Je n’ai pas pour habitude de prendre la plume pour laisser ma voix se dire ici, sur ce blog. Peut-être faut-il prendre une certaine distance lorsque l’on est femme et lesbienne et que l’on expose son regard aux nouvelles de ce monde. Peut-être fallait-il libérer totalement l’espace d’expression pour que toutes les voix de femmes oubliées, étouffées puissent trouver un lieu libre de toute histoire connue afin d’inscrire la leur. Et puis il y a un matin, qui aurait pu être comme les autres, un matin où une voix de femme nous saisit à la gorge, un matin où une parole de femme rompt la barrière de toutes les frontières de silence, ou de distance, établies. Il fallait ce matin, dire, que cette voix de femme avait été entendue, et reconnue. J’étais toute à la douceur de mon refuge ce matin. J’étais toute au sourire de la femme aimée, de son baiser, au plaisir de la retrouver ce soir, j’étais à la promesse et à l’attente. Je me croyais prête à tutoyer l’incohérence, et la violence. Et j’ai croisé ton regard, ton cri de femme, ton cri de lesbienne en rage, Anne... Je ne voulais pas laisser ces mots derrière, dans un coin sombre de commentaire. Je voulais te dire que ces mots avaient la résonance de toutes ces histoires de femmes en moi, mes sœurs, mes amies, mes aimées. J’aurais aimé avoir les mots pour dire la colère et la douleur de l’aliénation, de la destruction, dire les ombres terrestres que les hommes laissent derrière leur pas, dire les lambeaux du souvenir. Mais j’aurais aussi aimé dire pour ces femmes, leur force, leur courage, leur résistance, leur combat, leur co-naissance de femmes, leur fierté et leur espoir d’un corps et d’un monde qui puissent leur appartenir. Et je voulais te dire merci, merci pour tes mots, merci pour Elles… Les mots d’Anne, en réponse à l’article de Brigitte Brami « Le Plaisir de tuer : Un livre d’un psychanalyste qui justifie le viol. » C'est outrageant de lire ces mots surtout quand notre vie a été brisée par un viol ... A ces mots je veux vomir cette haine que j'ai contre ces hommes qui ne réfléchissent et qui n'agissent qu'avec leur sexe et leur soit disant virilité ....
et j'ai envie de répondre avec la lettre que j'ai écrite à mon violeur :
Un soir, tu m'as prise, tu m'as possédée ou plutôt tu as cru me posséder. Car tu as eu mon corps mais pas mon âme. Ta femme était enceinte et refusait tes avances alors tu as satisfait ton besoin de mâle en te servant de mon corps. Et c'est toi le premier qui a compris que j'étais lesbienne, bien avant moi sans doute car je ne voulais rien voir. Tu as satisfait ta frustration de ne pas pouvoir baiser ta femme et assouvi ton fantasme de te payer une goudou.
J'ai gardé en moi trop longtemps ce secret qui m'a consumée à petit feu. J'ai détesté ce corps que tu avais sali et qui m'avait trahi. C'est vrai je n'ai pas eu la force de réagir, j'étais pétrifiée et tu t'es senti tout puissant. Mon corps était devenu telle une poupée de chiffon et mon cerveau était déconnecté. Alors tu en as profité, tu m’as violentée, tu m’as violée.
Longtemps la honte a guidé mes pas, j'avais peur de séduire et de me mettre en danger. Alors je me suis enterrée dans ma souffrance. Longtemps j'ai cru que j'étais morte ce jour là, et que rien ne pouvait me ramener à la vie. Longtemps j'ai cru que ta violence était inscrite en lettre indélébile sur mon corps. Longtemps je me suis interdite de vivre, d’être, d'aimer et même de pleurer.
Mais maintenant, j'ai la force de parler et je tiens à te dire haut et fort que tu n'as pas gagné. Je ne veux plus me laisser envahir par toi. Et ce corps que j'ai délaissé trop longtemps, je veux le reconquérir, avec lui, je veux me réconcilier. A mon corps, je veux lui offrir la tendresse pour que toutes les blessures cicatrisent enfin.
Tu as eu la goudou mais la lesbienne que je suis, est fière de ce qu'elle est. Aujourd’hui l’amour me sourit et l’avenir se construit dans la confiance, fini la méfiance. La vie me remplit de bonheur et fini le temps de la mélancolie à me lamenter sur mes plaies. Tu appartiens à un passé que je laisse bien loin derrière moi pour enfin avancer vers demain légère et sereine.
Je tiens à dire à toutes celles qui ont été violentées, ne baissez jamais la tête. Soyez fières de vous et surtout ne vous laissez pas envahir par la culpabilité. Doit-on culpabiliser d'être une femme ? Dois-je culpabiliser d’être lesbienne ?