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La communauté gay et lesbienne croate a subi des agressions verbales au Parlement, lors de la discussion d’une proposition de loi sur l’union de fait et sur l’extension des droits des couples homosexuels. Les remarques homophobes sont venues des députés du HDZ, le parti du Premier ministre Sanader. Les associations gays de Croatie vont saisir Bruxelles.
Par Drago Hedl
Deux organisations non gouvernementales de Croatie, qui promeuvent les droits des homosexuels - Iskorak et Kontra - ont décidé de dénoncer au Parlement de l’Union Européenne certains représentants parlementaires croates, qui ont proféré des déclarations très agressives pendant la discussion sur la proposition de loi sur la légalisation des unions de fait entre des personnes du même sexe. La proposition de loi a été amenée au Parlement par deux députés, Sime Lucin du Parti social-démocrate (SDP) et le docteur Ivo Banac, député indépendant. Mais, la discussion qui a eu lieu au Parlement a été, selon les membres de la communauté gay et lesbienne, extrêmement insultante, homophobe et raciste.
Kristian Grdjan de l’équipe de légistes d’Iskorak, affirme que l’association informera Bruxelles de la manière dont on discute au Parlement croate. « Nous enverrons les transcriptions en témoignage de la manière dont on parle en Croatie de la communauté homosexuelle et de la légalisation de l’union de fait. Le HDZ, dont les représentants ont été les premiers à proférer des propos homophobes, se présente comme un parti sérieux, proeuropéen, mais dans les discussions parlementaires sur ce thème, ils ont montré un autre visage », a-t-il dit.
Les deux députés, qui ont fait la proposition de loi, ont demandé l’extension des droits à l’union de fait et du même sexe, en demandant que cette loi soit, sur certains points, garantisse les mêmes droits que ceux dont jouissent les partenaires mariés, comme les droits sur le héritage, sur l’assurance santé et la retraite, sur les rapports de propriété légale et la sécurité maladie.
Dans la discussion publique qui s’est tenue pendant la proposition de loi sur la légalisation de l’union de fait, les homosexuels croates ont accepté une solution de compromis, renonçant aux trois questions les plus délicates : ils acceptent que leurs droits restent exclus de la Loi sur la famille, ne revendiquent pas la définition de « mariage » pour leur union, et n’ont pas demandé le droit à l’adoption des enfants. Malgré cela, ils ont été confrontés non seulement à un mur d’incompréhensions, mais aussi à une avalanche d’insultes.
« La communauté des frères chauds (terme argotique pour les homosexuels), ne garantit pas une maison chaleureuse pour les enfants », a affirmé avec un mauvais jeu de mots un représentant du HDZ, Vladimir Stengl, bien que la Loi sur les communautés du même sexe, ne mentionne nulle part une éventualité d’adoption d’enfants.
« Vous violentez la mentalité croate, vous relativisez les lois du mariage et de la famille. Dieu a créé Adam et Eve comme un couple hétérogène », a dit la députée HDZ Petra Mlinaric, et la députée du même parti Lucija Cikes a constaté que « l’univers tout entier est hétérosexuel », et que désormais, avec cette proposition de loi, on veut « faire de l’homme un homosexuel ».
Le président de l’association gay Iskorak, Dorino Manzin, a assuré au journal Feral Tribune de Split que la discussion qui a eu lieu sur la proposition de loi sur la légalisation de l’union de fait « était plus digne d’une usine que du Parlement ». Et d’ajouter que « les politiques devraient créer une atmosphère de tolérance dans la société, et ce n’est pas ce qu’ils font, bien au contraire ils exposent des préjudices banals et prononcent des termes comme « les frères chauds ». Nous avons décidé de rapporter ces faits au Parlement européen, parce que nous ne voulons pas vivre dans une société hypocrite qui applique un genre de droits à la maison et une autre type dehors ».
La respectable commentatrice de l’hebdomadaire de Zagreb Globus, Jelena Lovric affirme que le HDZ devrait s’excuser en public, à propos de la discussion sur la communauté homosexuelle, car « l’obligation d’un parti gouvernemental est de promouvoir la tolérance et de protéger tous les groupes de la minorité ». Mais elle attire aussi l’attention sur un autre aspect. Des discussions de ce genre peuvent être perçues comme provocantes : « le HDZ s’est montré une fois de plus obtus et phobique de manière insupportable. Une minorité entière, cette fois sexuelle, les autres fois ethniques ou politiques, a été exposée aux offenses, à l’insulte et à l’animosité. Qui répondra demain lorsque, suite à ces hurlements et colères, une personne innocenté se trouvera victime ? Les députés qui incitent en public à la haine contre les homosexuels ? »
Leurs penchants sexuels ont souvent valu aux membres de la population gay croate, des attaques non seulement verbales mais aussi physiques. Le dernier de la série de ces attaques a eu lieu eu début du mois de mars, quand un groupe de personnes violentes est entrée au club Santos de Zagreb où se tenait une fête gay privée, la Rainbow party. Une dizaine de personnes, membres du groupe Iskorak, ont demandé de l’aide médicale après que, sans aucun motif, ils eurent été attaqués par ce groupe de hooligans, intrus dans une fête donnée à guichets fermés.
« Nous n’avons provoqué personne, et la violence dont nous avons été victimes, n’était due qu’à notre homosexualité », a affirmé Dorino Manzin, président du groupe Iskorak. Le membre de l’équipe de légistes de cette organisation gay, Kristina Grdjan, a annoncé que leur association fera une étude sur les attaques subies par les groupes homosexuels, avec une référence particulière aux réactions absentes du gouvernement. « C’est désormais une loi tacite qui approuve toutes ces attaques », affirme ce légiste.
C’est depuis peu que les homosexuels croates luttent avec détermination pour leurs droits, ouvertement et en public, en se déclarant membres de la communauté du même sexe. Mais, dans une société profondément conservatrice comme la société croate, ils sont peu compris. Même pendant la discussion les concernant au Parlement, les représentants du Parti Croate des Paysans les ont définis comme des malades et se sont proposés de les soigner. Ce n’est qu’en 1997, que la « luxure contre nature », comme étaient appelés les rapports entre hommes, a cessé d’être considéré comme un délit puni par la loi, dans la Croatie qui faisait alors encore partie de la Yougoslavie.
Dans les années 1990 la communauté gay croate commence à apparaître plus ouvertement en public, et la première Gay pride à Zagreb, la manifestation publique en faveur des droits des homosexuels a eu lieu en 2002. À l’époque, cette manifestation fut soutenue par le ministre des Affaires Etrangères, Sime Lucin, le même qui propose aujourd’hui la loi sur la légalisation de l’union de fait, refusée par le Parlement croate. Même si Lucin avait fait une apparition lors de cette gay pride, en tant que ministre, et en adressant un appel à la foule « Aimez-vous et combattez pour vos droits », la parade avait dû être protégée par les forces de police. Ce fut encore le cas lors de la manifestation suivante, ce qui confirme à quel point la société croate est peu tolérante envers ceux qui ont une orientation sexuelle différente.
Source : http://balkans.courriers.info/article6559.html#forum93639