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Lez Zone est un espace dédié à la culture et aux arts sapphiques, au féminisme. Vous y trouverez également quelques actualités. Poèmes illustrés, peinture, photographie, artistes invitées.

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Dossier concernant la censure dans le livre : Simone de Beauvoir : Le Deuxième sexe - 1

Marie-Victoire Louis

 

 

 

Dossier concernant la censure dans le livre :

 

 

Simone de Beauvoir : Le Deuxième sexe

 

 

Le livre fondateur du féminisme moderne

 

 

 

 

 

Ouvrage dirigé par Ingrid Galster

Editions Honoré Champion

2004. 519 p.

 

 

 

 5 octobre 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie-Jo Bonnet a écrit, le 26 septembre 2005, sur la liste des Etudes féministes de l’université de Toulouse etudesfeministes-l@simone.univ-tlse2.fr ceci :

 

 

Bonjour 

 

 

Sur la liste d'études féministes, je viens de recevoir l'avis de parution du prochain numéro de NQF consacré aux "Logiques patriarcales du militantisme".

 

 

Je vois que le numéro publie un compte rendu des actes du colloque organisé par Ingrid Galster sur "Le Deuxième Sexe, Le livre fondateur du féminisme moderne en situation".

 

 

Permettez moi de vous informer à mon tour que plusieurs communications ont été censurées, dont la mienne consacrée à  "La lesbienne dans le Deuxième Sexe : Un universalisme sans universalité".

De plus, Ingrid Galster s'est permis de demander à une historienne de langue allemande d'attaquer mon travail. Ce qu'elle a fait... sans que j'aie la possibilité de répondre puisque je suis censurée.

 

 

Je souhaiterais pouvoir informer les lectrices de NQF, ainsi que la liste d'études féministes, sur ces pratiques... universitaires quelque peu "patriarcales". À moins qu'elles soient "normales"...

 

 

Ingrid Galster pourra dire que je suis "sortie du cadre" qu'elle nous avait imposé. Que mon approche n'est pas assez "scientifique", ou que sais-je encore. Mais elle ne dira pas qu'elle m'a censuré parce que j'ai osé écrire que "Simone de Beauvoir a menti sur ses relations charnelles avec les femmes", et qu'il ne faut pas le dire, même si tout le monde le sait. 

Plusieurs participantes pourront témoigner de ces faits (et d'autres).  Marie-Victoire Louis, qui a également été censurée pour s'être opposée à la censure visant mon texte, et Françoise Colin, qui m'a dit se désolidariser de cette pratique. 

 

 

Les autres n'ont rien dit.

 

 

Nous voici donc devant un fait accompli peu correct....

 

 

Mais peut-être ne faut-il pas en parler publiquement ?

 

 

Cordialement

 

 

Marie-Jo BONNET

 

 

Paris

P.S. Pour les personnes qui ne me connaissent pas, je rappelle que j'ai passé ma thèse sur "Les relations amoureuses entre les femmes du XVI au XXe siècle" en 1979 (Paris VII, sous la direction de Michèle Perrot), qu'elle a été publiée en 1981, puis chez Odile Jacob en 1995, rééditée en poche, et que j'ai publié depuis d'autres ouvrages sur le sujet.

 

 

 

 

Ce message de Marie-Jo Bonnet a été suivi d’un second en date du 28 septembre.

 

 

Le voici :

 

 

 

 

- Merci aux personnes qui m'ont écrit. 

 

 

Je dois une précision au sujet des actes du colloque d'Ingrid Galster sur "Le Deuxième sexe" de Simone de Beauvoir.

 

 

La personne qui a été sollicitée par I. Galster pour me remplacer et pour attaquer mon travail n'est pas une historienne de langue allemande, mais une américaine, Hazel E. Barnes, précisément, qui s'évertue à démontrer mon "désir de détruire Beauvoir à tout prix".

 

 

Or, je n'aurais jamais été publiée dans les Temps Modernes si j'étais animée d'un tel désir. Et de plus, plusieurs féministes françaises pourront témoigner de ma présence dans un groupe de travail avec de Beauvoir en 1975 pour préparer les émissions de télévision sur Sartre (qui n'ont pas eu lieu à cause de quoi ???? de la CENSURE).

 

 

Tout ça pour dire que ces attaques sembleraient téléguidées, d'autant plus que H. E. Barnes ne m'a jamais rencontrée.

 

 

Marie-Jo BONNET

 

 

Paris

 

 

 

 

Marie-Jo Bonnet dans son premier message me cite.

Ne voulant pas que mon silence puisse être interprété comme une distanciation par rapport à sa légitime dénonciation, j’ai considéré que je devais porter à la connaissance publique le dossier de cette censure - annoncée - et notamment les lettres - restées sans réponse - que j’ai écrites, que nous avons écrites, à ce propos.

 

 

 

Les voici donc.

 

 

 

Oui, Marie-Jo Bonnet a été censurée. Oui je l’ai été aussi, car je m’étais opposée aux critiques dont elle avait été l’objet, et plus précisément parce que j’avais  conditionné la publication de mon texte [de critique du chapitre du Deuxième sexe intitulé : Prostituées et Hétaïres] au sien [consacré au chapitre intitulé : La lesbienne].

 

 

 

 

 

Mais auparavant quelques clarifications concernant les conditions de publication de ce livre. 

 

 

1) Le colloque. Beauvoir : Pour une édition critique du Deuxième Sexe

 

 

 

 

 

L’ « ouvrage dirigé par Ingrid Galster » publié en 2004 aux Editions Honoré Champion [1] est issu du colloque organisé par elle en Allemagne. Ce « colloque international et pluridisciplinaire » , « sous le patronage de l'Ambassadeur de France en Allemagne » a eu lieu du 10 au13 novembre 1999  à l’Université catholique d’Eichstät (Bavière).

 

 

 

 

Intitulé : « Beauvoir. Pour une édition critique du deuxième Sexe », il a réuni «  des philosophes, historiennes, anthropologues, sociologues, psychanalystes et critiques littéraires pour repositionner le texte fondateur du féminisme égalitaire dans son cadre temporel et, en même temps, pour en faire une relecture critique. Chaque exposé porte sur une unité de texte précise. Les titres reprennent ceux que Simone de Beauvoir a donnés aux chapitres de son livre ». (Texte de présentation du colloque)

 

 

 

Le projet de ce colloque - intéressant et novateur d’Ingrid Galster - était donc de confier chaque chapitre du Deuxième sexe à un-e spécialiste du sujet traité, afin qu’elle/il le resitue dans son contexte historique et qu’à la lumière de nos connaissances actuelles, elle/il situe l’apport et les limites de chaque thème traité dans ce livre.

 

 

Lors de ce colloque - qui s’est très bien passé et qui s’est avéré passionnant - je tiens à préciser que mon intervention, mais surtout celle de Marie-Jo Bonnet avaient été critiquées.

 

 

 

 

Ma présentation avait notamment été jugée par l’une des participantes « affreusement agressive ». J’avais précisé que j’étais abolitionniste, et que du fait de la colère qui m’avait saisie à la lecture de ce texte - que j’avais eu quatre jours pour préparer [2]- j’en assumais, à l’oral, la dimension partiale.

 

 

 

 

Ceci étant dit, nos deux textes avaient été jugés comme relevant « d’une lecture très dure ». Sur la base de mes notes, j’ai pu relever les critiques suivantes : « ne pas exagérer » ; «  ne pas exiger d’une époque plus qu’elle ne peux donner »….

 

 

 

 

J’avais pour ma part pris alors la parole sur trois points. Pour dire que :

 

 

* Ces critiques m’avaient mis « mal à l’aise », car elles pouvaient signifier qu’ « il y avait des limites, des normes à ne pas dépasser, à ne pas transgresser ».

 

 

 

 

* [À la suite d’une critique dans le même sens de Nicole Claude Mathieu] « La question essentielle était que Simone de Beauvoir n’historicisait pas le sujet masculin,

qu’elle ne remettait pas en cause l’homme comme sujet dominant - J’aurais dû ajouter : pas plus que l’hétérosexualité comme norme dominante .

 

 

J’avais enfin suggéré qu’un prochain colloque ait lieu sur le thème : « Simone de Beauvoir est-elle féministe ? » .

 

 

 

 

 

* « Je trouvais tout à fait pertinente la question - posée par Marie-Jo Bonnet - de la vie sexuelle de Simone de Beauvoir et des relations entre ladite vie et son œuvre ».

Et j’avais ajouté : « Quand Marie-Jo Bonnet dit : ‘si Simone de Beauvoir avait dit qu’elle était aussi homosexuelle, la situation aurait [pour elle] changé, elle a bien entendu raison ».

 

 

 

 

 

2) Les conditions de publication du livre

 

 

 

 

 

Je tiens à préciser - dans la mesure où deux lettres que j’ai écrites concernant cette censure l’ont été non pas à Ingrid Galster mais à Hélène Rouch - que c’était dans la collection [notamment] dirigée par Hélène Rouch aux Editions L’Harmattan, Bibliothèque du féminisme, que ce livre devait être publié.

Pour des raisons que j’ignore il l’a finalement été aux Editions Honoré Champion.

 

 

 

Je tiens aussi à dire que, sur la base de ce que j’ai pu voir, entendre, débattre avec Hélène Rouch concernant la publication - éventuelle - de mon texte comme celui de Marie-Jo Bonnet, c’est elle qui a assumé l’essentiel du travail de publication de ce livre.

Il importe donc de lire ce qu’Ingrid Galster a écrit la concernant, dans la page intitulée : Remerciements et Hommages : « Hélène Rouch a investi beaucoup de temps et d’énergie dans la rédaction des manuscrits et la communication avec les auteurs. Sans elle, ces actes auraient eu du mal à voir le jour, mais elle n’a pas tenu à être co-éditrice ». Dans ce contexte, ces phrases ont un certain poids.

 

 

 

Pour ma part, je tiens à dire que ses critiques de mon texte ont aidé à l’améliorer et que je l’en remercie. Et que ses tentatives de faire en sorte que nos textes soient publiés ne sont pas contestables.

 

 

 

3) La publication du livre et le traitement des deux chapitres censurés

 

 

 

 

 

Dès lors que la décision a été prise par Ingrid Galster de ne pas publier nos deux textes, la critique des deux chapitres qui nous avaient été confiées l’a été à d’autres.

 

 

 

Nous n’en avons pas été informées, d’où notre lettre aux Editions Honoré Champion [citée en annexe]. Nous n’avons pas su si nos textes avaient ou non été communiqués aux auteures chargées de les rédiger à nouveau. Nous n’avons pas su non plus si - ce que j’avais demandé - si les autres auteures participant à ce livre étaient au courant des conditions dans lesquelles elles seraient publiées.

 

 

Nous avons donc découvert, après la publication du livre, que le chapitre : La lesbienne a été rédigé par Hazel E. Barnes, « traductrice de l’Etre et du Néant » et qu’il comporte des attaques inacceptables et injustifiées d’un texte non cité (et pour cause…) de Marie-Jo Bonnet,

 

 

Il est accompagné de la note suivante : « Je suis profondément reconnaissante à Ingrid Galster qui m’a aidée de bien des façons et qui m’a procurée plusieurs articles auxquels je n’aurais pas autrement eu accès ».

 

 

 

 

 

Nous avons aussi découvert que le chapitre : Prostituées et hétaïres a été rédigé par Cécile Coderre et Colette Parent, et est accompagné de la note suivante : « Ce texte est une version abrégée et remaniée de Coderre et Parent 2001. Nous remercions les Editions du Remue-ménage de nous avoir accordé la permission de reproduire en partie ce texte ».

Je me permets, le concernant, sous réserve d’autres critiques, d’attirer l’attention sur le fait que le terme de « travailleuse sexuelle » - jamais, bien entendu employé par Simone de Beauvoir - est employé à quatre reprises page 390 de leur texte. 

 

 

 

Je tiens enfin à dire, me concernant, qu’à deux reprises - pour que je vienne au colloque, puis pour atténuer les critiques de mon texte - Ingrid Galster m’a menacée de donner l’écriture de ce chapitre à des personnes défendant la légitimité du système prostitutionnel. J’aurais dû traiter ce chantage comme il le méritait : je n’ai pas souvenir de l’avoir fait. 

 

 

 

4) En guise de conclusion…

 

 

 

 

 

Je tiens à préciser que je ne souhaitais pas - ceci n’étant en rien une position de principe, sans aucune fierté donc - publier ces lettres maintenant.

Je comptais - lorsque l’envie m’en serait revenue - publier le travail que j’avais fait, qui, lui ne l’avait pas été. Et je comptais l’accompagner d’un préambule et/ou d’une note précisant que c’était parce que j’avais refusé la censure du texte de Marie-Jo Bonnet que le mien avait aussi été censuré.

 

 

 

Le texte écrit le 26 septembre 2005 par Marie-Jo Bonnet a modifié mes projets. C’est bien ainsi. C’est mieux ainsi.

Toute censure non dénoncée légitime le droit que certain-es s’arrogent si aisément - au point que c’est devenu quasiment la norme dans nombre d’Universités, de laboratoires de recherches, de maisons d’éditions, comme dans la presse -  à s’approprier comme étant leur, les textes qui leur ont été proposés pour publication. Et de décider, à leur seule guise, de ces publications, à les couper, les réécrire, les adapter, les modifier, les refuser, se les approprier.

 

 

 

La publication de nos deux textes sur Sisyphe (Novembre 2005) permet aux lectrices/lecteurs de connaître ces textes.

 

 

 

Mais cette double censure ne permet pas de considérer que ce livre, malgré la grande qualité de nombre des textes publiés, puisse être considéré comme un livre de référence.

 

 

 

Le livre intitulé : Simone de Beauvoir : Le deuxième sexe . le livre fondateur du féminisme moderne en situation  - n’est pas un livre respectable.

 

 

 

 

 

 

Marie-Victoire Louis.  5 octobre 2005.

 

 



[1] Remerciements et Hommages. « Le colloque dont ce livre est issu a été financé par la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG), l’Ambassade de France à Berlin, le Ministère bavarois de l’Enseignement, du Culte, des Sciences et des Arts, le Centre de Coopération Universitaire franco-bavarois ( CCUFB) et l’Université catholique d’Eichstätt. l’Ambassade de France et le Ministère ont également apporté leur concours financier pour rendre la publication possible ». Ingrid Galster. Padeborn. Novembre 2002.  p.7.

[2] J’ai en effet été tardivement invitée, ce qui explique que mon nom n’apparaît pas sur l’affiche du colloque et qu’il ne le soit que dans la présentation et le programme du colloque. J’ai par ailleurs tardivement donné mon accord pour y participer.

 

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