Lez Zone est un espace dédié à la culture et aux arts sapphiques, au féminisme. Vous y trouverez également quelques actualités. Poèmes illustrés, peinture, photographie, artistes invitées.
Bien que le nombre de publications sur l’homosexualité ne cesse d’augmenter, la plupart ne sont que des « histoires » accompagnées d’une certaine analyse. Les chercheurs en sont toujours à l’étape de la « recherche » d’homosexuels en Chine[11] . Destinant leurs écrits à un public hétérosexuel qui doute de l’existence même d’homosexuels en Chine, ces auteurs pionniers se concentrent sur la « découverte » et la « révélation » de l’existence d’homosexuels plutôt que sur les processus de découverte de soi et d’auto-révélation des homosexuels eux-mêmes, ce qui est compréhensible.
En Chine, la littérature ethnographique sur l’homosexualité la plus diffusée met l’accent sur la nature cachée ou interdite des relations homosexuelles et sur les pressions auxquelles sont soumis les homosexuels pour se conformer à une société patriarcale hétéronormative où le mariage va de soi. Comme l’écrit Li Yinhe, la principale différence entre les homosexuels occidentaux et chinois est la forte pression sociale qui existe en Chine en faveur du mariage[12]. Des recherches plus récentes se sont penchées sur les sous-cultures gay qui émergent en Chine et au sein desquelles l’auto-révélation est possible dans un cercle restreint[13]. Toutefois, notamment depuis l’avènement de l’Internet, les attitudes envers la sexualité changent rapidement. De nombreux articles sur l’homosexualité sont aujourd’hui disponibles en ligne, et beaucoup de Chinois hétérosexuels qui vivent dans les villes adoptent une attitude plus conciliante vis-à-vis de l’homosexualité. Bien que les hommes soient encore largement soumis aux pressions sociales identifiées par Li Yinhe, certains homosexuels vivant dans des grandes villes comme Shanghai peuvent désormais révéler leur homosexualité à certains amis, camarades de classe ou collègues hétérosexuels.
Des recherches menées aux Etats-Unis ont montré que les homosexuels qui s’abstiennent de révéler leur identité sexuelle à leur entourage le font généralement par peur de persécution, de discrimination ou de rejet. D’autres études montrent cependant que les hommes qui ont la possibilité de dévoiler certains aspects de leur identité sexuelle à un large éventail de personnes dans leur cercle de relations, ont une meilleure confiance en eux-mêmes et une identité sociale et personnelle plus cohérente[14]. En même temps, il faut se garder d’établir une dichotomie simpliste entre ceux qui ont accompli cette démarche et ceux qui continuer de cacher leur identité sexuelle. Comme le souligne Eve Kosovsky, même les personnes qui se présentent ouvertement comme homosexuelles sont confrontées toute leur vie à la révélation de leur sexualité dans leurs interactions sociales[15]. Dans le modèle classique de l’identification homosexuelle, Vivienne Cass décrit six étapes, la première étant « la confusion identitaire » et les dernières étant « la fierté identitaire » et la « synthèse identitaire »[16]. Bien que ce modèle soit clairement téléologique et fondé sur une définition occidentale de l’acceptation de soi et de l’engagement social, l’auto-révélation est lourde de conséquence pour tous les homosexuels, en Chine comme en Occident. Les hommes qui dissimulent leur identité sexuelle ressentent parfois une détresse affective que le coming out peut permettre de soulager[17]. L’importance de l’auto-révélation pour bâtir des liens sociaux est implicite dans toute discussion sur le coming out. La révélation d’informations intimes contribue à la construction de liens sociaux qui seraient difficiles à établir sans cela[18].
Une étude quantitative sur les expériences de coming out chez les homosexuels de Hong Kong a montré que ces derniers étaient plus susceptibles de révéler leur identité sexuelle à leurs amis gay plutôt qu’à leurs amis hétérosexuels, et à leurs amis hétérosexuels et à leurs frères et sœurs plutôt qu’à leurs parents. Les auteurs avancent qu’il est probablement difficile pour les hommes dans les sociétés chinoises de révéler leur identité homosexuelle à leurs parents en raison des normes familiales patriarcales issues du confucianisme. L’étude révélait que les hommes ayant accompli leur coming out et établi des liens avec la communauté gay manifestaient un degré inférieur de détresse psychologique[19]. L’étude était toutefois limitée aux hommes ayant déjà accompli leur coming out, c’est-à-dire un groupe probablement moins important dans des villes chinoises comme Shanghai. Par ailleurs, certains chercheurs occidentaux ont avancé que les notions occidentales de coming out et d’identité sexuelle ne sont pas applicables aux sociétés chinoises et qu’il est important de tenir compte des modes locaux d’auto-identification et des marqueurs locaux de distinction sexuelle et sociale[20].
Notre étude qualitative a pour objectif de décrire les différents modes d’auto-révélation sexuelle chez les HSH de Shanghai. Dans un premier temps, nous décrirons les termes utilisés par ces derniers pour définir une identité homosexuelle (same-sex identity). Cela nous conduira à nous demander s’il existe une conception unique de l’identité gay chez les HSH. Nous examinerons ensuite les récits au travers desquels les hommes définissent leur identité sexuelle. Nous nous demanderons à quel moment de leur vie, les hommes chinois se considèrent pour la première fois comme attirés sexuellement par d’autres hommes et quelles ressources ils utilisent pour parvenir à cette identification. Nous nous pencherons enfin sur les différentes façons dont les hommes adultes gèrent ces identités sexuelles dans différents contextes sociaux.
Un échantillon de 30 HSH a été sélectionné à Shanghai entre décembre 2003 et juin 2004 par le biais de réseaux sociaux informels. Nous avons d’abord contacté des personnes travaillant bénévolement dans un service d’assistance téléphonique aux minorités sexuelles de Shanghai et leur avons demandé de nous indiquer des participants potentiels. Pour prendre part à cette enquête, les hommes devaient être âgés d’au moins 18 ans, vivre à Shanghai et avoir eu des relations sexuelles avec des personnes de leur sexe. La somme de 50 yuans (5 euros) était proposée pour inciter ces personnes à participer à l’enquête.
Après avoir donné leur consentement, les participants ont été interviewés face à face en mandarin ou en shanghaien sur la base d’un format d’entretien semi-directif. Celui-ci abordait sept thèmes : les expériences de migration des participants, leur vie en général, leurs réseaux sociaux (amis ou personnes importantes), les lieux de rencontres fréquentés, les partenaires sexuels, leurs expériences d’utilisation de préservatifs et leur coming out. Quatre personnes ont été formées pour mener ces entretiens. Chaque entretien, d’une durée d’environ deux heures, a été enregistré. Toutes les procédures de l’enquête ont reçu l’aval des comités institutionnels de contrôle de l’Université Fudan (Shanghai) et de l’Université de Californie (San Francisco). Les enregistrements des entretiens ont été transcrits dans leur intégralité. L’analyse des données est basée sur un codage par sujet et les réponses regroupées selon leur similarité thématique en utilisant la méthode des extraits de citation. L’analyse finale des données consiste à sélectionner les citations qui représentent le mieux les points de vue des groupes de citations les plus fréquents.
La première section identifie le lexique utilisé par les hommes interrogés pour définir leur identité sexuelle. La seconde résume leur expérience de découverte de leur orientation sexuelle. La troisième décrit comment ces hommes présentent leur identité de manière différente en fonction du groupe social où ils se trouvent.
Quand on leur a demandé comment ils identifiaient ou décrivaient leur identité sexuelle, les personnes interrogées ont utilisé plusieurs termes. Le plus fréquent était tongzhi, littéralement « camarade ». Certains ont dit préférer ce terme car il n’a pas de connotation sexuelle évidente, et, contrairement à « gay », ne sonne pas comme un mot étranger. Comme l’a souligné l’un des hommes interrogés, « J’aime bien le terme tongzhi… Il n’a pas trop de consonance étrangère et n’est pas trop explicite » (Entretien 19).
Les termes plus parlants, comme « homosexuel », sont généralement considérés comme ayant une connotation négative puisqu’ils sont implicitement associés au caractère criminel ou pathologique de l’homosexualité. Malgré tout, ces termes sont inévitables. L’un des hommes interrogés donne l’explication suivante : « Comme le fait que je sois du sexe masculin, le terme tongxinglian est devenu une partie de mon corps, une partie de ma nature essentielle, mais je ne sais pas vraiment quel terme je devrais utiliser pour me décrire. J’ai l’impression que les termes traditionnels tels que “homosexuel” ont tous une connotation négative, et je ne peux pas les accepter. Tant qu’à faire, je préfère le terme “tongzhi”. »
Une autre manière de décrire l’identité homosexuelle met davantage l’accent sur l’appartenance à la communauté tongzhi. Le terme tongzhi a déjà cette connotation, mais l’on peut aussi se décrire simplement comme « étant dans le cercle » (quannei), en référence au « cercle tongzhi » (tongzhiquan) : « J’aime bien le terme “dans le cercle” pour me décrire. Les autres termes me mettent mal à l’aise. Les gens qui sont dans ce cas peuvent utiliser le terme quannei, et ces deux caractères suffisent à passer le message aux autres » (Entretien 15). Pour cet homme, être « dans le cercle » sous-entend appartenir à un milieu secret et fermé.
Les arguments en faveur de l’utilisation de tongzhi ou quannei semblent plus fréquents parmi les hommes associés à la communauté active tongzhi qui émerge à Shanghai. Beaucoup des autres hommes interrogés préfèrent d’autres termes, comme par exemple « gay » : « J’aime utiliser le terme “gay”. Sur Internet, je dirais que je suis “g”. Toutes les personnes concernées comprendront. Les autres termes, tongzhi et tongxinglian sont trop vulgaires » (Entretien 14).
Comme l’a expliqué l’un des hommes interrogés, l’avantage du terme « gay » (ou de la lettre « g ») est que de nombreux hétérosexuels ne sauront pas ce qu’il veut dire, alors que tout le monde connaît le mot tongxinglian (Entretien 1). Comme il s’agit d’un mot étranger, il est peut-être aussi perçu comme plus sophistiqué et moins vulgaire que les termes chinois ordinaires ou familiers. L’un des hommes interrogés associe le terme « gay » à une identité sociale plus positive et moins sexualisée. : « J’aime bien utiliser le terme “gay” pour me décrire, parce que ce n’est pas un terme froid. C’est être ensemble, s’apprécier mutuellement, profiter de ce genre de vie. Ce n’est pas que le sexe » (Entretien 20).
Au début de l’enquête, nous pensions que les hommes appartenant à la scène homosexuelle internationale de Shanghai seraient plus susceptibles d’utiliser le terme « gay », mais nous avons été surpris de découvrir qu’aucun des hommes interrogés n’était associé à ce milieu. La plupart n’avaient aucun contact avec les étrangers. En réalité, l’utilisation des termes « tongzhi » et « gay » semble vaguement (et de manière incohérente) liée à une présentation de soi, présentation plus politisée et radicale pour « tongzhi » et plus oblique et stylée pour le terme « gay ».
Certains hommes interrogés, notamment les plus âgés qui fréquentent moins le milieu homosexuel de Shanghai, continuent de préférer le terme tongxinglian qui existe depuis beaucoup plus longtemps et reste le terme le plus fréquemment utilisé par les hétérosexuels et les médias. L’utilisation du terme tongxinglian est ainsi illustrée par un homme marié et relativement âgé qui ne fréquente la communauté gay que depuis récemment : « Je suppose que je suis tongxinglian. Je me suis marié parce que j’étais arrivé à un âge où il fallait que je me marie. A l’époque, on n’était pas aussi bien informé que maintenant, et je ne savais pas qu’il y avait autant de gens comme ça… On n’avait aucune idée de ce qu’étaient les tongzhi ; tout ce qu’on savait c’est qu’on aimait bien un certain camarade de classe, etc. A l’époque, j’ai lu un article dans le journal à ce sujet, mais il m’était impossible d’entrer en contact avec ces gens-là. Ce n’est qu’aujourd’hui, grâce à Internet, que je peux les trouver » (Entretien 28).
Beaucoup ont décrit l’Internet comme le premier endroit où ils ont découvert l’existence de termes tels que tongzhi ou ont appris que tongxinglian, un terme chargé de connotations négatives depuis les débuts de la réforme, pouvait aussi être positif. L’utilisation du terme tongxinglian implique non seulement une orientation moins marginale, mais marque également l’utilisateur comme quelqu’un qui se situe un peu en dehors du cercle tongzhi.
Une autre question importante dans la terminologie utilisée est la distinction entre les hommes qui n’ont des rapports sexuels qu’avec des hommes et ceux qui ont aussi des rapports sexuels avec des femmes. Par exemple, l’un des hommes interrogés se décrit comme un « pur tongzhi » (Entretien 6), c’est-à-dire comme quelqu’un qui n’est attiré sexuellement que par les hommes. Un autre informateur utilise le terme de « pur gay » pour se décrire. Comme « pur tongzhi », cette expression implique un rejet total de toute relation sexuelle avec les femmes. Pour l’un des hommes interrogés, il implique également le rejet de tout homme ayant des relations sexuelles avec les femmes : « Faire l’amour avec une femme est une chose dégoûtante pour moi, donc je ne peux faire l’amour avec ces hommes qui ne sont pas gay… Je suis un pur gay et je veux trouver un homme qui soit aussi un pur gay » (Entretien 1).
Il faut également souligner que tous les hommes interrogés dans le cadre de cette enquête n’acceptaient pas d’être reconnus comme homosexuels. Par exemple, il est possible que les travailleurs sexuels, connus sous le nom de « money boys », nient tout attirance sexuelle envers les hommes. Les garçons prostitués que nous avons interrogés venaient de la campagne et étaient peu instruits. La plupart ne se considéraient pas comme homosexuels, même si la majorité de leurs clients étaient des hommes. La vente de services sexuels est sans doute avant tout une pratique motivée par l’argent. Comme Travis Kong l’a souligné dans son étude sur la politique sexuelle des travailleurs sexuels masculins, la prostitution implique la pratique d’actes sexuels qui ne représentent pas forcément les préférences sexuelles de la personne[21] . L’un deux a simplement dit : « Je ne suis pas homosexuel, je fais ça uniquement pour le fric » (Entretien 21).
En revanche, un autre homme interrogé a confié devoir feindre une attirance sexuelle pour les hommes dans ses contacts avec ses clients, renversant ainsi la tendance générale des hommes homosexuels à cacher leur orientation dans les relations professionnelles quotidiennes. Un autre homme interrogé ayant eu des relations sexuelles avec de nombreuses femmes a dit qu’il était bisexuel (shuangxinglian). Il a également ajouté : « Je peux me décrire comme gay » (Entretien 22). Le terme gay, comme tongzhi, pourrait ainsi avoir des significations variables dans le large spectre des relations sexuelles entre hommes. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles certains hommes insistent pour utiliser le terme « pur gay » ou « pur tongzhi » pour se distinguer des hommes bisexuels ou mariés.
Hormis deux hommes qui s’identifiaient comme hétérosexuels (deux travailleurs sexuels), la plupart des hommes interrogés, gay ou bisexuels, ont déclaré avoir pris conscience d’une attirance envers les personnes du même sexe entre l’âge de 5 et 20 ans[22]. La plupart ont remarqué leur attirance envers les hommes pendant la puberté ou avant, et dans tous les cas bien avant leur première expérience sexuelle avec un autre homme. Pour la majorité toujours, le premier rapport sexuel avec un autre homme n’a pas eu lieu avant le début de l’âge adulte, voire plus tard. Leurs partenaires les ont ensuite souvent présentés à un plus grand cercle d’amis homosexuels. Par exemple, l’informateur suivant décrit avoir eu une relation sexuelle inattendue à l’âge de 18 ans : « A l’âge de 13 ou 14 ans, je me suis rendu compte que mon orientation sexuelle était différente de celle des autres hommes. A l’époque, j’étais excité en regardant des photos d’hommes. Cela me perturbait. Je n’avais aucune idée de ce qu’était un tongzhi ; j’étais jeune, toujours au lycée… A l’âge de 16 ou 17 ans, j’ai vu un mec se branler dans les toilettes, et ça m’a excité. Il m’a proposé qu’on se masturbe mutuellement » (Entretien 6).
Plusieurs hommes ont décrit la prise de conscience de leur attirance sexuelle pour les hommes lors de leur initiation sexuelle, généralement avec un homme plus âgé. Un des informateurs explique comment il a découvert l’homosexualité grâce à un professeur de l’Académie des sports où il était pensionnaire : « La première fois que j’ai compris tout ça, c’était par mon entraîneur, qui était aussi mon professeur principal. C’est lui qui m’a initié. J’avais 17 ans. Une fois, dans les douches, nous étions en train de nous bagarrer entre gosses. A ce moment-là, l’entraîneur est arrivé. Les autres gamins sont partis, mais moi je suis resté. Il était dans la baignoire et moi sous la douche. Il m’a demandé : “Tu es propre maintenant ?” J’ai répondu : “J’ai presque fini”. Il m’a alors dit : “Je vois bien que tu n’es toujours pas très propre”, et il a commencé à m’aider à me laver. Il m’a ensuite pris dans ses bras, ce qui m’a amusé et m’a également donné un sentiment de protection paternelle. A ce moment-là, je ne comprenais rien » (Entretien 12). Plus tard l’entraîneur l’a invité à partager une chambre avec lui parce qu’il y avait « trop de monde » dans son dortoir. Ils ont ensuite eu des rapports sexuels. L’homme nous a dit qu’il avait d’abord eu de la peine à accepter son orientation sexuelle et qu’il avait même pensé au suicide à cause des préjugés contre les homosexuels. Mais il a compris plus tard qu’il serait encore plus malheureux s’il ne découvrait pas le monde gay. « Le plus important, c’est que j’aie pris conscience de ma propre orientation. Aujourd’hui, le plus difficile pour moi, c’est de ne pas arriver à trouver un partenaire qui me convienne » (Entretien 12).
Que les hommes interrogés aient pris conscience de leur orientation sexuelle avant de trouver un partenaire (le cas le plus fréquent parmi les hommes interrogés) ou l’inverse, la plupart d’entre eux décrivent un malaise et une certaine confusion durant cette période. C’est l’étape de la « confusion identitaire » décrite par Vivienne Cass[23]. Presque tous les hommes interrogés ont utilisé des mots comme « confusion » ou « incompréhension » pour décrire leurs sentiments. Ils avaient l’impression d’être anormaux ou de souffrir d’un « problème moral ». Leurs récits indiquent toutefois que la plupart sont arrivés à accepter leur homosexualité ou du moins à mieux comprendre leur orientation sexuelle. Ce sont les étapes de « tolérance identitaire » et d’« acceptation identitaire » décrites par Vivienne Cass. Etant donnée la perception négative de l’homosexualité dans la société chinoise, l’acceptation identitaire semble passer par l’accès à des informations et des ressources sociales spécialisées. Pour les hommes, les plus jeunes en particulier, l’Internet a été le médium le plus important non seulement pour rencontrer d’autres homosexuels, mais aussi pour découvrir un modèle plus positif de l’identité homosexuelle. Les sites Internet spécialisés proposent des ressources sociales et intellectuelles qui permettent aux homosexuels de se forger une identité positive.
Certains hommes continuent toutefois d’exprimer des sentiments négatifs sur leur homosexualité. Le problème le plus fréquemment invoqué est l’image négative que donnent les homosexuels en termes d’éthique personnelle et sexuelle. Comme l’a dit plus haut l’un des hommes interrogés, le regret le plus fréquemment exprimé est l’impossibilité de trouver « un bon partenaire ». Les personnes interrogées considèrent notamment qu’il est difficile de trouver un partenaire stable. Cette image négative de la communauté homosexuelle est toutefois souvent compensée par les relations avec certaines connaissances ou certains amis homosexuels. Quelques hommes ont communiqué une perception très négative de leur orientation sexuelle. Un homme marié nous a dit : « C’est une erreur de la nature dans l’ADN. Tu ne peux rien changer ; tu ne peux qu’essayer de rendre ta vie un peu meilleure. Dieu n’a pas été juste avec moi. J’ai été fabriqué avec un défaut. C’est une tragédie. Si j’ai une seconde vie, je veux être un vrai homme » (Entretien 26). Bien que cet homme ait eu une bonne situation d’abord comme fonctionnaire puis comme homme d’affaires, son orientation sexuelle lui a causé beaucoup de tracas. En particulier, il se sent coupable vis-à-vis de sa femme qu’il a ignorée pendant des années tant sur le plan sexuel qu’affectif. Par ailleurs, puisqu’il a commencé à avoir des rapports sexuels avec des hommes seulement à l’âge de 31 ans et a vécu en marge de la communauté homosexuelle, il a peut-être été plus frustré sur le plan sexuel que beaucoup d’autres hommes dans cet échantillon. Il connaît aussi les difficultés rencontrées par la plupart des homosexuels dans la gestion de leur identité sexuelle dans des rôles publics.
Suite au prochain article...