| Le référentiel de l'Islam, toujours présent dans les revendications féminines (20/9/2006) | | Le mouvement féminin au Maroc a toujours pris en considération le référentiel de l'Islam dans ses revendications, a affirmé mardi à Paris Mme Nouzha Guessous, militante des droits humains et ancienne membre de la Commission consultative royale chargée de la révision de la Moudawana.
Photo: Mme Nouzha Guessous, militante des droits humains et ancienne membre de la Commission consultative royale chargée de la révision de la Moudawana
Intervenant lors d'un colloque au siège de l'UNESCO sous le thème "Qu'est ce que le féminisme musulman?", Mme Guressous a expliqué que cette référence à l'Islam est prise en compte non seulement pour argumenter les demandes de réforme du Code de statut personnel, mais aussi pour stimuler l'Ijtihad en vue de déconstruire les schémas assimilant l'Islam à l'oppression des femmes | Dans sa communication intitulée "Féminisme musulman, féminisme islamique ou féminisme en terre d'Islam : exemple du Maroc", Mme Guessous a relevé que même les féministes qui se disent laïques ont compris très tôt que le référentiel de l'Islam n'est en aucun cas en contradiction avec leurs revendications et qu'il est absolument indispensable pour l'aboutissement de leurs doléances.
L'aboutissement des revendications d'égalité et d'équité envers les femmes, a-t-elle dit en substance, reste tributaire de l'Ijtihad et de l'investissement du champ religieux.
Après avoir retracé l'histoire du mouvement féminin au Maroc, elle a rappelé que les femmes avaient appelé à la réforme du Code de statut personnel immédiatement après sa proclamation à la fin des années cinquante. Dans ce contexte, a-t-elle fait remarquer, ce mouvement a connu deux tournants dans son histoire: la pétition pour un million de signatures en 1992 et le Plan pour l'intégration des femmes au développement en 1999. Elle a souligné que ces tournants ont renforcé la nécessité pour les femmes et pour tous les démocrates d'investir le champ religieux et partant de montrer "qu'on peut donner une lecture plus ouverte, plus égalitaire et en phase avec la société".
La prise en considération du référentiel de l'Islam par le mouvement féminin a toujours existé, avant même l'évocation du concept de féminisme musulman, a-t-elle précisé.
Mme Guessous a, d'autre part, fait la distinction entre un mouvement féministe musulman ou islamique et un mouvement islamiste qui "introduit déjà l'amalgame entre Islam et violence ou extrémisme", estimant que ceux qui prônent cet extrémisme ne peuvent pas être pour l'égalité, la liberté et la démocratie". "Un mouvement qui se revendique du féminisme musulman doit s'inscrire dans une perspective de société démocratique, ouverte, tolérante et respectueuse des valeurs universelles des droits humains", a insisté la conférencière, également présidente du Comité international de bioéthique de l'UNESCO.
Mme Guessous a également mis l'accent sur la nécessité d'élaborer un projet de réforme global des sociétés musulmanes afin de déconstruire ces schémas réducteurs d'Islam synonyme de violence ou Djihad, affirmant que cette réforme est l'unique démarche pour le féminisme musulman ou les Musulmans féministes de contribuer efficacement à l'amélioration de la situation des femmes dans le monde musulman et à la déconstruction de la diabolisation de l'Islam.
Initié par l'Association "Commission Islam et laïcité" en collaboration avec l'UNESCO, ce colloque de deux jours a réuni des femmes musulmanes venues notamment des Etats-Unis, du Maroc, de France, de Malaisie, de Belgique, du Pakistan, d'Espagne et du Nigeria. |