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Christophe Falcoz, spécialiste en management, analyse la résistance de l'entreprise aux évolutions:
«Le dernier refuge de la virilité»
par Luc PEILLON
QUOTIDIEN : lundi 27 février 2006
Christophe Falcoz, docteur en sciences de gestion, est directeur de RCF Management, un cabinet de formation en techniques de management.
Pourquoi l'entreprise est-elle virile ?
Les premières recherches en psychologie sociale ont expliqué comment, au cours de la révolution industrielle, le couple qui jusqu'alors travaillait ensemble aux champs va progressivement se différencier. L'homme part à l'usine, la femme reste à la maison. Le modèle patriarcal était né, représenté par un homme fort, musclé, dur au mal et qui ne pleure plus. Cette image est très proche de celle du militaire, qui va également inspirer la gestion d'entreprise à cette époque. Les grandes manufactures vont prendre modèle sur l'armée et notamment sur sa discipline. Le mot «cadre», comme celui de «carrière», vient d'ailleurs de la défense et de la diplomatie. C'est le développement du modèle viril, à côté duquel la femme et l'enfant ne sont que des sous-produits. On privilégie l'homme blanc, marié, avec enfants, et généralement chrétien. Le management contemporain est le fruit de cette histoire. Il nécessite «des hommes, des vrais», seuls en mesure d'assurer des fonctions d'encadrement, seuls à même de mener la «guerre économique».
Ce modèle connaît aujourd'hui des remous...
L'institution familiale a déjà connu des évolutions. Les débats sur le Pacs ou l'homoparentalité ont poussé à revoir le schéma classique de la famille. L'entreprise, lieu non démocratique par excellence, est en revanche le dernier refuge de la virilité. Les homosexuels y subissent les mêmes problèmes que les femmes. Ils connaissent le même «plafond de verre». Si vous êtes homo, si vous êtes une femme, on considère alors que vous ne pouvez pas diriger d'autres hommes. Mais les femmes exercent aujourd'hui une pression très forte. Leur meilleure réussite scolaire et leur arrivée à des postes à responsabilité provoquent des mouvements de résistance de la virilité. Le monde du travail vit un moment particulièrement important. Tout pousse au changement et en même temps, tout résiste. Et quand ça résiste, ça peut faire extrêmement mal. Le problème, c'est de savoir combien de temps va durer cette période.
Les préjugés peuvent aussi être à l'avantage des homosexuels.
Il y a effectivement des clichés qui, a priori, pourraient être favorables aux homosexuels. On va considérer, par exemple, qu'un homo a le sens du relationnel, qu'il met une bonne ambiance, qu'il est sympa et un peu extraverti. On va également se dire qu'il n'a pas de famille, donc qu'il est très disponible, qu'il peut travailler plus ou partir à l'international. Mais les homosexuels sont comme les hétéros : peut-être n'ont-ils pas envie de faire des heures supplémentaires ou de vivre à l'étranger... Tout stéréotype, dans un sens ou un autre, est dangereux. Et l'orientation sexuelle, quoi qu'il en soit, n'a rien à faire avec les qualités ou les attentes professionnelles.
Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=362810