qui se trouva prise d'un malaise palpable.
  
Dans la Salle Clémenceau, au cadre prestigieux, le programme du jour prévoyait en effet que se succèdent à la tribune de nombreux énarques et anciens ministres … tous des hommes. Une femme, Mme Catherine Proaccia, fut rajoutée in extremis sans qu'elle puisse figurer sur le programme, suite aux protestations de Laurence Rossignol, secrétaire nationale du Parti socialiste, chargée du droit des femmes, dans une lettre ouverte à Christian Poncelet, le président du Sénat. Au côté de M. Edouard Balladur, ancien premier ministre, M. Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre, M. Claude Estier, ancien président du groupe socialiste du Sénat, M. Gérard Longuet, ancien ministre, sénateur de la Meuse, n'ont pu que subir passivement l'initiative. Difficile de trouver la réplique qui s'impose face à un banc de postiches impassible, qui pris garde de rester digne tout au long des deux heures d'intervention des énarques. Aux questions de l'assistance, le tract
diffusé à l'occasion répondait par l'ironie :

« L'Assemblée Nationale compte déjà 18% de femmes en 2008, les menaces sont réelles de voir les lieux de pouvoir contaminés par une féminisation rampante de la société. Les défis aux institutions politiques françaises sont nombreux, et nous sommes rassérénées de voir que nos hommes politiques savent créer les conditions d'une réflexion sur notre Histoire qui ne s'embarrasse pas de froufrou. Les rênes d'une société bien gouvernée doivent être tenues dans la main d'hommes, sûrs et entiers ; eux seuls sont à même de porter et transmettre les valeurs qui nous sont chères – Justice, Egalité, Universalisme».

Le groupe La Barbe a déclaré vouloir ainsi investir chaque mois un des hémicycles du pouvoir patriarcal en France – fut-il industriel, médiatique, culturel ou politique. Le 8 mars, les femmes de La Barbe avaient posé sous la statue de la République à Paris, qu'elles avaient pour l'occasion affublée d'une barbe postiche. Elles sont également intervenues à plusieurs reprises dans les conseils d'administration d'entreprises de la grande distribution pour dénoncer la quasi-éviction des femmes dans la direction d'un secteur dont la main d'?uvre est presque exclusivement féminine.

En introduction du Colloque, avant l'action de la Barbe, Pierre Mazeaud se permettait de regretter que la Constitution évoque dans son préambule la nécessaire représentation égalitaire des femmes dans les Assemblées de la République. Cet ancien président du Conseil Constitutionnel alla jusqu'à suggérer "pour le bien des femmes elles-mêmes" qu'une telle ambition qui relevait du "communautarisme" constituerait, si elle était applicable, une "dangereuse brèche dans laquelle d'autres pourraient vouloir s'engouffrer". J.P. Raffarin quant à lui se félicita sans vergogne de la quantité de femmes présentes... dans l'auditoire. Mais la barbe d'or fut décernée à M. Gérard Longuet, qui se défendit de l'attaque féministes en clamant "je suis marié, avec une femme, ce qui est encore assez fréquent, j'ai quatre filles, une mère, et quand j'ai un chien c'est une chienne."  Mais que voulait-t-il dire par là?

L'invitée de dernière minute eu finalement l'occasion d'un long plaidoyer en faveur de la place des femmes dans les institutions républicaines. "Nous avons eu une femme Premier Ministre, Edith Cresson, aucune autre depuis lors. Et on pensera ce que l'on voudra, mais la première chose qui lui fut reprochée fut d'être une femme. Nombre de femmes ont été humiliées, avec l'affaire des "jupettes" à l'époque. Les sénateurs comme les députés ne veulent pas laisser leurs places à des femmes. Est-ce que notre Parlement est véritablement démocratique ?" En France, après les dernières élections municipales, on ne trouve que 9% de femmes Maires des villes de plus de 35 000 habitants. Au Sénat, les femmes représentent 16, 9% des élus. Le pourcentage des femmes à l'assemblée est 18,2% et la France en 62e position dans le monde pour les femmes dans son Parlement.

Contact presse : 06 19 99 53 74 ou 06 70 74 25 33. Email : labarbabe@gmail.com. Web : www.labarbelabarbe.org
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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 11:22

40 ans de Mai 68 : L'explosion du féminisme (15/05/2008 )

Témoignages. En 1968, on leur promettait des lendemains qui chantent après le Grand Soir. La révolution n'étant pas advenue, de nombreuses femmes qui militaient dans les  groupuscules de gauche et d'extrême-gauche ont décider de faire leur propre révolution, sans les hommes. En ligne de mire surtout : la liberté sexuelle et l'égalité hommes/femmes. Deux féministes nous racontent leur expérience.

Anne-Marie Martin
Prendre la parole, vidéo au poing

En 1975, elle quitte les “Cahiers de Mai” pour fonder avec trois autres copines mais aussi trois copains, l'Association de Diffusion Populaire (ADP) qui va être une formidable caisse de résonance des mouvements de femmes.

“Idéologiquement, je suis issue des “Cahiers de Mai”. Ce groupe, porteur d'une revendication socialiste autogestionnaire, a développé durant les années 70 des “enquêtes ouvrières” qui consistaient à élaborer des textes collectifs  avec les ouvriers à propos de leurs revendications et à les faire circuler  à l'intérieur et à l'extérieur de l'usine pour populariser ces luttes, principalement à travers la revue les “Cahiers de Mai”.

Je faisais déjà partie d'un collectif audio-visuel, au sein des Cahiers, dont l'objectif était la diffusion de films militants.

En 1975, nous avons fait scission en prenant le nom d'Association Diffusion Populaire (ADP) Vidéo. Personnellement, j'en avais marre, en tant que femme, d'être cantonnée à la prise de note et aux enquêtes dans le textile. C'était une vraie rupture avec le “père politique”. Avec deux autres copines mais aussi trois garçons, nous avons aussi décidé pour filmer les mouvements antinucléaires et féministes qui se développaient et pas seulement les mouvements ouvriers.

De 75 à 79, nous nous sommes littéralement explosés en tournant une quinzaine de films et de nombreux rushes. Il fallait être sur tous les fronts : pendant qu'une équipe étaient à Seveso (pour la catastrophe industrielle), d'autres étaient en Alsace pour une grève à l'usine Schlumpf. Les conditions d'enquête étaient spartiates puisque nous étions tous militants, presque à plein temps. Le matériel, un magnétoscope et une caméra, était acheté avec nos maigres économies et nous dormions souvent sur le bord des routes !

En tant que femmes, nous avons repris notre parole, en étant présentes dans le mouvement des femmes de l'époque. Pour moi, nos deux films sur les ouvrière de Lip (usine de montres du Jura, récupérée par ses employés, qui était dans les années post-68 le symbole d'une autogestion possible, ndlr) montrent autant la prise de parole des ouvrières que ma propre prise de parole. Il faut préciser que les dirigeants syndicaux de l'usine avaient refusé que soit tenu un stand femme. L'idée était notamment de “faire prendre conscience aux hommes qu'ils ont intérêt à ce que les femmes soient dans la lutte et posent leurs problèmes. Plus une femme est consciente de son exploitation, plus elle luttera pour un changement”. Nous étions aussi très proches du MLAC (Mouvement pour la Libération de l'avortement et de la contraception), ce qui nous a amené à filmer les coulisses d'un procès qui se déroulait à Aix-en-Provence.

Pour moi, cette parole collective, ces rencontres et ces amitiés autour de Lip au féminin comme autour du MLAC ont été décisives.
En 1979, le collectif s'est dissout. En plus de difficultés financières. C'était une forme d'échec : nous avions facilité une expression des mouvements sociaux mais nous n'avions pas su diffuser largement nos films”.

La plupart des membres d'ADP Vidéo ont continué dans le domaine de l'image. Anne-Marie Martin est devenu réalisatrice. Elle est toujours militante. En 2001, elle a filmé le mouvement des sans papiers, avec la même idée qu'à ses débuts : l'image doit permettre de populariser la lutte.


Annick Houel
Une expérience radicale : le Centre des femmes

En 1974, elle crée à Lyon avec plusieurs dizaines d'autres militantes féministes, le Centre des femmes. Cette ruche autogestionnaire sera aux avant-postes des questions liées aux femmes.

“Dans les années qui ont précédé 1968, j'étais féministe sans appartenir à un groupe spécifique, en révolte contre la situation des femmes à une époque où il n'y avait ni contraception, ni avortement. Comme beaucoup de femmes, j'ai moi-même avorté clandestinement, à 21 ans. Il fallait libérer les femmes de la famille, ce qui passait par la contraception et par le partage des tâches. En 1968, j'avais 25 ans. J'ai activement participé aux événements étudiants parisiens. Dans les groupes militants, on nous expliquait que le changement pour les femmes viendrait après la révolution. Mais après 1968, ce n'était plus possible d'entendre ce discours : comme la révolution n'était pas arrivée, il fallait maintenant s'occuper de nous, les femmes. Nous verrions plus tard pour le Grand Soir. Comme de nombreuses femmes à ce moment-là, j'en ai eu marre de toujours voir les hommes prendre la parole, de ne pas être entendue et d'être cantonnée à l'impression des tracts. En 1969, je suis venue à Lyon pour enseigner la psychologie à l'université Lyon 2. Pour des femmes, comme moi, les premières luttes sur les questions d'avortement et de contraception au sein du MLAC (Mouvement pour la libération de l'avortement et de la contraception) ont été l'occasion de ne plus faire partie des autres groupes militants.

Le MLAC s'est auto-dissout en 1974, à la suite du vote de la loi Weil. A Lyon, avec certaines militantes du MLAC, nous avons récupéré une partie de l'argent restant, pour créée une association, le Centre des femmes, non-mixte. Et en 1975, nous avons ouvert un local à proximité de la place des Terreaux. Avec une activité très forte. Objectif : Lutter sur les problèmes spécifiques des femmes, en particulier sur le viol. Nous étions une centaine de militantes auxquelles se rajoutait environ 400 femmes sympathisantes.

Ce Centre des femmes étaient organisé en groupe de conscience. Des femmes se rencontraient pour discuter de problèmes spécifiques sur un modèle non-hierarchique, d'autogestion. Il y avait une vingtaine de groupes : écriture, lecture, self-défense, gynécologie, lesbiennes… en fonction de ce que les femmes proposaient.

On occupait fortement l'espace public dans le style des manifestations spontanées et festives de l'époque. La plus grande manif “Prenons la rue” a eu lieu en 1977, où de nuit nous avons déambulé à 500 dans le centre-ville, pour le durcissement de la loi sur le viol. A la suite du combat pour la contraception et l'avortement, la question du viol était en effet devenue centrale. Car à l'époque le viol n'était pas reconnu comme un crime, passible des assises. La loi ne date que de 1982.

Notre rôle était de faire émerger des problématiques spécifiques qui allaient ensuite se structurer en association. Nous avons par exemple organisé plusieurs actions sur les femmes battues, ce qui a donné par la suite le centre VIF (Violence Intra Familiale) à Villeurbanne, un centre d'hébergement pour les femmes battues.

On était en réunion tous les soirs. Moi-même, j'étais mère célibataire. Du coup, j'emmenais ma fille avec moi. Je peux dire avec le recul que j'étais beaucoup plus mobilisée sur le mouvement des femmes que sur mon travail à l'université où j'étais cataloguée comme une “emmerdeuse féministe”.
A la fin des années 70, ça s'est essoufflé, comme tous les mouvements sociaux. Faute d'un nombre suffisant d'adhésions pour payer le loyer, nous avons dû fermer. Les jeunes filles n'ont pas pris la relève car avec les grandes lois sur la contraception, l'avortement et plus tard le viol, tout leur semblait acquis. Alors que dans les pratiques, comme sur le partage des tâches, il y a beaucoup de choses à faire”.



Auteur : Laurent Burlet
Source : http://www.lyoncapitale.fr/index.php?menu=01&article=5470

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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 21:23
La Fondation Copernic relaye et soutient l'appel suivant : 

  • POUR UNE LOI –CADRE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES

France, 2008. Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. Tout le monde se désole. Mais disposons-nous vraiment de toutes les mesures nécessaires pour combattre les violences faites aux femmes ? Toutes les violences faites aux femmes. Pourquoi la loi ne prend-elle pas en compte la prévention des violences faites aux femmes et laisse chacun-e se débrouiller dans son coin ? Pourquoi les violences psychologiques sont-elles reconnues au travail sous le nom de harcèlement moral et non pas dans le couple ? Pourquoi la solidarité nationale ne se décline-t-elle pas financièrement auprès des victimes les plus démunies ? Pourquoi une femme qui se sent menacée ne peut-elle bénéficier d'une protection urgente ? Pourquoi sont-elles si peu à porter plainte ( 8% des femmes de 20 à 59 ans victimes de viol) ? Il est temps que la France adopte un ensemble de mesures intégrées et globales pour combattre ce fléau social, comme l'ont fait l'Espagne et la Suède.

Le Collectif national pour les droits des Femmes, soutenu par d'autres associations féministes, a rédigé une proposition de loi-cadre pour combattre ces violences, qui a été déposée sur le bureau de l'Assemblée par le Groupe de la gauche démocratique et républicaine.

Signer la pétition en ligne :

http://orta.dynalias.org/petition-violences-femmes/home

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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 14:59

Pink Gang, les miliciennes roses


Les femmes indiennes qui luttent pour les droits des femmes

Par Polly Dunbar
Radio Air Libre 87.7 MHz
pour voir les photographies qui accompagnent le texte : http://www.radioairlibre.be/infos/Pink_Gang.htm



  Elles s'habillent en saris rose bonbon, mais leur réputation est loin d'être tendre.
Ce sont les justicières roses, membres d'un groupe décidé à extirper la corruption des forces de police et à appliquer une justice impitoyable aux coupables de violence domestique ou d'abus sexuel.
 Elles sévissent  dans l'état d'Uttar Pradesh  au nord de l'Inde. Elles ont choisi le rose comme emblème de leur combat et peuvent compter dans leurs rangs, plusieurs centaines de militantes.
Elles sont armées de lathi - les bâtons traditionnels - qui servent à battre les hommes qui ont abusé de leurs épouses ou les ont abandonnées, et aussi à tabasser les policiers qui ont refusé d'enregistrer des plaintes pour viol.
  Le groupe, qui s'est formé il y a deux ans, malgré que ses membres soient issus des plus basses castes de la société indienne, est même parvenu à dénoncer les malversations des politiciens corrompus.
 Depuis sa création, le Pink Gang, comme elles s'appellent, a été frappé par une série d'accusations criminelles, mais elles tiennent bon et résistent aux menaces.
 « Personne ne vient à notre aide dans cette région » dit Sampat Pal Devi,  47 ans, la fondatrice du groupe, qui donne aux autres femmes des leçons de combat.
« La police et les fonctionnaires sont tellement corrompus et anti-pauvres, que  nous devons nous même faire appliquer la loi. À d'autres moments, nous couvrons de honte ceux qui se comportent mal.   « Mais nous ne sommes pas un gang dans le sens habituel du terme. Nous sommes un gang pour la justice. Nous portons le rose car c'est la couleur de la vie. »
 Le Pink Gang est basé dans la zone de Banda, une des parties les plus pauvres d'Uttar Pradesh, et les femmes gagnent peu à peu le respect des fonctionnaires locaux réticents.
  Plus de 20% de la population de Banda, sont « intouchables » la castes la plus basse. Les femmes sont les premières victimes de la pauvreté et de la discrimination dans une société féodale dominée par les hommes et soumise aux caste supérieures.
  Presque toutes les Pink justicières vivent dans des huttes de boue et de brique, sans eau courante, sans électricité, et survivent avec moins de 50 pence (0,75 euro) par jour.



                    Aarti Devi

Aarti Devi, agée de 25 ans, nous dit : « Toute seule je n'ai aucun droit mais ensemble, en tant que groupe de Gulabi, nous avons de la puissance. »
« Quand je vais chercher l'eau, les gens des castes supérieures me battent, me disent que je n'ai pas le droit de boire la même eau qu'eux. Mais quand nous sommes en bande, ils nous craignent et nous laissent tranquilles.  »
 « Il y a six mois, une femme a été violée et nous sommes allées avec elle au commissariat de police. Au début, les chefs ont refusé de prendre la plainte, mais ensemble, nous avons pu forcer la police à agir. Nous avons traîné l'officier de police hors du commissariat et nous l'avons battu avec nos bâtons. »
 Le gang reçoit de plus en plus l'appui des hommes.  « Mon père est un membre de la bande de Gulabi, » dit Aarti.
 « Nous ne sommes pas contre les hommes. Nous sommes pour l'égalité des droits pour tout le monde et contre ceux qui la refusent. »
Sampat, une mère de cinq enfants, mariée à neuf ans, est devenue une célébrité locale.
 Intensément fière de son travail, elle dit : « Nous avons empêché que les femmes soient violées et nous avons envoyé les filles à l'école. La violence contre des femmes et le viol sont très communs ici, aussi, nous essayons de les éduquer pour qu'elles connaissent leurs droits.
 « Dans les cas de violence domestique, nous allons parler au mari pour lui expliquer qu'il a tort. S'il refuse d'écouter, nous faisons sortir la femme et alors nous le battons. Au besoin, nous le battons en public pour l'embarrasser.
Les hommes ont l'habitude de croire que les lois ne  s'appliquent pas à eux, mais nous faisons le forcing pour que ça change totalement. »
  L'année dernière, après avoir reçu des plaintes parce qu'un magasin d'état ne donnait pas  la nourriture qu'il était sensé distribuer gratuitement aux pauvres, le gang a commencé à surveiller le propriétaire et son fils.
  Une nuit, on a vu deux camions chargés de grain sur le chemin du marché, où le propriétaire du magasin prévoyait de le vendre et d'empocher les bénéfices.
Le Pink Gang a fait pression sur l'administration locale pour qu'elle saisisse le grain et s'est assuré ainsi que le grain soit correctement distribué.
Source : dailymail.co.uk
Le 19 janvier 2008
Traduction RadioAirLibre 3-2-08


Des justicières en sari







Neeta Lal


Face à l'inaction des autorités et à la violence quotidienne qu'elles subissent, des femmes prennent les armes et leur destin en main. Le site d'informations Asia Sentinel, basé à Hong Kong, a rencontré ces "Robin des Bois" d'un autre genre.
                 

Le district de Banda, dans l'Etat de l'Uttar Pradesh [dans le nord du pays], l'un des moins développés de l'Inde, défraye la chronique.
  C'est dans cette région du nord que sévit le Pink Gang [le gang rose], un groupe de 200 femmes qui se présentent comme les héritières de Robin des Bois. N'hésitant pas à répondre à la violence par la violence, ces redresseuses de torts punissent les assassinats d'épouses dont se rendent coupables certaines belles-mères, les sévices conjugaux, voire la corruption ou l'incapacité des élus.
Ces femmes exubérantes et intrépides, reconnaissables à leurs saris roses, sont les ennemies jurées des maris violents et des fonctionnaires incompétents. Ayant personnellement subi des sévices sexuels, elles traquent les violeurs et les époux indignes, font la morale aux malfaiteurs et envahissent les postes de police pour réprimander les agents qui ne font pas leur travail.
  Créé en 2006 par Sampat Pal Devi, une femme de 45 ans mariée de force à l'âge de 9 ans et devenue mère quatre ans après, ce groupe agit comme une bande de justicières dans la zone de non-droit qu'est Banda.
  "Personne ne vient à notre secours, ici. Les fonctionnaires et la police sont corrompus et hostiles aux pauvres. Aussi sommes-nous parfois obligées de faire respecter la loi par nous-mêmes. Nous sommes une bande de justicières, pas un gang", a récemment déclaré la fondatrice du Pink Gang. Excédée par la corruption du système et les discriminations sociales dont se rendent coupables les autorités [notamment à l'égard des femmes, des basses castes et des intouchables], Sampat Pal Devi a décidé de passer à l'acte en apprenant que sa soeur avait été traînée par les cheveux dans la cour de sa maison par son mari alcoolique.
  Souhaitant "donner une leçon aux hommes fautifs", elle a rassemblé des femmes de son quartier ; le groupe, armé de bâtons, de barres de fer et d'une batte de cricket, est allé trouver le beau-frère, l'a pourchassé jusque dans un champ de canne à sucre et roué de coups.
  Certaines actions sont couronnées de succès. Ainsi, le groupe a réussi à restituer à leurs maris respectifs onze filles qui avaient été jetées dehors par leur belle-mère en raison de leurs dots insuffisantes.
  De façon générale, les indicateurs de développement humain du district sont évidemment très médiocres. Le taux d'alphabétisation féminin plafonne à 23,9 %, contre 50,4 % pour les hommes ; le ratio hommes/femmes est de 846 femmes pour 1 000 hommes, alors que la moyenne de l'Etat est de 879 [et qu'au niveau international le rapport est inversé : 105 filles pour 100 garçons].
Et, si la violence conjugale fait des ravages, l'arriération des femmes est encore renforcée par le poids du système de castes.
  Mais le Pink Gang s'en prend aussi bien aux maris qui brutalisent leur femme parce qu'elle ne réussit pas à leur donner un fils qu'aux fonctionnaires qui s'enrichissent en vendant au marché noir des céréales subventionnées par l'Etat et normalement destinées aux plus pauvres.
  Alors que les ressources naturelles du district pourraient normalement assurer des moyens de subsistance à tous les habitants, elles sont pillées par un petit nombre d'entre eux en toute impunité parce que les autorités locales ferment les yeux sur ces agissements. Dans certains villages, les paysans ne sont même pas payés et ne reçoivent qu'un kilo de céréales par journée de travail. Et le nombre de travailleurs réduits en esclavage reste très important.



               Apprendre à se battre

Selon certains sociologues, le seul espoir pour toute une frange de la population spoliée et méprisée réside dans des mouvements collectifs comme le Pink Gang.
Même si le groupe n'a pas de bureau, ses membres se réunissent régulièrement chez sa fondatrice pour discuter des cas à traiter et de la stratégie à adopter.
L'apparition d'une milice de femmes dans le district de Banda est le symptôme des graves problèmes sociaux qui traversent la société indienne. "Lorsque les élus refusent de répondre aux demandes des citoyens ordinaires", observe Prerna Purohit, un sociologue de New Delhi, "ces derniers n'ont pas d'autre choix que de prendre les choses en main par eux-mêmes.
C'est un coup de semonce pour le gouvernement de la plus grande démocratie du monde."

Neeta Lal
Asia Sentinel
Le courrier international
1er février 2008
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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 10:30

Lutter contre les discriminations racistes, c'est lutter contre le système de privilèges des blancs !

Collectif des Féministes Indigènes,
lundi 28 janvier 2008

Lors des réunions publiques que le CFI a organisé depuis sa création, plusieurs personnes du public nous interpellent systématiquement, le visage plein d'effroi et d'incompréhension, sur notre façon de nous exprimer, jugée agressive, et notamment sur le fait que l'on parle de « blanc-he-s », pour désigner les personnes qui ne sont ni noires, ni arabes, ni asiatiques...

On a ainsi entendu par exemple : « Quelle honte de réduire un être humain à sa couleur de peau ! On est tous des êtres humains, merde ! » ; Par contre, aucune interpellation sur l'utilisation du mot « noir » pour désigner tel autre groupe, terme pourtant qu'on utilise tout autant ; quand on se permettait de le souligner, on nous répondait quelque chose du type : « Oui mais c'est pas « noir » au sens « couleur de peau » du terme, c'est « noir » au sens « africain » du terme… De toute façon, moi je dis jamais « noir », ni « immigré », ni tout ça ; pour moi, on est tous français, et pis c'est tout ! ».

Nous aussi, on rêverait d'avoir le privilège de croire que la couleur de la peau ne conditionne pas la place qu'on a dans cette société. Malheureusement, même ce rêve est un privilège de blancs, qui peuvent, eux, se permettre de faire semblant d'y croire. Même quand on naît candide, rêvant que tous les hommes et toutes les femmes de la terre se tiennent par la main et fassent une grande ronde du bonheur, ce qui nous rappelle, nous, à la dure réalité, c'est le marché du travail, l'éducation nationale, la police, les medias,… qui privilégient les blancs et nous discriminent dans l'accès à l'emploi, au logement, dans l'éducation, les loisirs, l'expression politique…

Les réactions effarouchées auxquelles on a systématiquement droit, participent de l'embrouillage de cerveau qui fait que non seulement on se fait marcher sur la gueule, mais qu'en plus, on n'a pas le droit de dire qu'on a un peu l'impression qu'on se fait marcher sur la gueule, et pas le droit de désigner ceux qui nous marchent sur la gueule. En fait, on n'a pas le droit d'essayer de comprendre ; charge à nous de nous rendre responsables de ce qui nous arrive et d'avoir honte de ce que nous sommes, pour assurer la paix sociale ; Et si vraiment on a envie de comprendre à s'en péter les plombs, on n'a qu'à aller se faire interner dans les hôpitaux psychiatriques, de plus en plus spécialisés dans l'accueil des immigrés-qui-ont-voulu-comprendre-ce-qui-leur-arrive-mais-qui-sont-devenus-dingues-juste-avant-d'avoir-compris… On y sera les bienvenu-e-s.

Ce texte pour montrer que, ne pas se laisser impressionner par les critiques/attaques, doit faire partie de nos postures de résistance (même si tenir tête aux militants blancs, généralement pas les moins imbus d'eux-mêmes, sur « blanc/pas blanc » ne constitue pas l'essentiel de notre lutte).

Système de discriminations : à qui profite le crime ?

Depuis quelques années, on dit de plus en plus que les personnes issues de l'immigration post-coloniale sont discriminées… Même au PS, on le dit.

Mais discriminées par qui, par quoi ? On peut parler des discriminations raciales, parler des victimes de discriminations, mais pas du système qui discrimine ? ni des critères sur lesquels il discrimine ? ni des discriminants ? Les discriminations seraient le fruit d'une force surnaturelle et invisible ? Des gens sont discriminés, d'accord ; Mais pourquoi y a-t-il discrimination ? A qui profite le crime ?

Pourquoi se contenter de dire par exemple que les noirs et les arabes ont plus de difficultés à trouver un logement ? Pourquoi ne pas compléter en disant que les blancs (c'est purement mathématique) ont plus de facilité à trouver un logement ? Pour faire un beau rapport de domination raciste, il faut qu'il y ait d'un côté des groupes raciaux dominés, mais pour que ça marche, il faut qu'il y ait de l'autre côté un groupe racial dominant.

On nous empêche de nommer les privilégiés de la société raciste, ou en tout cas, on nous empêche de pointer du doigt qu'ils sont privilégiés : ils sont dits français, français normaux, français de base, franco-français, français de souche… et on pointe du doigt chez les autres tout ce qui les distingue du français « normal » : ils sont dits français…mais d'origine étrangère, …mais immigrés de troisième génération, …mais musulmans, …mais noirs.

Pour comprendre ce qui nous arrive et ce que l'on subit du rapport de domination raciale, notre regard ne doit pas seulement être porté sur nous-mêmes, les dominés… Il doit se braquer aussi sur les dominants, les blancs.

Derrière les discriminations des uns se cachent les privilèges des autres

Nous n'avons pas inventé les catégories raciales ; elles nous sont imposées, à nos dépens.

Quand on parle de blancs, on ne désigne pas les gens qui font partie d'un groupe d'individus ayant la caractéristique d'avoir l'épiderme allant du blanc craie, au blanc beige en passant par le blanc rosé … Avec cette définition du groupe blanc, beaucoup d'entre nous, les plus palot-e-s, se retrouveraient d'office dans ce groupe de « blancs de peau »...

Notre propos est politique. Etre blanc, c'est profiter, de fait, des privilèges que le système raciste octroie aux individus faisant partie du groupe racial dominant, ainsi construit, privilèges rendus possibles par un système de discriminations imposé à ceux qui sont construits comme des non-blancs, donc des non-privilégiés.

Si ne pas dire « blanc » devait servir à ménager la susceptibilité de quelques blancs de notre entourage, on ne rechignerait pas à leur faire ce petit cadeau ; on comprend en effet la stupeur de celui qui s'est toujours pensé incolore car universel, et qui apprend, au détour d'une réunion de « militants de couleur », que ces « militants de couleur » (qu'il a pourtant toujours courageusement défendus contre les fachos du front national) essaient de lui plaquer une couleur à lui aussi, sans lui demander son autorisation, couleur qu'ils identifient par dessus le marché, à un positionnement racial dominant, lui qui a toujours été du côté des dominés…

Mais ce petit cadeau, on ne le fera pas car c'est en se construisant comme universel et central que le système dominant blanc a écrasé et exploité ceux qu'il a définit comme étant « les autres ».

Nommez le système, situez-le, colorez-le, et les blancs grimpent sur les toits pour crier au racisme. Il faudrait leur proposer des stages intensifs de « désuniversalisation ». Comme notre collectif n'a pas les moyens de financer ces stages pour tous les premiers concernés, on contribue à notre petit niveau à désuniversaliser les blancs en les nommant, en les situant, et en les colorant.

Notre posture politique est de renverser les termes du débat concernant la lutte contre les discriminations. Pour nous, lutter contre le racisme, ce n'est pas « aider » les discriminés à "rattraper leur retard", et, en attendant patiemment que « changent les mentalités », faire qu'ils ne soient plus discriminés, comme par magie, sans rien remettre en question du système raciste qui privilégie les blancs. Lutter contre le système social raciste, c'est lutter contre le système de privilèges des blancs (qui conduit de fait à discriminer les non-blancs). Combattre le vrai problème à sa source.

Poser, de notre point de vue, les équations qui sous-tendent le système raciste est un combat de mots. Ce n'est pas l'essentiel de notre combat politique, mais notre combat politique passe par ce combat-là. Casser les euphémismes, décrire les rapports de domination que nous subissons, bricoler des outils pour comprendre ce qui nous arrive quand, inéluctablement à l'école, on est orienté vers des filières qui mènent à des boulots de merde, ou à des impasses, quand on envoie vingt CV par jour et qu'on ne reçoit aucune réponse, quand on vit dans un quartier coupé du reste du monde, où on est parqués comme des animaux… Comprendre pour savoir contre qui/quoi on doit se battre, et imposer à ce pays de respecter ses propres lois en matière d'égalité raciale.

Un mot sur quelques uns des nôtres…

On pourrait terminer l'article là-dessus, le torse bombé, les cheveux électriques et la démarche volontaire, avec en tête l'air très approximatif de la BO du Malcom X de Spike Lee : nous, les noir-e-s et les arabes vivant en France, savons ce qui nous reste à faire : résister... Mais à ce moment-là, qu'entend-on de la part des deux-trois arabes qui viennent nous voir systématiquement en fin de réunion, le visage empreint de sagesse, pour nous conseiller, sur le ton de la juste modération ?... D' « arrêtez de dire « blancs » aux … blancs ; que ça les agresse, qu'ils ne comprennent pas, qu'ils sont sur la défensive ; que c'est inefficace, qu'on n'avance pas, que ça divise, qu'il faut s'ouvrir aux autres, ne pas rester entre nous… », ponctuant leurs conseils avisés par des « Méfions-nous du repli identitaire ! » et des « Attention aux dérives racistes de l'anti-racisme ! »…

Hep ! les défenseurs de l'« Incolorité » des « Innommables », où trouvez-vous autant d'énergie pour protéger la susceptibilité des blancs, avec toutes les humiliations que vous vous prenez dans la gueule, quand, que vous le vouliez ou non, vous êtes des français d'origine étrangère, des femmes de la diversité, des immigrés de la 32ème génération…, ce qui revient à dire que vous êtes des bamboulas et des bougnoules ? Quand, d'une façon ou d'une autre, on vous rappelle que vous pouvez toujours aller courir, même à poil, même sous la pluie, vous ne serez JAMAIS considéré-e-s comme faisant partie des leurs.

Puisque vous êtes si tatillons sur le vivre-ensemble, sur le fait qu'on soit tous français à égalité sans distinction de race…, pourquoi ne pas consacrer cette énergie à aller emmerder ceux qui en ce moment, dernière mode dans les médias et dans l'espace politique, parlent de nous comme des « représentants de la diversité » ? Pourquoi on ne vous entend pas leur dire que ça nous choque, qu'on ne se sent pas plus divers que les autres, qu'on se sent « agressés », « exclus », que c'est « inefficace », que ça « divise », « halte au repli identitaire » et « aux dérives racistes »…

Si vous préférez rester endormis, soit ! Ça peut accessoirement vous servir si vous envisagez une carrière d'arabe ou de noir de service. Personne ne vous plaindra ici, et vous aurez bien mérité d'être traités comme des chiens. Mais abstenez-vous de nous tacler en public ; c'est déjà difficile pour nous dans ce pays de lutter pour le respect de la dignité et pour l'égalité de traitement, sans devoir gérer en plus, la honte de voir que les plus virulents à nous tirer dans les pattes, sont des nôtres.

Collectif des Féministes Indigènes, Juin 2007

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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 21:04

Au Yémen, une fille de huit ans demande le divorce au tribunal




"Une fille de huit ans a décidé la semaine dernière de se rendre au tribunal de l´ouest de Sanna pour porter plainte contre son père, qui l´a forcée à épouser un homme de trente ans (Š) L´enfant a demandé le divorce, accusant son mari de violences domestiques et sexuelles.

Selon la loi yéménite, Nojoud ne peut poursuivre [qui que ce soit en justice], étant donné son jeune âge. Le juge Muhammad Al-Qathi a toutefois entendu sa plainte et ordonné l´arrestation du père comme du mari (Š)"

Lire le témoignage de la fillette : http://www.thememriblog.org/arabculture/blog_personal/en/6778.htm <http://memri-tv.netmailer.co.il/ecrm/Includes/CountLinks.asp?MailID=578&SubID
=23173&SubscriberEmail=bernice.dubois@wanadoo.fr&Link=http://www.thememriblog.org
/arabculture/blog_personal/en/6778.htm> <http://memri-tv.netmailer.co.il/ecrm/Includes/CountLinks.asp?MailID=578&SubID
=23173&SubscriberEmail=bernice.dubois@wanadoo.fr&Link=http://www.thememriblog.org
/arabculture/blog_personal/en/6778.htm> .
Source : Yemen Times, Yemen, 10 avril 2008
Transmis par :
MEMRI    Middle East Media Research Institute
Revue des sites de MEMRI du 14 avril 2008
<memri-tv@netmailer.info>
BLOG CULTURE ORIENTALE ET NORD-AFRICAINE
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