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J'ai regardé le diable en face
de Maud Tabachnik
Langue : Français
Éditeur : Albin Michel (2 mars 2005)
Collection : Spécial suspense
Format : Broché - 343 pages
ISBN : 2226156828
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Chroniques et points de vue
Présentation de l'éditeur :
Ciudad Juarez, un million trois cent mille habitants. Ville frontière entre Mexique et Etats-Unis. Cité sans âme livrée au crime, à la drogue et à la violence des mafias. Sandra Khan, journaliste au San Francisco Chronicle, se retrouve confrontée à un monde où la peur et l'indifférence servent de terreau a l'inhumanité. Conviction et courage seront ses armes pour tenter de comprendre pourquoi des crimes abominables sont perpétrés contre des centaines de jeunes femmes sans que, depuis plus de dix ans, les autorités aient réussi à identifier les assassins ou leurs commanditaires. Mais Sandra n'en sortira pas indemne. Car personne ne peut regarder le Diable en face sans se brûler. Avec cette nouvelle enquête de Sandra Khan, Maud Tabachnik, après Douze heures pour mourir, nous entraîne une fois encore dans la terrifiante actualité du monde. L'énigme de Ciudad Juarez fascine autant qu'elle révolte pour une raison aussi aberrante que simple : les femmes y meurent parce que nées femmes.
La face cachée de notre bonne conscience
Par : Denis-Daniel Boullé [02-05-2005]
Lire du Maud Tabachnik, c’est avant tout prendre le risque d’être dérangé. Attention! l’écrivaine – elle se définit ainsi – ne fait pas dans la dentelle. Les meurtres et mystères dans un cottage de la campagne anglaise, ce n’est pas sa tasse de thé. Pire, elle se situe aux antipodes du genre, préférant l’école des polars américains qui n’ont pas peur de regarder le diable en face. Pourquoi ce choix? Parce que, s’empresse-t-elle de souligner, ce n’est pas de sa faute si le monde est plus fou et plus pervers que toutes les fictions jamais imaginées. Pessimiste? Maud Tabachnik l’est sans aucun doute. Résignée? Ce mot n’a jamais fait partie de son vocabulaire. Résolument engagée à en découdre avec les mots, et parfois dans l’action, elle se voit comme une guerrière.
Lire du Maud Tabachnik, c’est avant tout prendre le risque d’être dérangé. Attention! l’écrivaine – elle se définit ainsi – ne fait pas dans la dentelle. Les meurtres et mystères dans un cottage de la campagne anglaise, ce n’est pas sa tasse de thé. Pire, elle se situe aux antipodes du genre, préférant l’école des polars américains qui n’ont pas peur de regarder le diable en face. Pourquoi ce choix? Parce que, s’empresse-t-elle de souligner, ce n’est pas de sa faute si le monde est plus fou et plus pervers que toutes les fictions jamais imaginées. Pessimiste? Maud Tabachnik l’est sans aucun doute. Résignée? Ce mot n’a jamais fait partie de son vocabulaire. Résolument engagée à en découdre avec les mots, et parfois dans l’action, elle se voit comme une guerrière.
Dans J’ai regardé le diable en face, Maud Tabachnik remet en selle un de ses personnages préférés, la journaliste américaine Sandra Khan (Les cercles de l’Enfer, L’empreinte du Nain, le Tango des Assassins) et la plonge au cœur de Ciudad Juarez au Mexique, dans une tragédie réelle. Une ville où depuis 10 ans des centaines de femmes ont été retrouvées mortes après avoir été violées, torturées et mutilées. Les auteurs de ces crimes n’ont jamais été retrouvés. Une situation qui a suscité la colère de l’écrivaine : «Ce qui se passe à Ciudad Juarez est un épiphénomène de ce qui arrive à des milliers de femmes dans le monde dont le seul tort est d’être nées femmes, lance dans un souffle Maud Tabachnik. Ce roman s’est imposé à moi lors d’une exposition à Paris sur les disparues de Ciudad Juarez. J’ai alors rencontré des journalistes mexicains et français qui avaient enquêté sur ces disparitions. Beaucoup des événements et des personnes dont je parle dans le livre sont vrais.»
Ces meurtres ne sont toujours pas résolus et Maud Tabachnik ébauche des hypothèses par le biais de son enquêtrice Sandra Khan en s’appuyant sur des faits depuis longtemps établis. Les coupables : la police, la justice, la mafia, les notables, tous liés pour conserver le pouvoir et les privilèges d’une société gangrenée par la corruption. Et, bien entendu, le pouvoir de vie et de mort sur les femmes, qu’elles soient ouvrières dans les maquiladoras, entreprises de sous-traitance collées à la frontière américaine, prostituées ou écolières. «Malgré les déclarations de Vincente Fox souhaitant mettre un terme à la corruption, voulant que les droits de la personne soient mieux respectés, dont celui des femmes, le Mexique reste rongé par la corruption, à laquelle s’ajoute un machisme séculaire qui fait que les femmes n’ont aucune chance de se faire respecter. Mais cette situation vaut dans beaucoup d’autres pays», s’indigne Maud Tabachnik.
Maud Tabachnik écrit comme elle parle. Les phrases sont courtes; les formules, lapidaires; les images, percutantes. Pas d’avertissement pour dire, écrire l’horreur. Elle braque le projecteur dessus, nous la montre à voir, à entendre et à sentir, dans toute sa nudité implacable. Les romans de Maud Tabachnik ne sont pas des divertissements gratuits, ils nous poussent à regarder ce que l’on voudrait occulter. La romancière vient bousculer nos consciences.
Rencontrée à Montréal, Maud Tabachnik est en soi un personnage. Assise dans le sofa de sa chambre d’hôtel, fumant l’un après l’autre des cigarillos, l’ancienne ostéopathe qui a tout quitté pour la littérature vous sonde de son regard acéré. Pas de panique! Celle en qui le monde suscite «une colère permanente» et qui ne peut «supporter le mépris pour la vie» a d’autres tours dans son sac. Ses coups de colère nous rejoignent, son franc-parler nous séduit. Peut-être parce que sa parole, toute singulière soit-elle, est vraie. Maud s’inquiète de la montée des fanatismes, tout comme de l’égoïsme ambiant, même si elle ajoute : «Je n’ai pas envie qu’on me force à aimer mes voisins, mais on peut quand même se respecter. Et à partir de là, on peut fonctionner ensemble.»
Maud Tabachnik n’est pourtant pas une militante, simplement elle est engagée, engagée dans l’écriture, engagée pour dénoncer dans ses livres tous les racismes, l’antisémitisme et le fanatisme. Et l’homophobie? Maud Tabachnik sourit, tire une bouffée de son cigare et ajoute : «Sandra Khan a été le personnage de mon premier roman. Tout de suite, j’ai annoncé les couleurs. Elle était lesbienne et elle a tué l’assassin de sa compagne. Remarquez que je casse les codes du roman policier, puisque mes héros ne sortent pas vainqueurs ou encore que les assassins ne sont pas toujours punis. Sandra Khan n’est pas une lesbienne féministe, elle représente une femme qui se bat, et le fait qu’elle soit homosexuelle ne gêne personne. D’ailleurs, les lecteurs la réclament. Je pense que, d’une certaine manière, elle fait aussi avancer la cause des gais et des lesbiennes.»
Si Maud Tabachnik ne se définit pas comme romancière lesbienne, elle se méfie aussi des étiquettes réductrices. «La marginalité, je connais, mais je me suis toujours imposée et donc je me suis fait respecter, explique-t-elle. On tire toujours sur une ambulance, pas sur un tank.» Il est vrai que sa force de caractère a dû sans aucun doute impressionner tous ses adversaires. Mais les raisons qui expliquent aussi bien ses convictions que sa propension au combat résident dans son enfance. Née pendant la guerre, dans une famille d’immigrés juifs dont plusieurs ne reviendront pas des camps de concentration, Maud Tabachnik a su très tôt développer cette capacité de résistance et de lutte contre les injustices. «J’avais 17 ans quand j’ai dit à mes parents que j’étais attirée par les femmes, à une époque moins ouverte qu’aujourd’hui, mais j’ai toujours pensé que c’était quelque chose qu’il ne fallait ni cacher ni exposer tout le temps.» Elle s’étonne cependant qu’il y ait encore un grand tabou pour le dire. «Je pense que les Français sont encore trop pusillanimes, et les gais et les lesbiennes là-bas le sont aussi.»
Ses colères et ses combats, Maud Tabachnik va continuer à les mener à travers l’écriture, avec ses personnages préférés, dont Sandra Khan, des personnages qui sont toujours en marge et observateurs d’une société qui les dérange, se battant parfois contre des moulins à vent, mais qui gardent cette capacité de s’indigner devant l’indifférence, l’injustice et le manque de respect. À l’image de leur créatrice, chevalier (chevalière, oserais-je dire) des temps modernes. Maud Tabachnik est revigorante, percutante, déroutante, totalement présente à elle et aux autres, sur fond de chaleur et d’humour... noir, bien entendu.
Source : http://fugues.vortex.qc.ca/main.cfm?p=100&Article_ID=5657&l=fr
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