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La dure vie des homosexuels dans le township de Soweto
La solitude, la peur et la violence constituent encore souvent le quotidien des homosexuels du ghetto de Soweto, dix ans après le vote d'une législation censée les protéger en Afrique du Sud.
Quand ils se retrouvent, c'est dans le plus grand secret, dans un bar improvisé à l'intérieur d'une maison, autour d'une bière. De jeunes Noirs homosexuels peuvent s'y rencontrer, flirter et parfois danser, à l'abri de la population du township qui leur est souvent hostile.
L'Afrique du Sud a été le premier pays, en 1996, à adopter une Constitution qui protège les citoyens des discriminations basées sur leur orientation sexuelle. Dans ce cadre, la Cour constitutionnelle a ordonné au gouvernement de légaliser les mariages entre personnes du même sexe d'ici la fin de l'année. L'homosexualité est illégale dans la plupart des pays d'Afrique sub-saharienne, comme le Kenya, l'Ouganda, le Nigeria, la Tanzanie, le Ghana ou le Zimbabwe, où le président Robert Mugabe tient régulièrement des propos particulièrement violents sur ce sujet.
La loi contre les discriminations a contribué au fait que l'Afrique du Sud abrite aujourd'hui la communauté homosexuelle la plus visible sur un continent où l'homosexualité est généralement cachée et que l'on préfère considérer comme non-africaine, héritage non désiré du colonialisme et de la culture blanche. Mais la protection juridique ne garantit pas l'acceptation ou la tolérance. La réalité, c'est souvent une vie de solitude, de peur, de viol, de violence et parfois même de meurtre.
"J'ai été violée six fois, cinq fois juste parce que je suis homosexuelle. J'ai été violée par des hommes que je connais, qui voulaient me montrer ce que ça veut dire d'être une femme. Ils pensaient que cela me ferait changer, que cela m'empêcherait d'être homosexuelle", explique une jeune lesbienne noire de Soweto, soucieuse de ne pas être identifiée par craintes de représailles. "Je suis séropositive en raison d'un de ces viols."
L'organisation non gouvernementale (ONG) Human Rights Watch basée aux Etats-Unis a révélé au début de cette année que les lesbiennes, en Afrique du Sud, étaient victimes de violences simplement parce qu'elles ne répondaient pas aux attentes sociales sur la manière dont les femmes devraient se comporter.
Dans un bidonville près du Cap, en février dernier, une lesbienne de 19 ans, Zoliswa Nkonyana, est morte après avoir été pourchassée par une foule, frappée avec des clubs de golf et des briques, et poignardée à cause de son orientation sexuelle. Il n'y a eu aucune arrestation, selon Donna Smith, dirigeante du "Forum pour l'émancipation des femmes" et membre de la Coalition des lesbiennes africaines.
Lors d'une "gay pride" organisée l'an dernier, le char du Forum a été attaqué par des gens qui jetaient des bouteilles, parce qu'il représentait l'homosexualité comme une partie naturelle de la culture africaine, ajoute Donna Smith.
"Ce qui est non-africain, c'est l'homophobie", poursuit-elle. "Certaines personnes croient que l'homosexualité est une idée amenée ici par l'homme blanc. Mais elle a toujours été ici. Ce que l'homme blanc a amené, c'est l'homophobie par le biais de doctrines religieuses que nous n'avions pas avant", affirme-t-elle, se référant aux travaux d'anthropologues montrant que l'homosexualité était largement acceptée dans l'Afrique pré-coloniale. AP
Source : La dure vie des homosexuels dans le township de Soweto