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Aux Pays-Bas, des Iraniens se déclarant homosexuels ou chrétiens sont menacés d'expulsion
LE MONDE | 14.03.06 | 14h08 • Mis à jour le 14.03.06 | 16h43
BRUXELLES CORRESPONDANT
Une vive polémique agite les Pays-Bas à propos du sort que la ministre de l'intégration et de l'immigration, Rita Verdonk, entend réserver à des demandeurs d'asile iraniens. Certains se disent homosexuels, d'autres chrétiens. Suscitant des protestations, y compris au sein de la majorité gouvernementale, Mme Verdonk, membre du parti libéral VVD, a affirmé, le 28 février, dans une lettre aux députés de la Deuxième chambre, que ces personnes ne couraient aucun risque si elles étaient renvoyées vers Téhéran.
Une majorité de députés a exigé la suspension de toute expulsion. La ministre, surnommée "la dame de fer" parce qu'elle applique une politique très rigoureuse en matière d'asile, a d'abord accepté le principe de ce débat concernant les homosexuels mais s'y est refusée au sujet des chrétiens, dont certains sont des musulmans convertis. Vendredi 10 février, Mme Verdonk, soumise à une forte pression, a toutefois dû accepter une suspension temporaire des procédures engagées contre tous les demandeurs d'asile iraniens déboutés.
Les partis de l'opposition, rejoints par deux des trois partis de la majorité - les chrétiens démocrates et les libéraux de gauche -, avaient demandé qu'"aucune décision irrémédiable" ne soit prise. Le chef du groupe libéral lui-même avait critiqué la position de la ministre.
Mme Verdonk avait indiqué, mardi 7 mars, que les chrétiens ne sont pas menacés en Iran, à condition qu'ils n'expriment pas publiquement leur foi. Au sujet des homosexuels, la ministre a nuancé sa position initiale. Elle était fondée, affirmait-elle, sur des informations diffusées par le ministère néerlandais des affaires étrangères, qui estime que des homosexuels ont été exécutés en Iran, mais pour d'autres raisons que leur préférence sexuelle.
Quelque 500 Iraniens ont demandé l'asile aux Pays-Bas l'an dernier et 166 ont été renvoyés vers leur pays. Mme Verdonk avait décidé, l'été dernier, de reporter sa décision concernant les homosexuels à la suite de la pendaison de deux jeunes hommes en Iran. Contrairement à des groupes gays, la diplomatie néerlandaise et Mme Verdonk soutiennent que ces exécutions ont été décidées parce que les deux condamnés s'étaient rendus coupables de vol, d'enlèvement et de viol d'un mineur, et non pas du fait de leur homosexualité.
L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch s'est insurgée, dans une lettre envoyée à la ministre, mercredi 8 mars, contre ces affirmations. Elle rappelle qu'un article du code iranien prévoit la flagellation des homosexuels et des lesbiennes, ainsi que leur exécution si leur "crime" se répète à trois reprises. L'ONG souligne que la Cour européenne des droits de l'homme interdit l'expulsion de personnes qui risquent de subir un traitement dégradant et inhumain, ou la torture. Elle explique, enfin, que des assurances diplomatiques obtenues de Téhéran ne peuvent justifier des retours forcés vers un Etat où la torture est "endémique".
Les députés néerlandais entendent engager une discussion sur les analyses du ministère des affaires étrangères au sujet du régime de Téhéran.
Jean-Pierre Stroobants
Article paru dans l'édition du 15.03.06
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-750492,0.html?provenance=rss