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«Prophète est, en ces temps, L’écrivain de pur sang ! Prophète est, en son temps, Qui choisit… juste camp !» (Rafia Mazari, dans J’écrirai mort ou vif) Pourquoi écrire ? Une question posée depuis des siècles par les philosophes, les écrivains, les critiques ou simplement par des lecteurs.
Il est vrai que la problématique peut paraître, à première vue, anodine, mais il suffit d’y penser sérieusement pour qu’elle devienne plus complexe. Platon, Socrate, Du Bellay, Jean-Jacques Rousseau, Aragon, Duras ou encore Sartre, Camus et bien d’autres encore, jusqu’au contemporains tels que Philippe Lejeune, Genette ou Christiane Chaulet Achour, se posent et se poseront toujours la question sans trouver réellement de réponse.
C’est à cette intrigue, traversant le temps et l’espace, que Etoile d’encre, revue trimestrielle de l’association Femmes en Méditerranée, dans son n° 19-20, revient pour apporter son brin de réflexion autour d’illustres écrivaines, Dominique Le Boucher, Christiane Chaulet Achour, Colonna Fanny, Leïla Sebbar ou encore Maïssa Bey, et la liste est loin d’être exhaustive.
Pourquoi essentiellement des femmes ? Car hormis la réflexion autour du rôle de l’écriture, ces auteurs pose d’autres questions pertinentes, à savoir pourquoi les femmes n’écrivent-elles pas beaucoup, alors qu’entre elles elles se racontent énormément de choses ? Pourquoi n’écrivent-elles pas alors qu’elles tiennent souvent un journal et qu’elles peuvent être lues et reconnues ? Pourquoi cherche-t-on à taire celles et ceux qui osent abattre le mur du silence ? Sans avoir la folie des grandeurs, sans utiliser des analyses élitistes, elles y répondent en s’imprégnant des conditions et de la réalité dans lesquelles les femmes vivent.
«Aux écrivains, poètes, journalistes auxquels on a retiré la parole», c’est avec cette épigraphe que l’ouvrage ouvre la porte du débat. En hommage à celles et à ceux qui ont résisté. Dans l’éditorial, écrit par Dominique Le Bouchet, l’accent est mis, dès le début, sur ces interrogations.
Mme Le Bouchet souligne qu’elle ne s’était jamais posée la question de savoir qu’est-ce qui pousse les écrivains à écrire. Mais au moment où il est devenu une mode de «tuer les journalistes, les écrivains, les femmes et hommes de théâtre, de cinéma, de télévision, les peintres et les poètes, de tuer ceux qui, comme moi, créent d’abord sans se poser la question», c’est en pensant à Camus dans l’Homme révolté, à ce qu’il avait écrit – «Je me révolte donc je suis» –, qu’elle dit, loin de le plagier : «Je me révolte, donc j’écris.» Qu’aurait été la réponse de Jean Sénac, «dans sa cave vigie avant de se faire retirer les mots de ses poèmes de la bouche» ? Qu’en auraient dit Tahar Djaout, Saïd Mekbel, Addelkader Alloula, Youcef Sebti «et toutes celles et ceux à qui on a cloué le bec ? Rien, certainement.
Leur création parle, la nôtre aussi. On ne tue jamais un poète ni un musicien. On ne tue jamais un être libre et porteur de son humanité». Tahar Djaout, juste avant son assassinat, disait : «Si tu parle, tu meurs, si tu te tais, tu meurs, alors parle et meurs.» A cause de l’oppression subie à cause de l’ordre établi, des mœurs et d’autres contraintes, les femmes, bien qu’elles aient le don de la parole, n’écrivent pas.
«On ne naît pas femme, on le devient», disait Simone de Beauvoir. A travers cette revue, c’est un grand espace de créativité qui est proposé. K. H.
Source : http://www.jeune-independant.com/display.php?articleId=24698