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Santé mentale et LGBT : pour une ouverture des CDAG à la santé gaie
Cette contribution s’inscrit dans le prolongement de la réflexion de Warning, suite à la Conférence VIH et santé gaie, sur une nécessaire évolution des Consultations de Dépistage Anonyme et Gratuit (CDAG) pour la santé des gays mais aussi des lesbiennes, des personnes bisexuelles ou transgenres. Elle fait suite également à l’intervention de Karen Dieben, psychologue, “Care, support and psychological orientation of gay men and MSM”, lors de la pré conférence de l’ILGA fin mars 2006 à Genève.
Warning considère la santé mentale comme un facteur primordial de la santé gaie.
L’homosexualité n’est pas une maladie, pourtant les gays et les lesbiennes sont particulièrement vulnérables aux problèmes de santé mentale.
Comme l’a rappelé Michael Häusermann (Dialogai, Genève) dans une interview réalisée par Warning à l’occasion de la conférence internationale VIH et santé gaie à L’Hôtel de ville de Paris fin novembre 2005 : « Il faut distinguer la manière lamentable avec laquelle les autorités psychiatriques et médicales occidentales ont traité les homosexuels pendant des décennies, du fait que beaucoup de gais souffrent aujourd’hui de symptômes comme la dépression et l’anxiété. »
Aujourd’hui diverses études confirment la sursuicidalité des jeunes LGBT par rapport à la population générale (lire). Les jeunes LGBT souffrent rarement de pathologies lourdes mais par contre le stress et le mal-être social sont particulièrement importants. Les gays, et pas seulement les plus jeunes, sont confrontés à un stress émotionnel constant : stress lié à l’homophobie sociale et culturelle, ainsi qu’à l’homophobie intériorisée, mais aussi stress dû aux discriminations au sein de la communauté homosexuelle. Il en résulte très souvent une mauvaise image de soi, une mésestime de soi.
C’est pourquoi nous avions tenu à organiser lors de notre conférence une Table ronde sur la santé mentale, Santé psychique et émotionnelle, en invitant, pour en débattre : Jean-Marie Firdion (chercheur), Serge Héfez (psychiatre) et Marc Shelly (médecin hospitalier), mais aussi Jen Wang (chercheur suisse qui travaille sur la santé mentale dans le cadre du projet de Santé gaie développé par Dialogai à Genève) et Bill Ryan (universitaire et militant canadien, président de Séro Zéro) qui est intervenu sur l’impact de l’homophobie sur la santé ainsi que sur l’homophobie encore trop présente dans les systèmes de soin, ce qui nuit à la santé globale des gays et des lesbiennes.
Cette homophobie présente dans les systèmes de soin, par manque d’information et de formation des personnels de santé, fait que trop souvent encore les gays et les lesbiennes n’osent pas révéler leur orientation sexuelle à l’occasion d’une consultation médicale généraliste ou spécialisée, retardent ou annulent les rendez-vous importants pour leur santé (gynécologue, proctologue, etc). Face à ce constat, des programmes ou des actions sont organisés, par exemple au Canada ou en Suisse, pour des médecins et personnels de santé. A l’initiative de Santé Canada une grande enquête a été réalisée en direction des médecins de famille et destinée à leur faire prendre conscience des enjeux de santé spécifiques aux gays et lesbiennes. A Genève, Dialogai a lancé une campagne en vue d’établir une liste de médecins et thérapeutes gay-friendly.
Warning propose alors que les consultations de dépistage anonyme et gratuite (CDAG), qui accueillent en majorité une population jeune, s’ouvrent à la santé gay : Certaines CDAG proposent, en direction des personnes séropositives, une consultation de sexologie. Dans une même démarche de santé et de mieux-être on peut envisager pour les populations LGBT des consultations de santé sexuelle en CDAG, en y incluant le dépistage de toutes les IST (et pas uniquement celui de la syphilis comme c’est le cas aujourd’hui), mais aussi le dépistage des affections anales et de certains cancers (cancers colo-rectaux, cancer de la prostate, cancer des testicules, cancer du sein, cancer de l’utérus et du col de l’utérus).
Il nous paraît important d’y associer également des consultations de santé mentale. Si l’on parle de la santé mentale strictement dans le cadre de la prévention VIH, il est prouvé que quand on a fait une ou plusieurs T.S., l’estime de soi est dégradée. Et lorsque l’estime de soi est dégradée on prend des risques, en particulier des risques sexuels.
Il est primordial que ces consultations de santé mentale aillent plus loin qu’aborder uniquement la prévention du VIH et des IST : outre les prises de risques sexuels, c’est aussi et/ou à la fois le stress mental, l’estime de soi amoindrie, l’isolement social résultant par exemple du fait de cacher son identité sexuelle à sa famille, à son travail, qui mènent très souvent à des risques plus élevés de problèmes mentaux, de T.S. ou de suicide, de toxicomanie, de problèmes liés à l’ alcool.
Cette ouverture des CDAG à la santé gay permettrait, puisque les CDAG sont pour l’instant encore présentes dans chaque région, de répondre efficacement aux demandes des populations LGBT et de pouvoir les accueillir près de chez elles. Cette adaptation des CDAG aux populations LGBT entre tout à fait dans les objectifs des CDAG (lire) : permettre une prise en charge précoce après une exposition aux risques, rendre le dispositif visible pour tous, favoriser l’accès au dépistage des personnes précarisées et des personnes vulnérables aux risques, renforcer la prévention, renforcer le lien entre dépistage et prise en charge.
L’élargissement des missions des CDAG par la création de consultations de santé sexuelle et de santé mentale en direction des populations LGBT permettrait de plus de renforcer l’efficacité des CDAG.