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Maria Teresa Fernandez de la Vega : la belle revanche des Espagnoles
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Maria Teresa Fernandez de la Vega.
LE MONDE | 11.10.06 | 16h30 • Mis à jour le 11.10.06 | 16h30
Lorsqu'elle a commencé sa vie d'adulte, elle était une incapable. Juridiquement, s'entend. Le franquisme coulait ses vieux jours et les femmes espagnoles avaient un statut légal de quasi-mineures, même si elles se destinaient à la magistrature, comme dans son cas. Aujourd'hui, numéro deux du gouvernement, Maria Teresa Fernandez de la Vega a du mal à le faire entendre aux étudiants qu'il lui arrive de rencontrer. Mais, en dépit d'une parole minutieusement maîtrisée et sobre, on comprend qu'elle conserve, aiguë, la mesure du chemin parcouru.
La première vice-présidente du gouvernement paritaire de José Luis Rodriguez Zapatero incarne la place spectaculaire conquise par les femmes dans la vie politique espagnole depuis la transition. Elle prend cela comme une "responsabilité supplémentaire". Jusqu'à présent, il se trouve peu de grincheux pour critiquer la manière dont elle l'assume.
Elle a été choisie pour le poste symbolique de numéro deux parce que femme, à la barbe de ses plus proches équipiers, en avril 2004. Progressivement, elle s'est imposée comme le visage, la voix, la colonne vertébrale, la main - certains disent la poigne - de l'équipe composée par M. Zapatero. Au point d'en être devenue la figure la plus populaire. La plus exposée aussi.
Au fil du temps, cette travailleuse acharnée s'est directement chargée de certains des dossiers les plus lourds du gouvernement. C'est elle qui a piloté le projet de loi qui sortira les victimes du franquisme de l'oubli institutionnel. Elle qui vient de boucler la réforme du financement accordé par l'Etat à l'Eglise catholique, malgré un conflit ouvert sur de nombreux sujets.
A l'exception de la politique économique et, semble-t-il, du dossier basque, pas une priorité, pas un dossier casse-cou, pas une avanie n'échappe à Maria Teresa Fernandez de la Vega. Au point, parfois, de reléguer dans l'ombre certains ministres. "Elle sert de pare-feu et, en même temps, elle doit remédier aux erreurs des autres", observe Ana Pastor, chargée de l'immigration et de la politique sociale au sein du Parti populaire (opposition).
Evidemment, le dossier de l'immigration n'a pas tardé à remonter jusqu'à elle. Il l'absorbe de plus en plus, depuis qu'à l'été 2005 plusieurs Africains ont trouvé la mort sous les balles des gardes-frontières en tentant de franchir les grillages qui séparent les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla du Maroc. Les images dramatiques d'Africains entassés dans des embarcations ouvrent, chaque soir ou presque, les journaux télévisés.
L'immigration s'est hissée au premier rang des préoccupations des Espagnols. Mme de la Vega s'efforce donc de mobiliser aux côtés de l'Espagne des partenaires européens peu pressés de porter leur regard au-delà de leurs propres frontières. "Comme si, une fois en Espagne, ils n'étaient pas en Europe", dit-elle. Pour faciliter la tâche, elle a assumé sans rechigner le changement de cap des socialistes espagnols et du gouvernement : dorénavant, il ne sera plus question de régularisations massives.
Ce rôle très exposé est nouveau pour elle. Son parcours débute dans l'administration. Premier virage en 1982, elle entre en politique. Les socialistes sont encore dans l'opposition lorsqu'elle devient une pièce importante de leur dispositif comme secrétaire générale, c'est-à-dire numéro deux, du groupe des députés. Mais son travail de coordination la maintient en coulisses, et elle n'appartient pas au cercle des plus proches compagnons de M. Zapatero.
Sa nomination à la première vice-présidence a pris tout le monde de court, elle la première. Le nouveau chef du gouvernement avait apprécié son efficacité et sa grande capacité de travail. Et bien entendu - il s'agissait, après tout, d'une décision symbolique - son engagement féministe. Son féminisme, Maria Teresa Fernandez de la Vega l'a d'abord appris en famille, des jumelles galiciennes Jimena et Elisa, ses tantes, qui, au début du XXe siècle, avaient réussi à franchir tous les obstacles pour devenir les premières femmes médecins.
Elle l'a ensuite trempé aux entraves que le franquisme finissant imposait aux femmes. Très vite aussi, la politique s'est imposée à cette fille d'un fonctionnaire chassé de son poste, après la guerre civile, parce que républicain. "J'ai toujours aimé la politique, se souvient-elle. Ma génération, celle qui est née à la politique à la fin de la dictature, celle de 1968, est très politisée." A Barcelone, sa première affectation, cette passion la conduit d'abord dans les rangs du PSUC, le parti communiste catalan, puis à Justice démocratique, une association de magistrats de gauche très active lors du passage à la démocratie.
Après la mort de Franco puis l'ébullition de la transition, cette génération de femmes politisées recueillera vite les fruits de ses efforts, notamment dans les partis de gauche - mais pas seulement -, qui s'imposent des quotas de femmes aux élections. Pourquoi ces succès rapides ? "Cela vient probablement de notre retard. Nous sortions d'une longue dictature quand les autres pays européens étaient installés dans la démocratie. Sous l'impulsion des mouvements féministes, nous avons fait mouvement, parfois plus vite que d'autres."
La première vice-présidente ne voudrait pas que l'on croie que la misogynie ne sévit plus dans la politique espagnole. "Souvent, d'entrée, le regard est un regard machiste. De manière récurrente, on entend des argumentations non pas contre mon action politique, mais contre ma personne, la vice-présidente femme."
Son goût pour les vêtements colorés et sophistiqués a notamment fait l'objet de quelques mauvaises querelles de la part de l'opposition. Et à gauche ? Une Ségolène Royal, dans un Parti socialiste aussi féminisé que le PSOE espagnol, pourrait-elle être la cible, aujourd'hui, des mêmes réflexions machistes qu'au PS français ? Mme de la Vega s'esclaffe : "Vous savez, quand arrive la pure lutte de pouvoir, tous les coups sont permis..."
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Cécile Chambraud
Article paru dans l'édition du 12.10.06
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-822238@51-819184,0.html