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Lez Zone est un espace dédié à la culture et aux arts sapphiques, au féminisme. Vous y trouverez également quelques actualités. Poèmes illustrés, peinture, photographie, artistes invitées.

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Une parole de femme s'est tue - Annie Leclerc - Parole de femme

Une parole de femme s'est tue


LE MONDE DES LIVRES | 02.11.06 | 17h44








Quand,en 1974, en pleine effervescence des mouvements de femmes, la romancière et philosophe Annie Leclerc publia Parole de femme (Grasset), elle fut violemment attaquée par de nombreux médias, les journaux féministes et Les Temps modernes en tête. N'avait-elle pas osé chanter les plaisirs du corps féminin ? L'époque était à la détestation de ce corps infirme, souillé, humilié de sang périodique, alourdi et esclavagisé par la maternité, blessé parfois à mort par l'avortement. Simone de Beauvoir, dans Le Deuxième Sexe, se battant contre "une dépendance qui la voue à l'homme, à l'enfant, au tombeau", avait voulu libérer la femme de tous les vieux et aliénants oripeaux féminins. Devenir un homme, propre, puissant, tel était le programme (même si, au moment où elle rédigeait ce livre, en 1947, elle écrivait à son amant américain : "Je vous embrasse comme une épouse aimante doit le faire"). La libération des femmes, c'était la victoire contre les hommes.


Et voilà qu'une voix montait qui voulait se faire entendre autrement, une voix bien à elle, qui n'attaquait pas les hommes, mais cherchait à se dégager graduellement et avec un bel enthousiasme, de leur logique et de leur discours. Elle ne se faisait la porte-parole d'aucune cause, elle parcourait son propre cheminement et l'analysait. Ainsi la puberté lui était-elle tout d'abord apparue comme une malédiction et une effroyable douleur (comme Simone de Beauvoir avait pensé que ce devait être le cas pour toutes les filles). "Le sang menstruel est sans aucun doute la part de leur sexe que les femmes considèrent comme la plus indigne", écrivait Annie Leclerc. Il lui fallut dix ans pour accepter cette horloge périodique, pour y puiser une acceptation d'elle-même et du monde. Certes, Annie Leclerc ne fut pas seule à cheminer vers une recherche non aliénée du féminin. Tous les livres de Chantal Chawaf, par exemple, à peu près à la même époque, disaient un lien à la mère et un amour de la Chair chaude (Mercure de France) qui pouvait réconcilier les femmes avec elles-mêmes. La revue Sorcières, qui portait comme sous-titre explicite : "Les femmes vivent", créée au début de l'année 1975, ouvrit ses pages à ces deux écrivaines (entre autres). Annie Leclerc prenait plaisir à y "confondre" acte nourricier et acte d'amour. Elle n'était pas seule et je me souviens le plaisir que nous avions, lorsque nous faisions nos réunions de sorcières, à traverser sur la pointe des pieds la chambre de sa petite fille endormie...

Dès 1974 aussi, j'avais publié aux éditions Des Femmes un recueil de poèmes dont le titre, Rose saignée, ne manquait pas d'évoquer la trame rouge du corps des femmes, même si le thème était loin d'être limité aux règles. Mais, de même que pour Parole de femme, c'est ce qui troubla ou choqua le plus, tant il s'agit d'un fort tabou. Une de nos contemporaines, pourtant intelligente féministe très active, Clémentine Autain, écrit avec dégoût dans Alter égaux (Robert Laffont) : "Je vous recommande la lecture de Parole de femme d'Annie Leclerc, best-seller des années 70, et notamment le passage de l'apologie des règles (un régal !)."

Aurions-nous si peu progressé qu'aimer son corps, quand on est une femme, serait encore une inconvenance ou une aliénation ? Je crois tout de même que nous avons fait du chemin, si j'en juge par exemple par l'incroyable succès des Monologues du vagin, d'Eve Ensler. Et je me dis qu'Annie Leclerc, tout occupée qu'elle était ces dernières années à nager, à faire des ateliers d'écriture en prison, puis à lutter contre la maladie, a dû être heureuse de lire deux "naissances" : l'un, Naissances (L'Iconoclaste) où huit écrivaines racontent leur accouchement ; l'autre Naissances (Gallimard), où Pierre Péju raconte la bouleversante émotion de l'homme qui assiste. Oui, j'espère qu'elle a eu le plaisir de les lire, car c'est elle qui a ouvert la voie.


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Xavière Gauthier est écrivaine et universitaire.

Xavière Gauthier

Parole de femme

  • Poche
  • Editeur : Actes Sud (1 Mar 2001)
  • Collection : Babel
  • Langue : Français
  • ISBN: 2742731814
  • Pour le commander.
  • Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3260,36-829949@51-829995,0.html

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