Lez Zone est un espace dédié à la culture et aux arts sapphiques, au féminisme. Vous y trouverez également quelques actualités. Poèmes illustrés, peinture, photographie, artistes invitées.
Dans ce réseau peu commun d'amitiés féminines, les performances sont élevées, les curriculum vitae interminables, les ambitions démesurées et avouées, « si bien que les célébrations, comme les condamnations d’ailleurs, coïncident et convergent toutes dans la même direction, sans qu’il y ait concertation et encore moins complot » (Pelletier, 1994 :18-19). Le réseau couvre le domaine politique, médiatique et culturel. Ses membres concentrent dans leurs mains une part appréciable de pouvoir. Se situant chacune à l’échelon supérieur de leur domaine, elles obtiennent visibilité et reconnaissance dans tous les secteurs sociaux de premier plan.
De plus en plus, la présence accrue des femmes à la tête des institutions politiques semble liée à leur capacité d'obtenir l'appui des groupes de femmes, des féministes, des comités de femmes de leur parti et à un discours qui prend en charge leurs revendications, comme le montre de façon éclatante l'expérience des pays scandinaves, du Chili et, depuis peu, celle de Pauline Marois qui pourrait bien devenir la première femme à la tête de l'État québécois. Il y a en ce moment six femmes dans le club sélect des cheffes d'État de la planète : Michelle Bachelet (Chili), Tarja Halonen (Finlande), Mary Mc Aleese (Irlande), Vaira Vike-Freiberga (Lettonie), Ellen Johnson Sirleaf (Liberia) et Gloria Arroyo (Philippines) et à peu près le même nombre de premières-ministres dans le monde. Quelles que soient les critiques qu'on peut formuler à leur égard, les faits démontrent que chaque femme portée au pouvoir diminue l'emprise des préjugés, tant chez les hommes que chez les femmes, et provoque un effet d'entraînement au plan international.
En 2007, au Québec et en France, les nouveaux gouvernements élus font un atout majeur de la parité hommes/femmes dans leur Conseil des ministres. Mais, comme le rappelle Irène Khan : «Dans cette lutte contre les discriminations, le plus crucial et le plus urgent des combats à mener est celui qui vise à mettre fin à la violence perpétrée contre les femmes» (Ockrent, 2006 : 706). La lente reconnaissance des droits politiques des femmes dans le monde, dont la représentation dépasse encore rarement 15%, continue à se faire sur fond de violence symbolique ou matérielle. Outre la violence conjugale, le viol, l'inceste, le harcèlement sexuel, les mutilations génitales, la prostitution et la traite des femmes et des enfants, la féminisation de l'analphabétisme et de la pauvreté, les femmes sont de plus en plus souvent victimes de violences proprement politiques. Comment ne pas penser à l'ex-candidate présidentielle, Ingrid Betancourt, captive depuis 2002 de la guérilla colombienne, ou à Aung San Suu Kyi au Myanmar (Birmanie), séquestrée en 1990 après la victoire de son parti que la junte militaire refusa de reconnaître? Prix Nobel en 1991 pour sa lutte non-violente pour la démocratie et les droits fondamentaux de la personne, elle écrit :
Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime. Mais aucune machinerie d’État, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de resurgir encore et toujours car la peur n’est pas l’état naturel de l’homme civilisé (Citée par Cogneau, 2004).
L'histoire montre que toute forme d'oppression crée à la fois l'aliénation qui la perpétue et les moyens d’y mettre fin. Si les amitiés féminines ne sont pas à l'abri des retombées aliénantes du système patriarcal et capitaliste, il n’en demeure pas moins que la forme même de l'oppression des femmes constitue un terrain privilégié pour le développement de valeurs diamétralement opposées à ce système. Les qualités dites féminines, telles que la compassion, l'entraide, l'endurance, qu'on a attribuées à leur «nature», ont été acquises en résistant à la servitude domestique et sexuelle dans laquelle on a toujours voulu les reléguer. Ces mêmes valeurs, enracinées dans leur histoire commune, pourraient permettre aux femmes qui s'y engagent, en défendant les droits de la moitié de la population, de donner à la politique un visage plus humain et d'instaurer enfin une vraie démocratie. Ainsi, la capacité des femmes de passer de l'individuel au collectif est garante de la vitalité et de la qualité tant de l'amitié que de l'espace politique. Dans cette perspective, le privé est plus que jamais politique.
* Citations anglaises traduites par l’auteure.
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Biographie
Née à Québec (Canada), Élaine Audet est poète, essayiste et co-éditrice du site féministe sisyphe.org et des éditions Sisyphe. De 1990 à 2004, elle a tenu une chronique féministe et littéraire au mensuel d'information politique l'aut'journal. Auteure de nombreux articles, livres et recueils de poèmes, ses plus récentes publications sont: Pour une éthique du bonheur (Remue-ménage, 1994), Le Cycle de l'éclair, poésie (Loup de Gouttière, 1996), Le Cœur pensant/Courtepointe de l'amitié entre femmes (Loup de Gouttière, 2000), Prostitution/Perspectives féministes (Sisyphe, 2005) et La Plénitude et la limite, poésie (Sisyphe, 2006).
Source : http://www.unb.br/ih/his/gefem/labrys11/libre/audet.htm