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Lez Zone est un espace dédié à la culture et aux arts sapphiques, au féminisme. Vous y trouverez également quelques actualités. Poèmes illustrés, peinture, photographie, artistes invitées.

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Homophobie dans les cités

"Je ne parle pas de ma vie privée"

Paru le Lundi 27 Mars 2006
 

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ActuelHOMOPHOBIE - Dans les cités aussi, loin des quartiers branchés et de la métro-culture, il y a des personnes homosexuelles. Rencontre avec Audrey et Leila, un couple vivant à Aubervilliers, une banlieue au nord de Paris.

«Quand je suis arrivée ici, j'ai dit que je vivais avec une femme... Le truc qu'il ne fallait pas faire! On m'a séquestrée et presque violée. On m'a suivi le soir pour me faire peur. A cause de ça et d'autres trucs, il a fallu que je parte... Sinon j'allais me suicider», dit Leila, 28 ans.
C'était il y a trois ans, quand Leila est venue s'installer à Aubervilliers, une banlieue au nord de Paris, dans le «fameux» département 93. «D'où vient NTM»[1], rigole sa copine Audrey. Audrey et Leila se sont connues en prison, à Fresnes. Depuis leur sortie, il y a plus de trois ans, elles forment un couple. Et depuis deux ans, Audrey a repris ce petit appartement situé au milieu d'une tour de vingt étages plantée à l'entrée d'une cité HLM.
Leila a quitté la cité. Elle squatte à droite à gauche. Et depuis quelques mois, elle vit dans un hôpital pour femmes enceintes en situation précaire. Après la naissance de sa fille –son «projet personnel», comme elle dit– elle quittera Paris et la ville pour la campagne bretonne.


Question de discrétion

Audrey, elle, ne se voit pas partir. «Si je pouvais vivre dans un endroit moins fataliste, je ne dis pas... Mais en attendant, ici, c'est tranquille et ça correspond à mes revenus.» Audrey ne rencontre pas de problèmes avec le voisinage. Et ce, même si tout le quartier est au courant. «On se salue, bonjour, bonsoir. Mais j'ai appris qu'il faut y aller doucement avec les gens. Je ne parle pas de ma vie privée. Si Leila a des ennuis, c'est parce qu'elle a mis sa vie privée en avant.»
Une question de discrétion. Et de style. Son passé de dealeuse, sa passion pour le sport, son look –«ils disent que je suis masculine»– fait qu'Audrey parle de pote à pote avec les gars du quartier. Confiante et convaincue que les filles doivent aussi agir pour se réapproprier la rue, elle n'a pas peur de rentrer tard le soir, seule. «Si tu te promènes, normal, sans avoir peur, tu n'as pas de problèmes», ajoute-t-elle.
N'empêche que dans la cité, mieux vaut ne pas s'afficher. «Il n'y a pas d'association homo, ici. Ce n'est pas possible. Personne n'oserait y entrer. On se ferait agresser à la sortie. Et après une semaine, ce serait cassé», explique Leila.
Pour qu'une association survive, elle doit rester secrète. «Je vais dans un lieu féministe et lesbien non mixte à Montreuil», dit Audrey. Un lieu discret. «Les voisins ne savent pas ce que c'est. Il n'y a pas de site Internet. Et c'est caché.» Effectivement, même en connaissant l'adresse, difficile de penser que derrière cette porte aux allures de garage abandonné se cache un espace de rencontres.


Loin du Marais

«Sinon, on se retrouve dans des assocs' prétextes», souligne Leila. Par exemple, des associations pour personnes séropositives ou connaissant des problèmes de dépendance. «Mon groupe d'art thérapie s'adresse à la base aux personnes séropositives. Mais –comme par hasard!– y a des gens qui sont là et qui n'ont pas le sida. Ils sont là parce qu'ils sont homos et lesbiennes», explique Leila. Pour être vraiment tranquille, elle construit son réseau à travers les «chats». «Internet, c'est la grande chance des gays et lesbiennes de banlieue. On sait qu'on n'est pas seuls. On reste en contact.»
Cette vie cachée, elles ne la troqueraient pas pour la vie du centre de Paris: entre leurs revenus minimaux et leur passé derrière les barreaux, l'ambiance jet set du Marais[2] ne leur correspond pas. «Le Marais, on peut y aller, mais y a que des lesbiennes «établies». Une fois, Leila et moi, on a voulu entrer aux Scandaleuses, un bar lesbien. Mais on a tout de suite repéré une fliquette et une matonne... Et puis, à Paris, les verres sont trop chers et la musique trop forte», conclut Audrey, qui n'est de toute façon pas sûre que ce soit plus facile là-bas: «Peut-être que tu peux plus facilement en parler qu'ici. Mais à Paris non plus, elles ne se montrent pas.» I

Note : [1]NTM (Nique ta mère), groupe culte de rap parisien.
[2]Le quartier gay branché de Paris.

 
article
«SOS Homophobie» enquête


   FRANCE SANTI   
 
 
La question de la vie des homos et des lesbiennes en banlieue préoccupe depuis longtemps «SOS Homophobie». Cette ligne d'écoute basée à Paris récolte les témoignages des personnes victimes d'homophobie ou de lesbophobie. Tout au long de l'année 2005, elle a mené une enquête dans les banlieues. «Nous avions très peu de témoignages provenant des cités. Mais on supposait bien que ce n'était pas drôle pour les personnes vivant là-bas. D'ailleurs, les rares appels qui nous parvenaient étaient particulièrement graves», explique Nadine Cadiou, du groupe de travail sur la lesbophobie.
Puisque les gays et lesbiennes des cités ne venaient pas à SOS Homophobie, l'association est allée à eux. «Nous avons distribué des questionnaires. Mais au lieu d'utiliser les lieux festifs habituels, nous avons eu recours à un réseau plus militant... car, à ma connaissance, il n'existe pas d'associations gaies en banlieue, sauf une.[1]»
Un manque qui ne fait qu'augmenter la distance qui sépare Paris et son réseau social de ses banlieues. «La vie en banlieue est compliquée, pour un jeune gay ou une jeune lesbienne. Paris, c'est loin. Surtout sans voiture. Pour rentrer le soir, il faut prendre des transports publics qui sont généralement peu sûrs.» Même téléphoner peut se révéler être un vrai casse-tête. «La plupart des jeunes vivent encore chez leurs parents. Impossible pour eux d'appeler depuis la maison. D'ailleurs la plupart des appels proviennent de portables.» Les témoignages récoltés sont actuellement dépouillés. Les résultats devraient être publiés début 2007. Ces données permettront de légitimer des actions de prévention, comme par exemple des interventions en classe pour débattre de l'homosexualité. Actions aujourd'hui déjà menées par SOS Homophobie. FS

Note : Les états généraux de la lutte contre l'homophobie en France se tiendront le 17 mai prochain.
[1]Angel 91, qui se trouve dans le département 91, comme son nom l'indique.
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A
Je pense qu'en banlieue, comme en province ou à Paris, vivre caché-e n'est pas la solution. Plus on vit caché-e, plus on diffuse un message homophobe, reconnaissant son homosexualité comme quelque chose à cacher, quelque chose qui n'a pas sa place. Il faudrait s'organiser en banlieue, en ville ou en province pour contre-attaquer, par exemple en s'unissant, à faire preuve de solidarité, en se constituant en asso afin de faire une campagne de sensibilisation de quartiers à l'homophobie.<br /> Des personnes qui se cachent perpétuent un schéma de terreur qui obligent d'autres à vivre aussi caché-es et laissent croire aux homophobes que par leur homophobie, elles/ils  réussissent à faire un quartier totalement hétéro.<br /> Il est temps que les changent, il est temps de s'organiser et de lutter contre cette forme de fascisme partout où elle se trouve. Dans les manifs, j'ai entendu un slogan très exact : "le fascisme c'est la gangrène, on l'ampute ou on en crève !"<br /> En se cachant, on laisse les banlieues, les provinces ou les villes aux mains des homophobes et on rend tout le monde malheureux au final.<br /> Le progrès est libérateur pour tout le monde, combattre le fascisme, c'est faire avancer le progrès. Mais bien entendu, il ne s'agît pas d'agir seul-e, mais d'abord de se constituer en asso ou autres orgas, de sensibiliser le quartier aux différentes formes de fascismes, y compris donc au sexisme et à l'homophobie, et de faire grossir les rangs de l'orga. Et d'être solidaires. Toutes/tous solidaires contre le fascisme. Toutes/tous solidaires dans l'orga et en dehors contre toutes les formes de fascisme.
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