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La violence faite aux femmes - Le livre noir de la condition des femmes par Christine Okrent
GUY DUPLAT
Mis en ligne le 22/03/2006
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Un très gros «livre noir de la condition des femmes» vient d'être publié sous la direction de Christine Ockrent que nous avons rencontrée.
Il expose la situation de violence que subissent les femmes dans le monde.
En particulier sous l'Islam.
RENCONTRE Non, le combat des femmes n'est pas terminé. Dans nos pays où les inégalités salariales demeurent, mais surtout dans le monde où la violence exercée sur les femmes est omniprésente: viol, excision, analphabétisme, mariages forcés, «féminicide». Quand la misère arrive, ce sont toujours les femmes qui la subissent les premières. Nous avons rencontré Christine Ockrent qui a dirigé avec Sandrine Treiner et Françoise Gaspard ce livre aux contributions originales, passionnantes et -hélas- dramatiques. Pourquoi avez-vous initié un tel projet? Il a fallu deux ans de travail pour le mener à bien. L'éditeur de XO Editions publiait des témoignages sur les violences dont les femmes sont victimes et je lui ai fait remarquer que, curieusement, il n'existait pas de livre rassemblant toutes les données sur ce sujet. J'ai alors appelé Françoise Gaspard, experte auprès de l'Onu. Avec elle, j'ai sélectionné 42 parmi les meilleurs spécialistes ayant une bonne vision ou une bonne expérience de la condition des femmes, dont des auteurs venus d'autres continents comme cette Indienne musulmane formidable ou ce Chinois de Taïwan qui a signé un texte étonnant sur les bordels en Chine. La mondialisation avec Internet a permis de réunir une telle équipe. On parle des droits de l'Homme, mais ne faudrait-il pas parler de droits humains pour ne pas confondre avec le droit des «mâles» ? Effectivement, dans les autres langues on parle de droits humains, ce qui permet d'éviter la confusion. Mais en français, les droits humains sont très connotés 18e siècle et parlaient du combat contre l'esclavage. Notez qu'en parlant de la situation des femmes, on n'en est pas loin! Le sujet doit intéresser aussi les hommes. Les femmes forment la majeure partie de l'humanité. Il n'est pas de société dans le monde qui ait réussi à s'extraire de la misère sans passer par les femmes. Il n'y a pas une société qui ait trouvé un équilibre dans ses institutions et dans ses moeurs sans que les femmes aient pu y jouer un rôle clé. Dans la mondialisation, les femmes sont les grandes gagnantes. Amartya Sen et d'autres ont bien montré que c'est par les femmes qu'on peut accélérer le développement: le microcrédit passe par elles alors que les hommes dépensent souvent leur argent à boire, elles gèrent aussi l'usage des médicaments, l'habitude du préservatif, l'envoi des filles à l'école, etc. Même la Banque mondiale en a fait un dogme et se base sur les femmes pour construire ses politiques de développement. Mais on découvre dans le livre une horrible réalité. On a beau connaître déjà ces violences (excision, mariages forcés, etc.), les détails sont épouvantables: la lapidation en Iran des femmes adultères où même la taille des pierres est codifiée par des textes religieux pour que les femmes souffrent plus longtemps et ne meurent pas trop vite. Ou le déficit incroyable de femmes en Inde et en Chine où l'on estime que 90 millions de femmes manquent, tuées in utero ou au début de leur vie. Ou ces crimes d'honneur dans de nombreux pays où l'on tue par exemple des femmes «coupables» d'avoir été violées. Sur cette planète qu'on croit si bien connaître, subsistent des zones d'ombre, ce sont les femmes en souffrance. Quel que soit le problème évoqué -la misère, l'analphabétisme, le salaire, le chômage, la malnutrition, la violence- chaque fois ce sont d'abord les femmes qui subissent. En France, on vient seulement d'adopter une loi réprimant la violence conjugale! Le livre donne d'innombrables exemples de ces violences: comment les milices serbes s'entraînaient à égorger des femmes en égorgeant des cochons; en Asie, on dit parfois qu'avoir une fille c'est comme arroser le champ du voisin et qu'il vaut mieux la tuer pour garder sa chance d'avoir un fils. Dans ce livre, l'Islam est particulièrement montré du doigt. Il y a certes des gens qui pratiquent un islam plus modéré, mais il faut oser dire les choses et ne pas se réfugier dans un politiquement correct. Si, en Occident, nous avons réussi après des siècles à nous dégager du joug de l'Eglise catholique, dans l'Islam demeure encore la préoccupation de contrôler la sexualité des femmes: par l'excision parfois, par le port du voile afin d'empêcher que les femmes n'utilisent leur sexualité. Des textes religieux précisent même que les femmes doivent être à la disposition des envies du mari et doivent toujours feindre le désir à leur égard. Il faut oser dire qu'une partie de l'Islam est aujourd'hui en proie à une résurgence doctrinale dangereuse qui consiste à perpétuer un ordre archaïque dans lequel la femme n'est plus qu'un objet sous contrôle. Dans nos pays, depuis Simone de Beauvoir et mai 68, le combat des femmes a-t-il été gagné? Il est vrai que ce combat fut décisif et que les femmes ont alors acquis le contrôle de leur propre corps. Mais en ce qui concerne l'égalité des droits, le combat n'est pas terminé. Les inégalités salariales demeurent, y compris dans les pays nordiques pourtant réputés pour leur progressisme. Aux Etats-Unis, la question cruciale aujourd'hui est la possibilité de revenir sur la libéralisation de l'avortement. L'avortement y est devenu moins facile. Rien n'est jamais acquis. En France, des médecins refusent l'avortement. L'Eglise catholique reste une construction patriarcale. Et une étude montre que les femmes qui peuvent se le permettre hésitent désormais à réaliser une carrière professionnelle car elles ne veulent pas devoir mener cette triple carrière -métier, épouse, ménagère. Le fait d'être une femme a-t-il été un atout ou un handicap dans votre carrière? Je suis ravie de ne pas avoir eu à choisir mon sexe. Car être femme ne fut pas facile. On demande toujours plus à une femme qu'à un homme, nous devons sans cesse faire nos preuves. Il n'y a d'ailleurs que très peu de femmes rédacteurs en chef. On me demandait d'entrer dans des stéréotypes, ceux qui font dire qu'«une femme est autoritaire» alors qu'«un homme a de l'autorité», qu'«une femme fait du charme» alors qu'«un homme a du charme» et qu'«une femme publique est une prostituée» alors qu'«un homme public est un homme célèbre». Comme je ne souriais pas toujours à l'écran, ce qu'une femme devait paraît-il faire, je subissais des torrents d'injures, on me traitait de Thatcher de l'info et d'avoir un parapluie dans le derrière. Pas facile d'être une femme dans ce métier. «Le livre noir de la condition des femmes», dirigé par Christine Ockrent. XO Editions, 780 pp., env.: 24,9 € © La Libre Belgique 2006 Source : http://www.lalibre.be/article.phtml?id=5&subid=103&art_id=275850 Est-ce ainsi que les femmes vivent? Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=388391 Pour commander ce livre, cliquez ici.
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TANGUY JOCKMANS
Une étude sur les violences, insultes, discriminations et crimes dont sont victimes les femmes à travers le monde.
par Yannick RIPA
QUOTIDIEN : jeudi 08 juin 2006
CHRISTINE OCKRENT (dirigé par)
Le Livre noir de la condition des femmes Coordination Sandrine Treiner. Postface de Françoise Gaspard. XO Editions, 777 pp., 24,90 €.
On peut ne pas aimer le titre de cet ouvrage, s'étonner de voir évoquer la «condition des femmes», expression tombée en désuétude depuis le triomphe du genre. On aurait tort : ce livre est une véritable étude des violences, offenses, insultes, discriminations faites aux femmes dans le monde entier, menée au travers de témoignages de celles qui subissent, mais aussi résistent et se révoltent, et d'analyses de spécialistes, universitaires et acteurs de terrain. Si avoir entremêlé ces textes de nature différente mais de sujets semblables conduit parfois à des redites, ce choix a la vertu de respecter la parole des femmes, de ne pas se contenter, comme c'est si souvent le cas, de parler à leur place, et d'aussitôt, grâce aux grilles de lecture proposées par les intervenant (e) s de sortir ces violences (viol, lapidation, excision, prostitution, exploitation...) du récit brut, cru, âpre, réaliste et donc dénonciateur en soi, pour en comprendre l'origine et le sens.
De fait, le caractère répétitif de ces horreurs qui n'émanent pas, loin s'en faut, d'individus isolés mais de sociétés qui les cautionnent au mieux et les incitent, voire les exécutent, au pire, contraint à s'interroger sur les rapports de sexes, sur leur inscription dans ces groupes qui prétendent s'appuyer qui sur la nature, qui sur la religion, pour justifier une identité masculine qui repose largement sur la domination des femmes, à n'importe quel prix, serait-ce celui de leur vie. L'Asie se singularise par des sociétés «anormalement masculines» ; elles résultent de l'élimination des foetus féminins, d'infanticides post-natals, voilés, par manque de soins. Ces «femmes manquantes» ne laissent pas de traces, si ce n'est celle de l'absence de compagne pour les hommes, désormais prêts à s'en procurer une, comme on achète une denrée rare, on atteint là la caricature de la femme-objet. Criants dans leur atrocité, les meurtres de femmes, au nom de l'honneur familial, masculin s'entend, à coups de pierres dont on aura soin de choisir la taille adéquate comprenez celle qui fait souffrir et mourir lentement , ou à l'aide du feu purificateur, sont tus ou acquittés par la justice des hommes, si bien alors nommée.
Les exemples sont multiples aux quatre coins du monde, signifiant l'échec concret des déclarations de principes, rappelées en annexe de l'ouvrage, sur «l'égalité de condition et les droits fondamentaux de la femme». En France, le meurtre de Sohane semble y faire écho, terrifiant prolongement d'une explosion des violences contre les femmes. Nombre d'entre elles sont privées de sécurité, d'intégrité, de liberté, de dignité, d'égalité, au moment où le monde occidental se targue d'une égalité juridique entre les sexes et se promet de la faire advenir dans les faits. C'est précisément le caractère occidental de l'universalité qui est incriminé par les courants conservateurs et intégristes pour la rejeter comme une forme de colonisation, ainsi présentée «l'universalité des droits de l'homme ne pourrait contenir la réalité multiple culturelle du monde».
A travers ces cinq thèmes qui structurent l'ouvrage, se mesure l'écart entre les grands principes et les faits, se pose l'urgence de comprendre le délitement des rapports de sexes qui aboutit à une appropriation du corps des femmes et au déni de leur être. Les articles établissent la destruction du lien social par la guerre, le chômage, la misère, et relient donc crise d'identité masculine et violence faite aux femmes. On s'interroge sur la raison première de ce rôle de bouc émissaire, tenu par les femmes, parfois admis par certaines. La haine du féminin se lit souvent dans les injures et les discriminations, n'est-elle que l'expression de la haine de l'Autre ou peut-on, dans les cas les plus extrêmes, parler de «féminicide» ? Les meurtres de 1 500 femmes au Guatemala, dont les assassins jouissent de l'impunité, tout comme ceux du San Salvador ou du Mexique, portent à le faire. La disparition ou le meurtre de jeunes filles entre 13 et 21 ans font de la ville mexicaine de Ciudad Juarèz la capitale du féminicide. Celui-ci est défini par la sociologue Julia Monarrez Fragaso comme «l'assassinat misogyne de femmes par des hommes. Un phénomène social lié au système du patriarcat dans lequel les femmes sont prédisposées à être tuées, soit parce qu'elles sont des femmes, soit parce qu'elles ne le sont pas de la bonne manière». L'usage de ce néologisme n'a guère dépassé le continent sud-américain ; sa proximité avec le terme de génocide n'est sans doute pas la seule raison de son manque d'audience sous nos latitudes, où le terme patriarcat semble appartenir au vocabulaire du seul MLF, où l'emploi des mots domination masculine, victime, condition féminine et féminisme fait débat ; féminicide risque de paraître outrancier, voire politiquement incorrect. On lui préfère l'expression «violence de genre», si peu lisible pour le grand public, si lisse qu'on se demande qui en sont les victimes... Ce livre est là pour le dire.