Lez Zone est un espace dédié à la culture et aux arts sapphiques, au féminisme. Vous y trouverez également quelques actualités. Poèmes illustrés, peinture, photographie, artistes invitées.
par Elaine Audet
Octobre 2004, le corps de Ghofrane Haddaoui, vingt-trois ans, est découvert sur un terrain vague de Marseille, recouvert de multiples blessures, le crâne défoncé.
Dans ce livre, chargé d’émotion et de révolte, la mère de la jeune Française d’origine tunisienne, Monia Haddaoui, relate le chemin qu’elle a parcouru afin de découvrir la vérité sur l’assassinat de sa fille. Parallèlement à l’enquête de police, avec une énergie désespérée, une détermination et une force peu communes, elle crée un vaste mouvement de solidarité et commence ses propres recherches, afin d’infirmer la théorie de la défense plaidant, classiquement, un crime passionnel, et afin d’établir que sa fille a été lapidée.
Une lapidation en France ?
La question de la lapidation, que les autorités policières refusent d’admettre, constitue le premier obstacle à franchir. Dans le rapport policier, on parle de "gifle". Les femmes sont-elles devenues si fragiles qu’elles meurent d’une simple gifle, qu’il s’agisse de Marie Trintignant ou de Ghofrane ?! Selon le Larousse, "tuer à coups de pierres", c’est "lapider", et c’est ce que Monia Haddaoui dit au président de la Cour : "Je lui ai dit que je ne critiquais ni l’islam ni aucune religion mais que je tenais à affirmer que ma fille avait été lapidée. Beaucoup m’ont reproché d’utiliser ce mot." En dépit de toutes les pressions, elle contraint la justice à voir qu’il n’y avait pas trois pierres mais plus de trente.
Cette "mère indigne", selon les règles de l’ordre patriarcal dans lequel nous vivons toujours, refuse de se taire et résiste à toutes les formes d’intimidation : "Je maintiens que Ghofrane a été lapidée. Tuer quelqu’un à coups de pierres en réunion, c’est le lapider [...] il s’agit d’une pratique qui relève de la tradition, et non pas de la religion, et qui déshonore ceux qui l’exercent au nom de Dieu [...] il est à craindre que dans l’histoire de l’humanité, de nombreuses personnes aient eu à subir cette mort atroce - juives, chrétiennes et musulmanes confondues (p.100)." Et elle pose cette question que les autorités veulent éviter à tout prix : comment expliquer la lapidation de sa fille à Marseille, en France, pays des droits de l’Homme ?
La suite sur Sisyphe, le 12 novembre 2007.