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'est en les jouant dans leur version néerlandaise qu'Adelheid Roosen s'est aperçue, dit-elle, que les célèbres Monologues du vagin étaient "trop occidentaux, trop blancs". Cette vedette exubérante de la scène des Pays-Bas, généreuse et survoltée, a alors l'idée d'adapter la pièce d'Eve Ensler. Et d'interroger des femmes d'origine musulmane sur leur rapport au plaisir, au désir, à la tradition, à la maternité, au Coran, aux mutilations, etc. | |
Les attentats antiaméricains de 2001, la montée du populiste Pim Fortuyn, puis l'assassinat du cinéaste Theo Van Gogh par un islamiste radical changent tout : les tolérants Pays-Bas deviennent l'une des sociétés les plus crispées d'Europe, et les débats sur l'islam, la sécurité, l'intégration, dangereusement mêlés, y sont virulents.
"Touriste dans (son) propre pays", comme elle l'explique, Adelheid Roosen poursuit son travail, que ce contexte politique rend d'autant plus intéressant. Rencontrant 70 femmes au total, âgées de 17 à 85 ans, croyantes ou non, libérées de la tradition ou profondément ancrées dans celle-ci, elle accumule des témoignages forts et beaux. Ils lui fourniront la matière de ses Monologues voilés.
Après avoir connu un grand succès aux Pays-Bas - deux ans à guichets fermés -, ils sont montrés pour la première fois, à guichet fermée jusqu'au 9 février, puis du 15 au 31 mai, en version française au Théâtre de poche de Bruxelles - www.poche.be - un lieu où Fanny Cottençon et Christine Boisson, notamment, ont joué la première version de la pièce d'Eve Ensler.
Cette fois, les rôles sont tenus par des comédiennes belges d'origine arabe. Trois jeunes femmes accompagnées par une musicienne y parlent avec émotion, drôlerie ou gravité d'érotisme, de violence ou de saphisme. Du vagin "cédant à l'appel du minaret" d'une convertie.
La pièce balaie les préjugés, pas les questions. A Amsterdam, à Berlin, à Ankara, aux Etats-Unis, elle a été applaudie parce qu'elle changeait le regard sur la femme musulmane. Seuls quelques fondamentalistes l'ont détestée. Mais de cela, Adelheid Roosen ne veut pas parler. Ayant redécouvert, dit-elle, "le sens de l'engagement", elle a écrit depuis un autre texte sur les crimes d'honneur, et travaille à l'intégration par l'art des femmes musulmanes issues des banlieues néerlandaises.