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La vie tragicomique des magazines féminins français
Avec «La bimbo est l’avenir de la femme», Sylvie Barbier crée la version européenne du «Diable s’habille en Prada».
Après avoir écumé la presse féminine (Marie Claire, Marie France, Biba, etc.), Sylvie Barbier raconte aujourd’hui son quotidien de journaliste. Par exemple ce jour où, en tant que rédactrice en chef, elle passe en revue des adolescentes pour la couverture de son magazine. Son directeur de rédaction veut une fille «de préférence mince, surtout pas maigre, avec des jolies formes, de la poitrine mais pas trop». Et, cerise sur le gâteau, «cette fois, exceptionnellement, on va lui demander de sourire». La journaliste et son patron détaillent alors «l’anatomie des miss sans un mot, en prenant l’air volontairement sérieux», pour ne pas donner l’impression de faire leurs «emplettes sur le marché aux esclaves».
Au bout du compte, d’habiles graphistes retoucheront de toute façon la plastique du top-modèle. «N’essayez pas de ressembler à la blonde ou à la brune de la couverture, elle n’existe pas», écrit Sylvie Barbier dans La bimbo est l’avenir de la femme, un titre tape-à-l’œil malheureusement beaucoup moins pertinent que le livre.
Regard de poisson mort Tout au long du récit, des scènes de ce type illustrent le malaise de la journaliste. Elle a le sentiment de pousser la lectrice vers «le bonheur obligatoire» et «l’optimisme forcé», lesquels la mènent irrémédiablement à la frustration. «J’ai voulu montrer comment ces journaux étaient devenus des fabriques à complexes pour les femmes et des guides de technique de baise pour les plus jeunes», explique-t-elle d’une voix qui a tout de même su garder de l’optimisme. Mais un optimisme mélancolique: «Il y a vingt ans, quand j’ai commencé à travailler pour Cosmopolitan, nous voulions aider la femme, la libérer. Maintenant, on l’enferme.»
Toutefois, ce récit ne se limite pas à un regard acide et drôle sur le monde de la presse féminine. On y découvre également une réflexion sur le féminisme d’aujourd’hui, entre militantisme et déception. «Je ne suis pas une pure et dure, mais je pense que nous devons nous entraider, être féministes au quotidien», lance, émue, Sylvie Barbier. Elle constate cependant dans son livre que les propriétaires de magazine prônent désormais la «tyrannie du look» en encourageant «l’idiote aguicheuse, la séduction de sous-douée, le regard de poisson mort».
La bimbo est l’avenir de la femme parle donc plus largement du désarroi des femmes actives d’aujourd’hui, quittées par des maris qui leur préfèrent les jeunes, et forcées à «piétiner leurs idéaux» au nom du chiffre d’affaires.
Résultat, les rédactrices s’entretuent à coups de petites phrases assassines. Sylvie Barbier s’étonne même qu’il n’y ait pas encore d’association pour défendre les victimes d’humiliation dans ce milieu. Une sorte de «WWF de la presse féminine». L’évolution aurait fait de la femme un loup pour la femme. Et Sylvie Barbier de se demander: «Serions-nous devenues les égales des hommes dans la façon que nous avons de nous pourrir la vie entre nous au sein de milieux professionnels très privilégiés?» Pour elle, la réponse est clairement oui.
Paul Ackermann
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