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| Cameroun : l’homophobie gagne du terrain Suite à la publication dans des journaux de listes de personnages influents prétendument gays, la polémique enfle. | |
En janvier dernier, trois journaux camerounais – La Météo, L’Anecdote et Nouvelle Afrique – ont publié dans leurs colonnes des listes d’homosexuels présumés appartenant à l’élite du pays : ministres, personnalités du monde de la culture et des affaires, entourage du président Paul Biya… Ces feuilles de choux se seraient vendues comme des petits pains, les vendeurs à la sauvette allant jusqu’à faire leur beurre sur le dos des gazettes, en photocopiant les « articles » sulfureux, et en les revendant dix fois le prix desdits journaux. Depuis lors, la polémique n’a cessé d’enfler et tous les médias se penchent sur la question, taboue, de l’homosexualité. D’aucuns évoquent des règlements de compte politiques par voie de presse, et aujourd’hui de tribunaux, alors que les journalistes concernés se justifient en arguant du fait que ces listes ont permis d’installer le débat sur la place publique. Le rédacteur en chef du journal La Météo, premier à avoir publié une telle liste, se réfugie derrière l'article 11 de la déclaration universelle des droits de l'homme qui « pose le principe de la libre expression, en proclamant la libre communication des pensées et des opinions, donc le droit de savoir de l'opinion ». Il est soutenu par plusieurs confrères, dont le rédacteur en chef du quotidien Mutations qui explique dans un édito du 30 janvier, que « pour le mal qu’elle peut engendrer dans notre pays et la déroute qu’elle constitue pour la jeunesse, le combat contre l’homosexualité mérite d’être mené ». Curieusement personne, ou presque, ne songe à condamner ouvertement cette chasse aux sorcières d’un autre âge. Ainsi, pour le Messager, le problème déontologique réside dans le fait que des journalistes se soient laissés corrompre, pour oublier de citer un nom, plutôt que dans celui de livrer des noms en pâture à la vindicte populaire : « cette façon spécieuse de travailler, on s’en doute, pourrait définitivement jeter l’opprobre sur une démarche professionnelle appréciable (sic) ». Même Raoul Mbog, un journaliste reconnu qui a récemment fait son coming-out, refuse « d'être solidaire des élites outrées (par la publication des listes), qui, justement, parce qu'elles sont en situation de pouvoir, n'ont jamais rien fait pour contribuer à créer les conditions d'un relatif épanouissement des gays (…) et continuent de parler de l'homosexualité comme d'une abomination ». Cette affaire s’inscrit dans un climat d’homophobie virulente. En mai dernier, une dizaine d’homosexuels présumés avaient été arrêtés dans un bar de Yaoundé et détenus neufs mois durant, sans qu’aucun motif clair de détention ne leur soit spécifié. Mi-juillet, un ressortissant Britannique était arrêté pour s’être retrouvé seul en compagnie d’un jeune homme majeur. Enfin, un adolescent aurait égorgé en pleine classe un camarade d’origine burundaise, qui, selon la version officielle, lui faisait des avances. Les autorités religieuses ne sont bien sûr pas en reste. Lors de son homélie du 25 décembre, l'Archevêque de Yaoundé Victor Tonye Bakot dénonçait les relations entre personnes du même sexe : « Je dois vous dire que l'homosexualité est un complot contre la famille et le mariage. Ne l'acceptons pas chez nous. Ce sont des mœurs contre nature (...) L'homosexualité est donc une perversion contre laquelle il nous faut lutter tous ». Relayé par le cheik Ibrahim Mbombo, à l’occasion de l’Aïd el Kébir, amalgamait et dénonçait l'homosexualité et la pédophilie, comme « avilissantes ». Tout ce tintamarre homophobe est servi, il faut bien le dire, par une loi qui institue l’homosexualité comme délit : l'article 347 bis du code pénal stipule que toute personne reconnue coupable d'homosexualité encourt une peine d’emprisonnement de six mois à cinq ans, et est passible d’une amende allant de 20 000 à 200 000 francs CFA (30 à 300 €). Le Cameroun était peut-être le pays de la relative tolérance religieuse (comparé à son voisin le Nigéria), il n’en est pas moins en train de se radicaliser sur les questions de mœurs. | |
Source : http://www.marianne-en-ligne.fr/exclusif/virtual/monde/e-docs/00/00/5B/BC/document_web.phtml