| Etrange situation que celle du PS, si on le jauge d’un point de vue gay. Curieux casting que celui qui se présente à lui. A six mois de la désignation de son candidat à la prochaine présidentielle, le principal parti d’opposition est dans une position pour le moins paradoxale. Celle d’avoir, lors de son dernier congrès, adopté une motion reconnaissant le droit au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe, et d’avoir pour champions (si on en croit les sondages) deux personnalités fort peu enthousiastes pour aller dans ce sens. Car alors que ceux qui font aujourd’hui figure d’outsiders dans cette course à la désignation — Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius ou Jack Lang — se sont prononcés de façon très claire, très ferme et très déterminée en ce sens (malgré quelques nuances), ni Ségolène Royal ni Lionel Jospin ne font montre du même allant.
L’ancien Premier ministre, toujours désespérément coincé pour ce qui est des questions de société, a même choisi, il y a quelques mois, de sortir de son relatif silence pour dénoncer jusqu’au principe du mariage pour les couples de même sexe. Plus prudente et ne voulant pas insulter l’avenir — et surtout ne voulant se mettre à dos ni les gays ni les réacs : belle illustration de ce numéro d’équilibriste entre modernité et tradition qui fait actuellement son succès —, Ségolène Royal tente de promouvoir un concept brumeux à la Tony Blair (décidément son modèle) : un mariage homo qui en aurait toutes les caractéristiques… sauf le nom. Cette "union" qui ne heurterait personne, donnant aux homos ce qu’ils revendiquent sans braquer les intégristes du mariage traditionnel, peut sembler séduisante. Et on peut se dire que les symboles (qu’est-ce qu’un nom, après tout ?) ne sont que des détails. C’est en tout cas une ouverture qui mérite d’être étudiée. Elle n’a qu’un seul petit défaut : si elle a le goût, l’odeur et l’apparence de l’égalité, cette "union" n’en instaure qu’un trompe-l’œil. Source : http://v2.e-llico.com/article.htm?rubrique=dossiers&articleID=12617 |