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La pédiatre Edwige Antier plaide pour un statut de «parrain» pour les parents homosexuels
À l'occasion de la Conférence de la famille qui se tient aujourd'hui, la pédiatre Edwige Antier, également conseillère UMP de Paris, réagit dans les colonnes du Figaro et plaide pour une protection de l'enfance plus efficace, pour plus de places en crèche et une meilleure prise en charge des enfants handicapés. À la fin de son texte, elle aborde l'homoparentalité: «Le sens donné à la vie par l'enfant est tel que le combat pour l'homoparentalité bat son plein. Le nombre est de plus en plus grand d'homosexuels qui élèvent un enfant sans statut. Il est temps que le Pacs soit prolongé d'un statut permettant aux homosexuels d'être "parrains" d'un enfant, pour que ceux-ci ne vivent plus dans l'omerta.»
Pourtant, le 9 septembre, dans les colonnes du même journal, Mme Antier s'était offusquée de la présence d'un livre de jeunesse parlant de «deux mamans» dans une bibliothèque municipale, qualifiant l'homoparentalité de «fait marginal (…) qui véhicule en ce sens des antivaleurs» (lire Quotidien du 9 septembre). Il ne serait donc pas recommandé de briser «l'omerta» subie par les enfants de parents homos par des livres pour enfants. Mais le statut de «parrain» protégerait-il les homosexuels de véhiculer des «antivaleurs»? Et pourquoi pas «parent» plus simplement? Comme le déclare docteur Antier elle-même : «…c'est la transmission de la filiation qui donne sens à la vie, il faut absolument encourager cet élan!»
par Taina Tervonen
Source : http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=1913
L'article du Figaro
SOCIÉTÉ Le cri d'un pédiatre à l'occasion de la Conférence de la famille qui se tient aujourd'hui sous la présidence du premier ministre
Protégeons nos enfants !
PAR EDWIGE ANTIER *
[22 septembre 2005]
Aujourd'hui, le professeur Robert Debré doit se retourner dans sa tombe ! Lui qui avait dédié sa vie entière à la protection de l'enfance serait sidéré de l'incapacité de notre pays à protéger ses enfants, un pays comme tétanisé depuis 20 ans. Je crains que la Conférence de la famille, rituellement réunie cette semaine, ne rende encore qu'un constat d'impuissance, assorti de mesurettes permettant aux acteurs de l'enfance de protéger non pas les enfants mais le pré carré de chacun.
Pourquoi personne ne s'intéresse à l'environnement de l'embryon ?
Est-il admissible que personne ne se pose la question d'une étude épidémiologique des enfants atteints de malformations ? Qu'aucun questionnaire ne soit remis aux futures mamans pour savoir quels produits cosmétiques ou d'entretien elles utilisent, quelles eaux elles boivent, quelles régions elles ont habitées depuis leur enfance ?
Est-il admissible qu'une autopsie ne soit pas obligatoire chez tout bébé mort dans son berceau, et qu'on accepte, pour un tiers d'entre eux, le diagnostic de «mort subite» sans vérification ?
Est-il normal que l'on se résigne devant l'absence de transmissions entre les tribunaux et les services sociaux, enterrant ainsi les dossiers d'enfants victimes de maltraitance qui se répéteront dans la fratrie sans surveillance ?
Est-il acceptable ce laxisme qui fait que, faute de contrôler les certificats des visites médicales pourtant obligatoires, on laisse un enfant sans soins mourir de dénutrition ?
Est-il acceptable que les placements de l'Aide sociale à l'enfance aboutissent à laisser à la charge de la société, en fin de parcours, tant de jeunes adultes violents, asociaux et illettrés ? Faute d'évaluations de pratiques d'un autre âge.
Est-il honorable que la parole de l'enfant ne soit pas entendue, voire diabolisée parce qu'aucune formation n'est donnée aux intervenants judiciaires et sociaux qui ont la charge de l'entendre ; que les premières paroles de l'enfant, les seules qui livrent sa première et précieuse vérité, ne sont pas gravées dans une pellicule ? La France qui, avec non seulement Robert Debré mais aussi Françoise Dolto, a eu de si grands pédiatres et psychanalystes pour défendre le droit de l'enfant d'être entendu, ne méritait pas tant d'incurie leurs voix éteintes.
Mais la violence faite aux enfants commence au berceau. Pourquoi accepter que tant de mères partent travailler le coeur serré en laissant leur enfant dans des mains non déclarées non qualifiées ? Un enfant sur dix a une place en crèche, presque la moitié des petits de moins de trois ans sont «dans la nature» confiés on ne sait à qui... sauf à aller voir autour des bacs à sable ! Des mesures colossales ont été prises pour inciter les entreprises à créer des berceaux près du lieu de travail, permettant aux salariés de travailler le coeur en paix, mais les entreprises sont timorées.
Et je n'ai pas parlé des petites violences ordinaires, quotidiennes, faites à tous nos enfants. Bien sûr les images pornographiques qui entrent par tous les tuyaux de leurs ordinateurs, disposés dans l'intimité de leur chambre par des parents bien intentionnés ; et les films interdits aux moins de 16 ans largement diffusés sur le petit écran en première partie de soirée.
Quant aux enfants handicapés, victimes aussi des querelles de chapelles entre les psychanalystes, les comportementalistes et les éducateurs, ils sont laissés dans un abandon qui pousse chaque parent meurtri à créer son association, dans l'espoir de bousculer la cynique indifférence des administrations. Mais, sur la durée, c'est elle qui les rattrapera au tournant. Que peuvent faire des parents seuls devant le temps et l'énergie que demande la rééducation d'un enfant handicapé ?
Manque de moyens ! dira-t-on, comme toujours en France. Absolument pas ! Notre pays est généreux, heureusement, lorsqu'il s'agit de ses enfants ! Le budget de l'Aide sociale à l'enfance est colossal : 5 milliards d'euros, le deuxième budget des départements. Une enveloppe dédiée aux 270 000 enfants placés. Autant dire un budget colossal par enfant, pour un résultat souvent catastrophique.
Pas étonnant dans ces conditions que 100 personnalités aient publié une protestation contre l'état de la protection de l'enfance. Et qu'à la base, les professionnels de l'enfance, les éducateurs, les assistantes sociales soient découragés.
Certains, surmenés, y laissant leur peau, leurs globules, quand ils ne perdent pas leur foi, tandis que d'autres sont lassés. Tous sur le même plan, tous dans la même opacité, tous sans boussole. Les vocations s'usent ! Nous sommes incapables de dire combien d'enfants sont en danger dans notre pays, incapables de dire par combien de familles et de centres sont passés certains adolescents confiés à l'ASE, incapables de dire quel est le meilleur choix entre le suivi (quel suivi exactement ?) dans la famille et le placement, entre le placement familial et l'institution.
Que faire ? Plus de moyens, non. Plus d'organismes, sûrement pas ! Les initiales multiplient à l'envi un dédale incompréhensible aux familles dans lequel se perd toute velléité d'efficacité sur le terrain ! Et chacun de déplorer, puis de proposer un catalogue de mesures qui se perdent dans les tiroirs des autres. Pendant que les enfants pleurent, et que certains en meurent.
Il faut que le Défenseur des enfants, autorité indépendante, ait une possibilité d'intervention transversale lorsqu'il s'agit de saisir la justice, l'école ou la santé. Doté des moyens pour auditer les dispositifs de protection de l'enfance, comme le demande si justement Claire Brisset, il devrait pouvoir interpeller et contrôler les dispositifs départementaux de façon à coordonner leurs pratiques et à les valider. Il devrait pouvoir faire appel des décisions judiciaires concernant un enfant, être entendu sur l'intérêt de l'enfant en cas de séparation parentale, représenter l'enfant handicapé dans les commissions décidant de son orientation, et recevoir chaque année un rapport des communes précisant le nombre de berceaux ouverts pour la garde des enfants. De façon à obtenir en 6 ans autant de places de garde que de nouveau-nés dont la mère travaille. Chaque année, la comparaison avec les autres politiques européennes et nord-américaine devrait précéder une réunion de consensus au plan national des structures sociales et judiciaires. En association avec l'Unicef, il affinerait les critères exigés pour l'obtention du label «Ville amie des enfants» et le publiciserait.
Le sens donné à la vie par l'enfant est tel que le combat pour l'homoparentalité bat son plein. Le nombre est de plus en plus grand d'homosexuels qui élèvent un enfant sans statut. Il est temps que le Pacs soit prolongé d'un statut permettant aux homosexuels d'être «parrains» d'un enfant, pour que ceux-ci ne vivent plus dans l'omerta.
Les Français veulent plus d'enfants : 3 en moyenne au lieu de 2. Le message «Le bébé est une personne» a donné sa noblesse à l'enfant. Puisqu'il n'est plus un tube digestif, il devient noble de s'en occuper même pour un homme ! Dès lors, c'est la transmission de la filiation qui donne sens à la vie, il faut absolument encourager cet élan !
* Pédiatre, diplômée en psychopathologie de l'enfant. Dernier ouvrage : Dolto en héritage. Tout comprendre, pas tout permettre (collection «Réponses», Robert Laffont/France Inter, 2005).
Source : http://www.lefigaro.fr/debats/20050922.FIG0257.html?071457