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Chrétien et homosexuel : le grand écart au quotidien
Le 15/03/2006 à 7 h 00 - par Johanna Fayolle
Traités de « pêcheurs » par le Vatican, ils n’en sont pas moins très pratiquants. Une étude du CNRS les fait sortir de l’ombre.
En matière de sexualité, les autorités chrétiennes n’ont jamais brillé par leur ouverture d’esprit. En son temps, Jean-Paul II prônait l’abstinence plutôt que le préservatif dans la lutte contre le SIDA. Son successeur, Benoît XVI, n’a pas changé la donne. Au contraire, ses récentes déclarations sur l’homosexualité ont rappelé que l’Eglise ne reconnaît pas tous ses fidèles. A ses yeux, un homo, fût-il chrétien pratiquant, n’en reste pas moins un vulgaire « pêcheur ». Mais les chrétiens homosexuels n’en ont cure : leur foi est plus forte que l’église !
Une sociologue du CNRS-Ehess, Martine Gross, a enquêté sur ce groupe discret dont on ne parle jamais. Il en ressort que, loin d’être distants avec l’Eglise, ces chrétiens sont au contraire très impliqués. Ils seraient ainsi 70 % à participer à la vie de leur paroisse, notamment en assistant à la messe, pour 26 % d’entre eux. D’autres assurent même des responsabilités au sein d’un mouvement associatif chrétien, d’un groupe de partage ou d’une chorale…
Il faut croire que les chrétiens homosexuels catholiques ou protestants sont des fidèles plutôt motivés !
Comment expliquer une telle implication dans une Eglise qui officiellement les rejette ?
L’explication livrée par l’enquête est un peu simpliste. Ils seraient un tiers à considérer que sur le thème de l’homosexualité, leur paroisse est « bienveillante ». Et les paroissiens réagiraient de manière « positive » en découvrant que l’un d’entre eux est gay ! Il n’est donc pas étonnant d’observer que la majorité de ces chrétiens a dévoilé « complètement » ou « partiellement » son homosexualité. Résultat : seuls 20 % des « cathos-homos » ont cessé de pratiquer en raison « des discours de l’Eglise ou de ses représentants ». Le clergé local aimerait donc « tous » ses fidèles ! Il semblerait ainsi bien plus ouvert que sa hiérarchie.
Il serait trop facile d’accepter cette vision pour le moins angélique. Car ces chiffres sont tout de même à prendre avec des pincettes. Vu les conditions d’échantillonnage et la technique de prospection, il faudrait revoir tout cela à la baisse. Seul 395 des 2000 « cathos-homos » interrogés ont répondu à l’enquête. Mais surtout, la longueur du questionnaire (250 questions) ne pouvait attirer que les plus impliqués ! 70 % des réponses proviennent des deux associations chrétiennes homosexuelles « David et Jonathan » et « Devenir un Christ ».
Toujours est-il que cette enquête a le mérite de révéler une certaine ouverture doctrinale de l’Eglise française. Ces dernières années, des voix, certes isolées, se sont élevées pour pester contre une hiérarchie catholique particulièrement conservatrice. L’abbé Pierre, le plus connu et le plus aimé des Français, l’a fait récemment. Dans Mon Dieu, pourquoi ?, son livre paru en 2005, il ose briser le tabou en manifestant son empathie à l’égard des couples homosexuels. Il admet leurs désirs de se marier, même s’il préfère l’alliance au mariage, et comprend leurs rêves d’adoption. Et oui, on peut avoir lu la Bible et affirmer que l’homosexualité n’est pas un péché ! Car certain affirment que l’homophobie chrétienne repose sur des fondements fragiles. La Bible n’aborde en effet jamais directement le thème. Elle en parle toujours au détour d’un texte, et pas toujours pour condamner. Comme ce psaume où David pleure son ami Jonathan : « Que de peine j’ai pour toi, Jonathan, mon frère !/ Je t’aimais tant !/ Ton amitié était pour moi une merveille plus belle que l’amour des femmes » (2 Samuel 1-26). Tout est une question de lecture…et d’envie d’en discuter !
Alors, compte tenu de l’ultra conservatisme du Vatican, à quand un débat franco-français au sein de notre Eglise ? Le Canada vient de le faire. L’Assemblée des Evêques Catholiques du Québec vient d’en accepter le principe suite à la publication d’une lettre dénonçant publiquement la position de l’Eglise sur l’homosexualité, signée par 19 prêtres québécois.
Espérons que cette enquête du CNRS puisse être le prélude d’un dialogue. Bien qu’elle soit quelque peu biaisée, elle a au moins le mérite de faire sortir de l’ombre ces fidèles pas comme les autres…
Source : http://www.marianne-en-ligne.fr/exclusif/virtual/socit/e-docs/00/00/5C/5E/document_web.phtml