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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 08:30

La construction sociale du genre

 

 « Dès la naissance, on commence à donner au petit garçon des petits fusils en bois, des petites voitures, tout ça… Et puis, la petite fille, elle se retrouve avec une poupée et un petit berceau pour jouer à la maman. Il est évident que pour un gosse qui a le cerveau malléable, tout blanc, quoi, comme de la cire, ça se grave à tout jamais… Même après, s’il a l’impression de réfléchir, il utilise des matériaux qu’on lui a donnés alors qu’il était encore pratiquement inconscient… Ca l’a marqué pour toute une vie », anonyme [0].

 

Sans vouloir dresser un panorama complet des inégalités sexistes, nous voulons tenter de montrer quelle est la place du conditionnement auquel toute personne est soumise. Par ailleurs, si l’auteur de cet article est de sexe masculin et de pratique hétérosexuelle, sa parole ne doit donc pas être prise comme une expression unanime (comme le sont trop souvent les paroles masculines), mais plutôt comme celle d’une personne ancrée socialement et sexuellement dans un contexte bien précis.

Notre individualité a de profondes racines qui nous échappent et nous dépassent car elles nous sont étrangères : d’autres les ont cultivées pour nous, à notre insu. Comme le fait très justement remarquer Elena Gianini Belotti : « la petite fille qui, à quatre ans, s’extasie devant sa propre image dans le miroir, est déjà conditionnée par les quatre années précédentes en plus des neufs mois de grossesse pendant lesquels se mettaient en place tous les éléments susceptibles de faire d’elle une femme, la plus semblable possible à toutes les autres femmes [1] ». Depuis la plus tendre enfance, des valeurs nous sont inculquées, et leur spécificité sexuelle est extrêmement marquée. Les concepts de féminité et de masculinité sont bien connus et forment une bonne part de notre manière de voir le monde. Il est simple de définir tel ou telle individu-e en fonction de critères établis solidement dans notre inconscient. On peut voir chaque jour ces mécanismes à l’œuvre, organisant la catégorisation des personnes selon deux modèles : l’homme « masculin » et la femme « féminine ». Mais on dit aussi que telle femme n’est pas « féminine » ou que tel homme est « efféminé ». La répartition n’est donc pas aussi simple qu’on pourrait le croire. Que cachent donc les concepts de masculinité et de féminité, et s’ils ne sont pas exclusivement d’ordre biologique, comme on peut déjà le soupçonner, comment sont-ils développés ou ancrés chez les individu-es ? Comment sont-ils impliqués dans la domination masculine et la construction des inégalités entre hommes et femmes ?

 

La petite enfance et… avant

Le garçon a longtemps été le plus attendu lors de la naissance, pour des raisons économiques (travail aux champs, héritage…) ou de pure fierté parentale. Si l’attente des parents en ce qui concerne leurs propres enfants diffère en fonction de leur sexe, il est inévitable que ces derniers réagissent en fonction de leurs demandes dès le premier instant où ils se trouvent dans leurs bras. Il existe de nombreux lieux communs quant à la coquetterie, la propreté, la douceur… des petites filles, ou la vivacité, l’agressivité, la débrouillardise… des petits garçons. Le garçon hypertonique (à mettre en parallèle avec la fille hypotonique) est le plus proche du stéréotype, comme l’analyse Irène Lézine dans son ouvrage sur le développement psychologique de la première enfance [2]. Elle y rapporte le cas d’une petite fille turbulente, très agitée et énergique, qui, subissant la colère de sa mère à l’âge de 18 mois, se transforme en petite fille inhibée et maniaque. La mère, en refusant un  comportement peu digne d’une fille à ces yeux, lui a fait comprendre ce qu’elle attendait d’elle. La petite fille est alors obligée de se replier sur des activités sédentaires où elle canalise son énergie, sans réussir à se libérer d’un état d’anxiété aigu, qu’elle essaie de tenir en respect en se construisant des rituels rassurants de nature phobique. Ce cas extrême n’est certes pas commun, mais même si cela prend une forme moins violente, plus étalée dans le temps (quoique tout aussi efficace), la plupart des petites filles sont victimes d’interventions répressives et inhibitrices quand leur tempérament initial les porte à être différentes du stéréotype féminin. Une répression similaire s’applique aussi aux petits garçons, mais dirigée différemment. Il ne s’agit plus de briguer les valeurs dites féminines, comme la sensibilité, la passivité (« un petit garçon ne pleure pas », « ne te laisse pas faire »…), mais d’apprendre à ne pas perdre la face, à masquer ses sentiments. C’est ainsi que dès ses premiers pas dans la vie, l’enfant est guidé vers les valeurs dominantes de son sexe biologique, et que l’intégration des stéréotypes masculins et féminins se fait.

 

La famille, premier carcan

Le modèle-même de la famille détient une place primordiale au sein de l’identification infantile : cette première image des rôles masculins et féminins est déterminante pour l’enfant, et il tendra bien évidemment à les reproduire. Si l’intégration du modèle du couple comme norme sociale des relations hommes-femmes est dominante, la famille apporte immédiatement des schémas incroyablement forts de représentation des rôles masculins et féminins. On sait aujourd’hui l’importance que joue l’imitation des parents dans le développement psychologique d’un enfant, et, même si la situation n’est jamais la même d’une famille à l’autre, l’environnement familial reste quand même un facteur essentiel de pérennisation = des rôles hommes-femmes. L’association européenne Du Côté des Filles a publié en 1998 un extrait d’une enquête sur la répartition des tâches ménagères auprès d’enfants européens [2’]. On peut y voir de manière flagrante un regard enfantin qui banalise cette répartition. Même si ce genre d’étude ne peut apporter de certitude quantitative de par son faible échantillonnage, une triste impression de lucidité s’en dégage. « Mon père soigne les plantes, c’est ce qu’il préfère. Il ne fait rien d’autre parce qu’il joue au basket et rentre fatigué », Angela (9 ans) ; « Mon père, des fois, il fait des gâteaux. Ma mère elle fait le ménage, lui il l’aide quand elle va à l’hôpital faire un bébé », Renaud (10 ans) ; « Maman fait le ménage. Mon père ça l’intéresse pas le ménage. Ma mère elle aime bien le faire. Je crois. Quand même… elle est bien obligée », Jules (9 ans).

 

Dînette contre jeux d’aventures

La période de Noël est révélatrice de la spécialisation sexuelle des jouets. Depuis les pages bleues et roses des catalogues, jusqu’aux rayonnages des grands magasins, on se rend vite compte de la répartition tranchée des jeux en deux catégories exclusives l’une de l’autre. On invite les petites filles à faire comme maman (dînettes, poupées les prédestinant à leur futur rôle de mère, appareils ménagers en réduction, panoplies d’infirmière -pas de médecin-, d’hôtesse de l’air -pas de pilote-, coffrets de maquillage…) alors que les garçons doivent s’imaginer marine, physicien, pilote de course, chevalier… Pour ces derniers, il ne s’agit pas d’être comme papa, mais plus viril que papa. Les jeux de garçon sont liés à la guerre, la découverte, l’aventure, la compétition (d’inspiration sportive ou non), l’action, l’agressivité, la domination par la force ou la technique… Toutes ces valeurs sont non seulement celles véhiculées par la classe masculine, mais aussi par la société occidentale en général. Les filles reconnaissent donc ces valeurs comme étant à la fois masculines mais aussi dominantes socialement : elles rêvent de trains électriques, de petits soldats…, plus que leurs frères de poupées, dînettes ou d’aspirateurs miniatures.

De ces valeurs érigées en normes par le conditionnement social naît une double aliénation. D’abord, pour les femmes comme les hommes, les stéréotypes dans lesquels doivent se mouler les comportements et les attitudes ne sont justement que cela, des stéréotypes : or personne ne peut être pleinement un archétype. Qu’il s’agisse du sur-mâle viril et sûr de lui ou de la femme-objet incarnation parfaite de la féminité, on ne peut exister en tant que stéréotype. Naît ainsi une première frustration de la violence qu’il y a à se construire à partir de normes tout en ne pouvant jamais s’y conformer totalement (quel gouffre entre la vie de d’un fonctionnaire et les idéaux de l’aventure ou de l’action, par exemple !). La seconde aliénation tient dans la subordination des valeurs féminines aux valeurs masculines dominantes socialement. C’est l’un des mécanismes fondamentaux de la domination masculine : la reconnaissance, donc l’existence sociale, des femmes est subordonnée au regard, à l’assentiment de la gent masculine.

Les modèles masculins et féminins sont aussi véhiculés de manière prédominante dans la littérature destinée aux enfants. Les albums présents dans les écoles, les bibliothèques et les centres de documentation sont la première littérature de jeunesse, un matériel pédagogique et un support privilégié du processus d’identification, d’apprentissage des rôles sexués et des rapports sociaux de sexes. Du Côté des Filles a lancé en 1996 une recherche sur les albums illustrés en France, en Espagne et en Italie, analysant 537 albums, de 46 maisons d’édition différentes. Les personnages masculins sont toujours prédominants et occupent plus souvent le rôle du héros. 83,3 % des 156 pères mis en scène dans les albums occupent le rôle de personnage principal, contre 16,7 % des 202 mères. Le travail du père, peu évoqué concrètement, est symbolisé par le porte-documents. Cartable et grand fauteuil s’opposent au tablier, symbole du rôle féminin : la maternité, le service domestique sans horaires, la disponibilité permanente pour la famille.

 

L’école : loin d’être neutre

La sortie du milieu familial s’effectue par l’entrée à l’école « maternelle » : terme judicieusement choisi, qui a été préféré à celui d’école enfantine, et révèle le consensus général sur le rôle de la mère dans l’éducation. ? Guichard écrit en 1993 : « l’école apparaît comme un lieu de compétition, où chacun est amené, d’une part à découvrir ses propres performances et à les situer par rapport à celles des autres, et, d’autre part à “incorporer” ces performances à sa propre image » [3]. Comme le fait remarquer Duru-Bellat, « comme tout individu engagé dans une interaction sociale, les enseignant-es abordent leurs élèves avec des attentes stéréotypées ; en l’occurrence ils tendent à prévoir des succès inégaux, chez les élèves garçons et filles, dans les disciplines connotées sexuellement » [4]. Des études montrent que dès l’école primaire, les maîtres passent plus de temps en maths avec les garçons et en lecture avec les filles [5], et que les garçons ont plus de difficultés avérées en lecture quand les maîtres en sont convaincus que dans le cas contraire. De la même manière, dans les matières jugées plus masculines (les maths ou la physique), il y a moins d’interaction et d’encouragements adressés aux filles [6]. Evidemment, cela se reflète dans les évaluations des enseignant-es. Une différence significative a même été constatée entre le temps consacré aux garçons et aux filles (respectivement 2/3-1/3). Les enseignant-es qui ont tenté de corriger le déséquilibre arrivent avec peine à 45 % du temps consacré aux filles, et cela avec un fort sentiment de favoritisme : la « neutralité » consiste donc bien à favoriser les garçons.

Au-delà des contenus académiques, c’est donc toute une socialisation diffuse qui prend place, du seul fait de la cohabitation de deux groupes catégorisés avec des stéréotypes bien précis et asymétriques. Sans compter qu’à chaque instant, les filles sont confrontées à une « sexuation » des situations, qui les renvoie à leur contrainte de féminité [7] (souci de l’apparence, effacement devant les garçons…). La mixité scolaire les expose à l’heure actuelle à des interactions pédagogiques moins stimulantes et à être mises en situation de récession par rapport aux garçons. Comme l’ont écrit Bourdieu et Passeron : « la différence entre les sexes n’apparaît jamais aussi manifestement que dans les conduites ou les opinions qui engagent l’image de soi, l’anticipation de l’avenir » [8]. C’est donc à l’école, antichambre socialisatrice des futurs adultes que les inégalités sociales sont déjà mises en place et anticipées.

 

Le matraquage quotidien

Au quotidien, on nous rappelle sans cesse les rôles que l’on attend de chacun, ce qui ancre les inégalités entre les sexes. Le vocabulaire que l’on emploie est le miroir des mentalités : n’apprend-on pas depuis le plus jeune âge que le masculin prime sur le féminin en grammaire, qu’un secrétaire est un homme de confiance et une secrétaire une dactylo, qu’un cuisinier est un cordon bleu, et une cuisinière une cantinière…

Les médias sont à l’origine de beaucoup de lieux communs et d’archétypes à partir desquels se construisent les individus. Entre la télévision, la radio ou même les publicités placardées dans les rues (2 500 messages publicitaires sont reçus chaque jour par une personne vivant en Occident), c’est toute une image des stéréotypes masculins et féminins qui s’ancre chaque fois un peu plus [8’]. Les femmes y sont encensées en tant qu’objet de désir sans défense. Une publicité récente pour Toyota montre une voiture à côté d’une femme mannequin et titre : « A votre avis, laquelle de ces deux top-models coûte le plus cher ? » Le mythe de la beauté est le pilier qui soutient l’idée moderne de la féminité. Cette notion de beauté est d’ailleurs on ne peut plus culturelle et fluctuante : au XIXe siècle, les canons de la beauté n’avaient rien à voir avec les femmes mannequins d’aujourd’hui (un corps replet et grassouillet était alors symbole de beauté et de désir). Et les femmes se doivent de tendre vers cet idéal artificiel et bien peu émancipateur : paraître et non pas être en tant que personne à part entière. C’est ainsi que leur statut est immédiatement subordonné à celui des hommes, car exister au travers du paraître revient à s’en remettre au regard masculin pour trouver une caution d’existence.

 

Une sexualité normée

Les femmes sont amenées à trouver leur légitimation à travers les hommes, et plus précisément à travers celui avec qui l’existence est partagée. Ceci est rendu possible par le mythe du Grand Amour, entretenu depuis la plus tendre enfance des femmes. « Un jour viendra un prince charmant » : cette maxime résume l’idéal d’une soi-disant nature féminine qui se réaliserait à travers l’union avec l’homme qui lui serait destiné. Quelle aliénation ! Voir son existence et sa réalisation personnelle subordonnées à celles d’une autre personne, qui est, quant à elle, individuellement réalisée. Or, ce mythe du Grand Amour n’existe que très peu chez les hommes : on encense bien plus la figure du séducteur, du Don Juan, qui aligne les « conquêtes » amoureuses (à noter le vocabulaire guerrier). Mais un tel comportement est bien sûr déploré chez une femme, on la traite alors de « salope », de fille de peu de vertu, car là n’est pas sa place dans l’ordre social en place.

De tels concepts amoureux ont des conséquences notables sur la construction sexuelle des individu-es. La rigidité des rôles assignés aux hommes et aux femmes conditionne en grande partie leur souffrance. Cantonner les hommes à un rôle agissant, dans le mythe du « j’assure » et les femmes à une place d’objet désirable et passif est l’un des fondements de la répression sexuelle que subissent les individu-es aujourd’hui. Car cette répression existe bel et bien dans les sociétés occidentales. Si elle ne s’exprime presque plus sous la forme de lois, qui définissaient malgré tout un espace de liberté : le légal, le permis, qui s’opposent à l’interdit, elle se perpétue sous une forme bien plus totalitaire : les normes, qui imprègnent toute la société et ne laissent aucun espace de liberté possible. Sous couvert de libération sexuelle, c’est donc aujourd’hui la « liberté » de consommer du sexe commercialisé et stéréotypé qui est de rigueur.

La découverte de son corps est primordiale pour un enfant, et la répression exercée très tôt (« Touche pas à ça », « Petit cochon »…) peut avoir une influence considérable sur son développement. Dans la plupart des cas, la désinformation est constante (dans les familles comme à l’extérieur) et même s’il est aujourd’hui relativement courant d’expliquer comment sont faits les enfants, le problème est toujours abordé d’un point de vue purement biologique. Aucune information n’est jamais dispensée sur la sexualité et le plaisir en tant que tels. Selon Suzanne Képès, psychosomaticienne : « pour de nombreuses femmes à partir de 17 ans et jusqu’à 60 ans et plus, l’ignorance de leur propre corps et de leur sexualité provoque toutes sortes de méfaits. Les malaises et les plaintes des femmes, dans la plupart des cas, proviennent de leur volonté de conformer leur sexualité et leurs fantasmes aux désirs masculins. Par ailleurs, beaucoup d’hommes croient que les femmes doivent jouir comme eux, en même temps qu’eux. Ils imaginent aussi que la satisfaction et la jouissance de leurs compagnes sont entièrement tributaires de leurs performances érectiles » [9]. Plus généralement, on peut même dire que la société moderne tend à camoufler, à invisibiliser le plaisir sexuel des femmes : on présente toujours la jouissance masculine et le désir masculin comme irrépressibles, sans se préoccuper des femmes et de leurs désirs. Or, ceci influe beaucoup sur le développement psychologique féminin : la sexualité est fondamentale dans la construction de l’individu. Michel Bozon [9’] met en valeur les différences construites entre le désir masculin et féminin : « L’érotisme féminin a besoin d’étapes en douceur, par paliers presque insensibles » alors que « L’homme veut tout, et tout de suite ; […] le désir de l’homme est toujours invasion, intrusion brutale et violente. »

Le sexe est un phénomène entièrement culturel qui n’obéit à aucune loi biologique de renouvellement de l’espèce. Dans une vie, combien de fois fait-on l’amour dans le but d’avoir des enfants ? Même les « instincts » sexuels ne sont que des constructions culturelles. Boris Cyrulnik montre clairement que, dans le cas des enfants sauvages, il faut au minimum une dizaine d’années de socialisation avant qu’ils éprouvent du désir sexuel, et ce, même dans une mise en situation « érotique » [10]. Dans ces conditions, comment croire qu’il existe une sexualité normale ou naturelle ? Ce sont les normes sociales qui nous conditionnent à l’hétéronorme. Pourquoi ne pas pouvoir prendre du plaisir sexuel avec des personnes de sexe identique ? Nous devrions toutes et tous nous interroger sur les carcans construits socialement qui nous inhibent et freinent le plaisir que l’on pourrait avoir avec toute personne consentante, quels que soient son sexe, sa couleur, son âge… On ne naît pas hétérosexuel, on le devient… et pas toujours !

Ainsi s’achève ce panorama succinct (et aucunement exhaustif) des constructions sociales qui divisent l’humanité entre les hommes « masculins » et les femmes « féminines ». Dès lors, si l’on admet que les deux moitiés de la population mondiale subissent un apprentissage différent (apprentissage du différend ?), comment imaginer une entente rationnelle et égalitaire entre elles sans passer par une déconstruction de ces carcans sociaux ?

 

NOTES

 

[0] G. Falconnet et N. Lefaucheur, La fabrication des mâles, Seuil

[1] E. G. Belloti, Du côté des petites filles, éditions Des femmes

[2] I. Lézine, Le développement psychologique de la première enfance, PUF

[2’] Du Côté des filles, Brochure sur les rôles sociaux de sexe

[3] J. Guichard,  L'école et les représentations d'avenir des adolescents, PUF

[4] M. Duru-Bellat, L'école des filles. Quelle formation pour quels rôles sociaux ?, L'Harmattan

[5] J. Brophy, Interaction of male and female students with male and female teachers, Wilkinson, Marrett eds

[6] G. C. Leder, “Teacher Student Interaction : A Case Study”, Educational Studies in Mathematics, vol. 18, n°3

[7] E. Sarah et D. Spencer, Learning to lose. Sexism and Education, The Women's Press

[8] P. Bourdieu et J. Passeron, Les Héritiers, Les éditions de Minuit

[8’] Voir à ce sujet l’article sur le publisexisme, p. XX

[9] S. Képès, “Violences sexuelles et prostitution dans la société patriarcale”, in La place des femmes, La Découverte

[9’] M. Bozon

[10] B. Cyrulnik, Mémoire de singes et paroles d'hommes, Seuil

Source : http://publisexisme.samizdat.net/

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Published by Misfit - dans Féminisme
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