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Lez Zone est un espace dédié à la culture et aux arts sapphiques, au féminisme. Vous y trouverez également quelques actualités. Poèmes illustrés, peinture, photographie, artistes invitées.

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Surréalisme et sexualité - Homosexualité féminine - Xavière Gauthier

SURRÉALISME ET SEXUALITÉ

de XAVIÈRE GAUTHIER

© Édition Gallimard 1971

§ HOMOSEXUALITÉ FÉMININE

"L'homosexualité féminine est ressentie très différemment et ne provoque pas les mêmes réactions que l'homosexualité masculine. Nous avons des tableaux de Picasso, de Masson, où deux femmes font l'amour. Dans Palaestra de Tanning, des petites filles, aux joues rouges et brûlantes de désir, aux vêtements en désordre, déchirés, chemise déboutonnée jusqu'au nombril, s'enlacent, se chevauchent, s'envolent, grimpent les unes sur les autres. Leurs corps sont pris dans un violent tourbillon et leurs cheveux s'érectent parfois jusqu'au plafond. L'une d'elle à cheval sur toutes les autres, complètement nue, fait sa prière.


De l'univers pictural de Fini, le mâle est le plus souvent absent et les femmes sont seules, " entre elles " dans une atmosphère teintée d'homosexualité. D'un jour à l'autre (1939, Léonor Fini) représente un très grand nombre de femmes qui se baignent dans une sorte de piscine. Un vent de folie semble passer sur les visages, tordre les cheveux et les corps. Dans Le radeau (1940, Léonor Fini), ce sont deux femmes seules dans l'eau. Leurs seins sont nus. La plus jeune pose sa main sur la cuisse de l'autre ; ses cheveux sont mouillés et pendent lamentablement. La plus âgée, plus digne, plus " reine ", à la robe majestueuse et à l'abondante chevelure ondulée, n'a pas été atteinte par l'eau, par la sexualité

.
Un peu partout dans les dessins de Bellmer, sur un chapeau, dans la tête d'un homme, des couples de fillettes dénudées, l'une agenouillée devant l'autre, se caressent ou pratiquent la fellation. Aragon, dans Le libertinage, fait voir " la petite fille du voisin qui entre pour une bonne raison. Les sœurs l'ont assise entre elles, l'ont caressée. " Les peintures de Svanberg, où l'homme n'apparaît presque jamais, se chargent parfois de corps de femmes qui se mêlent et s'enlacent et dont les longs bras caressent les visages ou les seins fleuris. Le baiser est celui de deux femmes, bouches accolées. Le sein de l'une, au mamelon pointu cille le bec acéré d'un oiseau, pénètre le sein de l'autre, dont le mamelon s'ouvre en forme de bouche. Ces femmes sont si semblables qu'on pourrait croire qu'il y en a une seule, dont le visage se reflète dans un miroir. Plutôt que l'amour lesbien, c'est la duplication de la femme aimée qu'évoque l'œuvre de Svanberg.


De toute façon, les manifestations érotiques entre femmes ne choquent pas autant que la pédérastie. De tout temps, les peintres ont représenté des femmes nues sur un lit, enlacées, sans trop provoquer de scandale. Les hommes trouvent le spectacle charmant, délicieux, attendrissant. C'est que l'excitation manuelle ou linguale n'est pas véritablement considéré comme un acte sexuel : ce n'est qu'un préliminaire au coït. Si celui-ci n'est pas pratiqué, il n'y a qu'une innocente distraction qui montre bien la douceur, la grâce de ces petits êtres " instinctifs " que sont les femmes. Deux objets de désir qui se désirent entre eux, c'est amusant, voire troublant un peu, ce n'est pas sérieux.
Une autre façon de considérer la lesbienne, puisqu'elle se permet de désirer, de choisir, de conquérir, c'est de penser qu'elle essaie de jouer le rôle du mâle. Cette attitude provoque chez Aragon une sorte de sifflement admiratif. " Cette particularité n'a pas été sans contribuer au succès de Victoire. Elle s'est attaché un peuple de filles, qui n'ont d'autre désir que la grandeur de sa maison. On a un certain respect dans la région pour cette singularité qui ne se cache guère et qui semble être une vertu. Elle a fait pas mal pour le prestige de Victoire, que les hommes ont considérée comme une égale et une égale redoutable. " (Le Con d'Irène) Mais l'intérêt de cette " particularité " n'est pas intrinsèque : ce n'est qu'un moyen pour obtenir les hommes.

Chez Joyce Mansour (1928-1986), il semble que les fantasmes homosexuels apparaissent lorsqu'elle est fatiguée, lasse de l'homme à " l'abdomen velu ". De plus, dit-elle,


" …. Ceci me venge enfin
Des hommes qui n'ont pas voulu de moi. " (Cris in Rapaces)



La femme aimée est souvent vieille et usée :
" J'aime tes bas qui raffermissent tes jambes
J'aime ton corset qui soutient ton corps tremblant
Tes rides tes seins ballants ton air affamé
Ta vieillesse contre mon corps tendu, " (Cris in Rapaces)



Mais aussi, terrible et puissante femme-vampire dans le sordide qui l'entoure :


" Je t'ai vue égorger le coq
Je t'ai vue laver tes cheveux dans l'eau souillée des égouts
Je t'ai vue saoule de la riche odeur des abattoirs,
parfois, innocente enfant, à entraîner et pervertir :
" J'attire les jeunes filles
Au plus fort de mon virage (…)
Là où elles ne peuvent respirer sans haleter et se perdre
(…)
Et s'affairer dans mes génitoires entre les quais déserts et les soleils de banlieue, "
(L'étranglement d'une vallée in Carré blanc)



Enfin, dans sa splendeur scandaleuse :


" Femme damnée aux pieds de jade. " (Déchirures in Rapaces)



L'amour avec la femme est une victoire enivrante, victoire qui balaie tout sur son passage :


" Dans le velours rouge de ton ventre
Dans le noir de tes cris secrets
J'ai pénétré (…)
Et la terre se balance en tournant en chantant
Et ma tête se dévisse de joie, " (Cris in Rapaces)



" Je suis le tourbillon de Gomorrhe. " (Le désir du désir sans fin in Damnation)

Pierre Molinier a compris l'homosexualité féminine comme une véritable sexualité. Ses femmes ne sont pas des petites filles qui s'attouchent timidement et se procurent quelques sensations, en attendant la véritable satisfaction complète que seul le mâle peut leur donner. Lorsqu'elles font l'amour, ce n'est pas un divertissement, une diversion, un succédané du coït hétérosexuel. L'homme, en voyant les tableaux de Molinier ne peut plus se rassurer en s'attendrissant sur la candeur et l'innocence des caresses féminines : sans lui quelque chose se passe, sans lui le désir existe, sans lui l'amour se fait. Ni amollies, ni " efféminées ", les femmes de Molinier se cherchent, s'étreignent violemment, se mordent, se happent, se déchirent, se font jouir et souffrir ; souffrir de leur trop grande jouissance, jouir de leur souffrance même. Pire (ou mieux), toutes femelles qu'elles soient, elles se pénètrent avec leurs mains, avec leurs seins, avec leurs langues. Et ce n'est pas seulement leur sexe qui s'ouvre et se déchire, ce sont leurs fesses, leurs hanches, leurs cuisses, leurs bouches. Chaque partie de leur corps peut se faire à son tour vagin ou pénis, plaie ou poignard. Les titres de ses tableaux sont déjà très significatifs : L'angoisse révoltée, Holocauste oui, holocauste non, Le temps des assassins, Le temps de la mort. Nous entrons dans le domaine de la violence, du sadisme et du masochisme. "

Xavière Gauthier (§ Homosexualité féminine in Surréalisme et sexualité, 1971, Gallimard)

Source : http://perso.orange.fr/saphisme/s20/surrealisme.html#ancre100

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