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  • : Lez Zone est un espace dédié à la culture et aux arts sapphiques, au féminisme. Vous y trouverez également quelques actualités. Poèmes illustrés, peinture, photographie, artistes invitées.
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Résister 

Rose Ausländer :

Dans le rien

Découvrir un chant

La chambre m'abrite

Ne le sais

Quand je partirai

Tu es là encore

Anne Archet :
Convulsive

Union nucléaire

Nicole Barrière :

Femmes en parallèle

Marie Bataille :

Nuit

Le silence te creuse

Germaine Beaulieu :

Dans l'attente

Elle s'interroge

Il n'y a plus de sens

Rien du noir

Tu tiens bon le désir

Jannick Belleau :

Adios Amiga

Jovette-Alice Bernier :

C'est alors que l'on sait

J'abdique tout

Louky Bersianik :

La Splendeur

Le testament de la folle alliée

Le visage

Maladie d'amour

Huguette Bertrand :

Alpamayo

Blondes nuits ensoleillées

Enchevêtré aux impossibles

Je ne suis que le vent

J'ai cette gourmandise

Les visages du temps

Quand le cri du corps

Sous la caresse des mots

Sur la pointe des doigts

Sur l'écran brûlant...

Claudine Bohi :

L'humilité...

France Bonneau :

Si j'étais immigrante

Nicole Brossard :

Aujourd'hui je sais

Ma continent

Ne touchons pas...

Sa surface

Sous la langue

Françoise Bujold :

Quand la perdrix...

Mélanie Cantin :

Innocent amour

Diane Cardinal :

Je m'assois sur ton nombril

Je m'infiltre sous ta peau

Tu murmures

Patrizia Cavalli :

De moi...

Natalie Clifford Barney :

Etre libre

Anne Collignon :

Ils étaient cinq

Cristie Cyane :

Laisse-toi aller

On veut pas d'ça ici !

Polaroïd

Rainbow

Un baiser sur ses seins

Louise Cotnoir :

Il faudrait le poème

Le sexe marqué...

Maison à louer

Christine Davi :

Elle dit non

Lucie Delarue-Mardrus :
Baiser 
L'étreinte marine
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Denise Desautels :

Les chuchotements et la caresse 
L'espoir ?

Tout ce bleu

Une histoire de beauté

Chahdortt Djavann :

L'Iran d'aujourd'hui

Hélène Dorion :

Tu avances une main...

Tu viendras...

J'adviens...

Emily Dickinson :

Douter de Moi !

Elle s'éleva...

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Il s'exerce sur votre Ame

Pour Toi

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Le clitoris...

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Procès en sorcellerie

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Jacqueline Francoeur :

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Sensualité

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Nuit

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9 octobre 2006 1 09 /10 /octobre /2006 14:42

Espagne : Condamné pour avoir caché son homosexualité à sa femme

Le tribunal de Palma de Majorque a considéré qu'un homme avait, en toute mauvaise foi, caché son orientation sexuelle à son épouse, en ne la révélant qu'en 2002, soit plus de quatre ans après leur mariage. Toujours selon la décision de justice, cela a provoqué au fil des années un grave préjudice moral et psychologique pour sa femme. La justice a de plus déclaré la nullité du mariage pour «tromperie». L'homme, âgé de quarante ans, a été condamné à payer à son ex-épouse une indemnité de 6000 euros, mais il pourra saisir le Tribunal suprême, l'autorité judiciaire compétente, pour que le jugement soit éventuellement cassé. L'époux condamné nie les faits, assurant qu'il n'a jamais trompé sa femme et que lorsque qu'il s'est marié en 1997, il était conscient de sa condition d'hétérosexuel et désireux de fonder une famille. Quoi qu'il en soit, la sentence fait jurisprudence et pourra désormais servir d'exemple dans des cas opposés, par exemple, lorsque dans un couple d'homosexuels, l'un des époux occulte son hétérosexualité. En Espagne, l'annulation du mariage peut être invoquée en cas d'occultation de la vérité sur la condition d'alcoolique, de drogué, de malade mental, d'homosexuel, ou d'impuissance du conjoint.
Copyright tetu.com

par Martine Audusseau

Info du 2006-10-09

Source : http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=10329

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9 octobre 2006 1 09 /10 /octobre /2006 14:41

Lettonie  : Élections législatives: les partis homophobes en tête

Samedi 7 octobre, le Parti du Peuple, formation conservatrice dont est issu le Premier ministre letton, Aigars Kalvitis, est arrivé en tête des élections législatives en Lettonie avec 19,3% des voix. Aigars Kalvitis a fait savoir qu'il était prêt à continuer de diriger le gouvernement de coalition. Une union improbable entre la droite et les populistes de gauche, qui a permis à ce petit pays balte de se faire connaître sur la scène politique européenne pour l'homophobie extrêmement agressive d'une grande partie de la classe politique majoritaire. L'Union des Verts et des Agriculteurs, dont certains membres se sont déchaînés verbalement ces derniers mois contre les gays et les lesbiennes, est son partenaire de coalition. Elle est arrivée en seconde position avec 16,6% des voix et a nettement amélioré son score par rapport aux dernières législatives de 2002, où elle avait obtenu 9,4%. Nouvelle Ere, le parti de centre-droit passé dans l'opposition, lui aussi très agressif envers les militants homos, arrive en troisième position avec 16% des voix. Les sociaux-démocrates n'ont pu dépasser la barre des 5% et n'entreront même pas au Parlement. Lors de la prochaine mandature, le ciel ne devrait donc pas se découvrir pour les gays, les lesbiennes et les trans lettons. 

 

Copyright tetu.com

par Blaise Gauquelin

par Blaise Gauquelin

 

Info du 2006-10-09

Source : http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=10332

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9 octobre 2006 1 09 /10 /octobre /2006 14:30

Stéphanie de Monaco critique l'Église catholique

Elle ne sera pas une ambassadrice de bonne volonté potiche, qu'on se le dise. À peine nommée à ce poste pour une durée de deux ans par Onusida, le vendredi 6 octobre, Stéphanie de Monaco a sévèrement critiqué la position de l'Église catholique sur l'usage du préservatif dans la lutte contre le sida. Elle l'a tout bonnement qualifiée de «honte». La princesse, qui a créé la fondation Fight Aids Monaco en 2004, a réaffirmé que pour elle, il n'existait pas d'alternative aux préservatifs pour prévenir l'épidémie. L'Église catholique «est aussi contre l'avortement, a-t-elle poursuivi, et l'usage des préservatifs éviterait aussi des avortements. Mais je pense que peut-être beaucoup de gens se cachent derrière la question de la religion pour ne pas utiliser de préservatifs ». Stéphanie de Monaco, dont l'action auprès d'Onusida (le Programme commun des Nations unies sur le sida) se concentrera sur les pays en voie de développement et l'Europe de l'Est, a dit tenir particulièrement à «briser les stigmates et la discrimination» dont sont victimes les séropositifs et les malades qui «souvent n'ont plus nulle part où aller, plus de famille. Tout le monde leur tourne le dos». À propos de ce combat, la princesse a expliqué : «C'est ce pour quoi je pense que j'étais faite».

 

Copyright tetu.com

par Myrtille Rambion

par Myrtille Rambion

 

Info du 2006-10-09

Source : http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=10333

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9 octobre 2006 1 09 /10 /octobre /2006 13:51
Soutien au mouvement de protestation contre l’interdiction de l’IVG

La loi déjà existante contre l’avortement en Pologne risque d’ici peu d’être durcie suite à la demande du premier ministre adjoint polonais de protéger constitutionnellement "la vie prénatale". Pour l’instant légal lorsque la vie de femmes est en danger ou lorsque la grossesse est la conséquence d’un crime, l’avortement pourrait être totalement illégal si l’amandement de l’article 38 de la constitution polonaise est adopté. Cet amendement, proposé par la Ligue des Familles Polonaises (LPR),permettrait de rajouter à l’article 38 qui assure la protection légale de toute personne humaine la mention "à partir du moment de la conception".

Si vous souhaitez soutenir le mouvement de protestation contre l’interdiction totale de l’avortement en Pologne, signez la lettre ouverte

Source : http://www.coordinationlesbienne.org/article.php3?id_article=549

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8 octobre 2006 7 08 /10 /octobre /2006 14:37

Le queer : vers une révolution des politiques des identités sexuelles et du genre




Selon Elsa Dorlin (prof de philo à Paris I), pour retrouver la généalogie du queer, il faut commencer par chercher dans les quartiers populaires blacks et latinos de New York dans les années 1970 où se développaient les ballrooms. Ces ballrooms permettaient à chacunE de défiler, de se travestir le long d’un podium lors de compétition, afin d’y pratiquer différentes « masculinités » et « féminités ». Ces ballrooms étaient de véritables performances du genre et du drag (travestissement) [1]. Ils démontrent que les féminités et les masculinités sont vécues comme une réelle expérience de performance, au sens d’un faire, d’une « mise en scène ». Que le masculin et le féminin sont un exercice de mise en scène.

Nous sommes toutEs des travestiEs ?


Dans Trouble dans le Genre, Judith Butler, professeur de littérature comparative et de rhétorique à l’université de Californie-Berkeley, nous invite à considérer d’un autre œil le travestissement : celui-ci n’est pas une démarche comique, voire pathétique d’imitation, mais une façon de parodier les hétérosexuels, en pointant les artifices qu’ils utilisent pour manifester leur appartenance à leur genre [2]. Judith Butler développe l’idée que nos sociétés produisent des normes qui assurent une domination du genre masculin et de l’hétérosexualité. Les hommes et les femmes assimilent jour après jour les codes présumés correspondant à leur genre. Selon la philosophe, les pratiques sexuelles minoritaires doivent servir à « troubler la norme » et à montrer que l’hétérosexualité ne va pas de soi.
Dans Trouble dans le Genre, c’est la possibilité même du travestissement (le drag) qui constituerait la preuve que le genre n’est que fiction et performance. Qu’à des degrés différents, nous sommes tous des « travestis ». Tout genre est performance sans original, à commencer par la féminité et la masculinité. Nous sommes tous des copies sans original. Butler propose une interprétation radicale du travestissement qui révèle implicitement la structure imitative du genre. Dans ces conditions, « être un homme », « être une femme » consiste à réaliser des performances de la masculinité et de la féminité : de tels actes, de tels gestes, généralement construits, sont performatifs, en ce sens que l’essence ou l’identité qu’ils prétendent exprimer sont des inventions fabriquées et maintenues grâce à des signes corporels et à d’autres moyens discursifs [3]. Mais alors, pourquoi doit-on encore être un homme OU une femme ?

Pour la suppression de la mention du sexe dans l’état civil !


En France, on pourrait dire que c’est Monique Wittig, fondatrice du MLF et militante aux Gouines rouges, qui a ouvert le bal queer dans les années 1970. Avec Monique Wittig, il n’y a pas que des hommes et des femmes qui constituent la société. Elle déclare à la fin d’une conférence en 1978 que « les lesbiennes ne sont pas des femmes ». En effet, théoricienne du féminisme matérialiste, elle dénonce le mythe de « la femme », met en cause l’hétérosexualité comme régime politique, base d’un contrat social auquel les lesbiennes refusent de se soumettre : « La femme n’a de sens que dans les systèmes de pensée et dans les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes. »


Déjà des échappatoires se construisent à ce système bipolaire du genre qui, arbitrairement, distribue les rôles et les pouvoirs. Monique Wittig explique : « Parce que l’hétérosexualité est une technologie sociale et non pas une origine naturelle fondatrice, il est possible d’invertir ses pratiques de production de l’identité sexuelle. Le pédé, la folle, la drag queen, la lesbienne, la gouine, la camionneuse, le garçon manqué, la butch, les f2m [4], et les m2f [5], les transgenres sont des impostures, les récitations subversives d’un code sexuel faux. » (Monique Wittig, 1992). Selon elle, c’est dans cet espace de la parodie homosexuelle que sont apparues les premières pratiques contre-sexuelles en tant que possibilités d’une dérive radicale par rapport au système hétérosexuel : l’utilisation des godes, l’érotisation de l’anus et l’établissement des relations SM contractuelles, entre autres exemples.
Depuis 1997, les marches Existrans (marche des trans’ qui ont lieu début octobre) ont permis de mettre en avant des revendications trans’ avec, entre autres, le droit de choisir son genre, son corps (même le corps se construit), son sexe, sa sexualité sans entraves ainsi que la suppression de la mention du sexe sur l’état civil ou, en attendant, le changement d’état civil avec ou sans opération (tract des Panthères roses en 2005). Ces revendications, loin d’être des revendications « particulières » ou « spécifiques » aux trans, permettent une remise en cause radicale des normes de genre et de sexe. Les questions trans’ ne seraient-elles pas au cœur de la remise en cause de l’assignation et de l’injonction au genre (tu dois être un fille ou un garçon) ? Autrement dit, la perspective de suppression de la mention du sexe de l’état civil ne permettrait-elle pas d’envisager une critique et une remise en cause radicale du système du genre et de sexe ?


Aujourd’hui, avec le groupe les TorduEs, ce sont des ateliers drag qui se constituent en petit comité pour découvrir/vivre collectivement le drag dans l’espace public afin de réellement mais momentanément vaciller d’un genre à l’autre et de partager collectivement ses impressions sur cette expérience. Mais la question demeure, qu’est-ce qui fait de nous un homme ou une femme, et devons-nous être l’un ou l’autre au quotidien ?


C’est dans ces pratiques militantes et dans ces contextes, que les théories queer ont commencé à germer. On va essayer d’en reprendre quelques-unes. Désolée si le format qui suit paraît un peu scolaire, mais avec les académiciennes, le problème c’est qu’elles écrivent tellement bien (enfin, comprendre de manière tellement compliquée), que l’on a envie de les laisser s’exprimer pour elles-mêmes.

La construction ou la production des genres, de race, des corps normaux et des nations sont indissociables. [6]


Le black feminism a énormément bouleversé les notions de bi-catégories hommes-femmes. En effet, celui-ci a établi qu’il y a différentes modalités de genre suivant l’origine sociale et l’ethnicité.


Il y a déjà 30 ans, le black feminism a voulu remettre en cause les visions « essentialistes » du genre. Pour ma part, je suis sûre que l’on pourrait même remonter à Sojourney Truth, cette Noire américaine qui a scandé « Ain’t I a woman ? » (« Ne suis-je pas une femme ? »), en 1851 à une conférence féministe. Elle faisait ainsi savoir, lors de cette conférence, à quel point les notions de genre et d’ethnicité s’imbriquaient dans leurs constitutions respectives. Son vécu de genre de « femme noire » la distinguait des femmes blanches qui occupaient les bancs de l’assemblée. Elle ne se retrouvait pas dans les revendications de ses consœurs féministes. Alors que ces dernières se plaignaient, par exemple, des rapports de galanteries entre hommes et femmes, elle interpellait l’audience pour préciser que jamais un seul homme n’avait posé une veste à ces pieds pour éviter qu’elle marche dans une flaque d’eau et pourtant, elle demandait : « Ne suis-je pas une femme ? » Bon, c’est peu être un détour historique un peu trivial, mais je pense que l’idée du lien qui unit le vécu de femme et les questions de race et d’ethnicité est bien là.


Marie-Hélène Bourcier (MHB) explique dans Queer Zones que la construction des masculinités et des féminités dans des systèmes post-coloniaux se trouve au croisement même des questions d’ethnicité et des origines sociales. Il convient donc de dépasser ces catégories binaires identitaires (homme/femme) qui peuvent même receler des discours autoritaires et re-naturalisants, et nier la multiplicité du vécu genré.


Selon MHB, « Il est aussi vrai que l’un des grands chantiers de la théorie et des politiques queer, réalisé avec plus ou moins de bonheur, est d’essayer de prendre en compte les différents niveaux d’oppression sociale, économique et culturelle non de manière cumulative, mais de voir en quoi la construction ou la production des genres, de la race, des corps normaux et des nations sont indissociables. Les politiques queer des différences s’ingénient à prendre en compte cet impératif “ d’intersectionnalité ” de manière à ne pas reproduire l’obnubilation excluant sur un seul facteur de domination : la classe pour le marxisme et les politiques dites de gauche, le genre pour le féminisme et les politiques antisexistes, la race/ethnicité pour les politiques antiracistes. » [7]


En outre, l’on peut noter les propos de Beatriz Preciado [8] (philosophe à Paris VIII) qui explique la remise en question d’un sujet politique « femme » hégémonique (vision autoritaire qui nierait les différences mêmes au sein de ce sujet) et hétérocentrique (centré sur une vision exclusivement hétérosexuelle de la société). Beatriz explique : « Se revendiquant d’une mouvance post-féministe ou queer, les Américaines Teresa de Lauretis, Donna Haraway ou Judith Butler, la Française Marie-Hélène Bourcier, mais aussi les lesbiennes chicanas comme Gloria Andalzua ou la féministe noire Audre Lorde vont s’attaquer à la naturalisation de la notion de féminité qui avait initialement été la source de cohésion du sujet du féminisme. Si les multitudes queer sont post-féministes, ce n’est pas parce qu’elles veulent ou qu’elles peuvent faire sans le féminisme. Bien au contraire. Elles sont le résultat d’une confrontation réflexive du féminisme avec les différences que celui-ci effaçait au profit d’un sujet politique “ femme ” hégémonique et hétérocentrique. » [9] Le terme post-féminisme enregistre ce déplacement du lieu de l’énonciation d’un sujet universel « femme » vers une multiplicité des sujets situés. De Lauretis parle d’une « rupture constitutive du sujet du féminisme » qui dérive de « la non coïncidence du sujet du féminisme avec les femmes ».


Dans savoir_vampires@war, Beatriz Preciado explique qu’il ne s’agit pas simplement de prendre en compte la spécificité raciale ou ethnique de l’oppression comme une variable de plus à côté de l’oppression sexuelle et de genre, mais plutôt d’analyser les espaces de superposition entre genre, sexe et race (la sexualisation de la race et la racialisation du sexe) comme des processus constitutifs de la modernité sexocoloniale. La race, la classe, le sexe, le genre, la nationalité... n’existent que comme faisant partie d’un réseau complexe de relations mutuelles. Il ne s’agit pas d’additionner politique homosexuelle, politique du genre, politique antiraciste... Il s’agit d’inventer des « politiques relationnelles » (Avtar Brah, 1996), de créer des « stratégies d’intersectionnalité politique » (Kimberly Crenshaw, 1996) qui défient les espaces de « croisement des oppressions », - d’interlocking opressions (Bell Hooks, 2000).

Queeriser le feminisme : « Nous » des femmes ?

 
Beatriz Préciado parle de dés-identification au sujet (femme par exemple) et préfère les notions « d’identités stratégiques ». La politique des multitudes queer émerge donc d’une position critique par rapport aux effets normalisant et disciplinaires de toute formation identitaire : il n’y a pas de base naturelle (« femme », « gay », etc. ) qui puisse légitimer l’action politique. Surgissent des gouines qui ne sont pas des femmes, des pédés qui ne sont pas des hommes, des trannies (trans, trav’) qui ne sont ni homme ni femme. Beatriz Preciado continue : « À cet égard, si Wittig a été réinvestie par les multitudes queer, c’est précisément parce que sa déclaration selon laquelle “ Les lesbiennes ne sont pas de femmes. ” est une ressource permettant de contrer, par la dés-identification, l’exclusion de l’identité lesbienne comme condition de possibilité de la formation du sujet politique du féminisme moderne. » [10]


De plus, ce qui est en jeu pour Beatriz Preciado, ce sont les détournements des technologies du corps. Selon elle, les corps de la multitude queer sont aussi des réappropriations et des détournements des discours de la médecine anatomique et de la pornographie, entre autres, qui ont construit le corps straight (hétéronormé) et le corps déviant modernes. La multitude queer n’a que faire du « troisième sexe » ou d’un « au-delà des genres ». Elle se fait dans l’appropriation des disciplines de savoirs/pouvoirs sur les sexes, dans la réarticulation et le détournement des technologies sexopolitiques précises de productions des corps « normaux » et « déviants ». Beatriz explique que, par opposition aux politiques « féministes » ou « homosexuelles », la politique de la multitude queer ne repose pas sur une identité naturelle (homme/femme), ni sur une définition par les pratiques (hétérosexuelles/homosexuelles) mais sur une multiplicité des corps qui s’élèvent contre les régimes qui les construisent comme « normaux » ou « anormaux ». Le sissy boy (le garçon efféminé), le drag king, la drag queen, la femme butch (femme masculine), les corps transgenres, les intersexes, ces « ratés » exemplaires, relèvent de la performativité queer et montre bien la pseudo-naturalité du système sexe/genre.


Pour finir, on ne peut oublier d’évoquer l’appel de Marie-Hélène Bourcier à queeriser le féminisme dans son livre Queer zones 2. En effet, elle considère dommage que la notion de « discrimination de genre » ne se réfère qu’aux femmes en excluant d’autres types de discrimination de genre (par exemples, les discriminations que subissent les transgenres, transsexuelles...). Marie-Hélène Bourcier va justement tenter de démontrer l’exclusion des autres genres qu’entraîne une vision restrictive, dualiste et que sédimentent justement des formulations comme « l’oppression des femmes » ou bien « domination masculine ». Voilà encore de quoi débattre ! Pour Marie-Hélène Bourcier, toujours, la localisation de la domination chez les hommes a pour contrepartie de renaturaliser la femme.


Ainsi, le post-féminisme queer peut servir à souligner les méfaits d’une approche hétérocentrée voire eurocentrée et totalisante de la « domination ». Cette approche est souvent renaturalisante et renvoie une vision binaire des genres (ce qui entraîne l’exclusion des lesbiennes masculines, des butchs et des questions de racisme et classe).


Voilà en tout cas des débats qui ne manqueront pas de nous intéresser pour les temps à venir. Je ne peux que renvoyer encore une fois à la rencontre entre les Furieuses Fallopes (groupe de femmes et de lesbiennnes non mixte) et le collectif Existrans’ (marche des trans’) qui est particulièrement intéressante en matière de politique de coalition.

Puck



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[1] Ne ratez pas à ce sujet le documentaire Paris is Burning de Jennie Livingston (1990).

[2] Le Monde, « Judith Butler, philosophe d’un autre genre »,[[1er septembre 2004.

[3] Marie-Hélène Bourcier, Queer zone 1.

[4] Femme vers homme.

[5] Homme vers femme.

[6] Activiste queer et sociologue, Marie-Hélène Bourcier enseigne à l’université de Lille III et de Paris VIII. Elle est l’auteur de Queer Zones, politiques des identités sexuelles, des représentations et des savoirs et a traduit le Manifeste Contra-Sexuel de Beatriz Preciado. Elle a fondé l’association queer Le Zoo dont le but est de développer des réflexions et des contre-discours sur les sexualités et les genres. Le Zoo a publié Q comme Queer pour la première fois en 1999 dont il y a eu une réédition cette année.

[7] Bourcier, Marie-Helene. « Post-gay, la politique queer débarque ! », publié dans le supplément « spécial queer » des Lettres françaises dans l’Huma.

[8] Née en Espagne, cette philosophe vit entre les États-Unis et la France. Membre du groupe Le Zoo à Paris et prof à l’université Paris VIII, elle travaille sur la théorie de l’architecture à l’université de Princeton. Auteur du Manifeste contra-sexuel, elle dirige le projet de recherche et production artistiques « Technologies du genre » au MACBA (Musée d’Art Contemporain de Barcelone). Elle est aussi membre du comité de rédaction de la revue Multitudes.

[9] Preciado, Beatriz, « Multitudes queer : pour une politique des anormaux », Multitudes, mis en ligne en mars 2003.

[10] Op. cit

Source : http://nopasaran.samizdat.net/article.php3?id_article=1177

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8 octobre 2006 7 08 /10 /octobre /2006 11:28

 Queer


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Queer est, à la base, un mot anglais signifiant « étrange », « peu commun », mais c'est surtout une insulte à l'égard des individus gays lesbiennes, trans… Par ironie, et provocation, il fut récupéré, et revendiqué, par des militants et intellectuels homosexuels, transsexuels, transgenres, bissexuels, adeptes du BDSM, fétichistes, travestis et transgenres à partir des années 1980.

En France, si le terme queer est notamment connu du fait de séries télévisées faisant passer les gays pour des gens branchés, il n'en reste pas moins qu'il sert avant tout de point de ralliement pour ceux qui - hétérosexuels compris - ne se reconnaissent pas dans l'hétérosexisme de la société, et cherchent à redéfinir les questions de genre (Gender Studies).

Origine

Les origines du mouvement queer sont multiples, mais sont plus faciles à citer que les causalités de la théorie queer. Le mouvement gay et lesbien, semblant peut-être plus proche des queers, n'a fourni ni les antécédents théoriques ni le modèle d'un engagement politique. Il est possible de dire que le mouvement queer vient de la théorie queer, et celle-ci est l'héritière du féminisme.

En 1969, dans un bar appelé Stonewall à New York, des émeutes ont été la réponse de la clientèle des gays et lesbiennes à leur arrestation par la police. La cause de cette arrestation manquée était une loi qui interdisait le port des vêtements masculins par une personne du sexe féminin ou des vêtements féminins par une personne masculine. Ces émeutes, dont l'anniversaire se célèbre annuellement sous le nom de Gay Pride, marque la naissance du mouvement gay et lesbien.

Un des buts prioritaires de ce nouveau mouvement concernait la suppression de l'homosexualité en tant que maladie du Manuel Diagnostic et Statistique des troubles mentaux (DSM), qui fournit la nosologie définitive de l'Association américaine de psychiatrie (APA). La question du statut médical dominait l'identité homosexuelle depuis le XIXe siècle, et a été l'élément décisif dans la conception de l'homosexualité en tant que catégorie. Cependant la honte de l'homosexualité travaillait toujours à l'intérieur de cette identité. Avec l'élimination de la classification officielle de perversion par l'APA, le « outing » est devenu l'un des traits prépondérants de la nouvelle homosexualité. La pratique de faire un coming out constitue une revendication identitaire, que d'autres mouvements basés sur l'identité ne partagent pas.

Contrairement au féminisme ou aux mouvements des groupes raciaux et ethniques, l'homosexualité se base sur une pratique et a peu de caractéristiques qui sont marquées visiblement sur le corps. Avec la prédominance du coming out et donc la présence reconnaissable des homosexuels, l'homosexualité est devenue une identité basée autant (voire plus) sur la discursivité et le comportement que sur la pratique des actes homosexuels.

Une autre différence entre ces mouvements et le mouvement LGBT est qu'il n'a pas eu de précédent au XIXe siècle. Il était donc nécessaire pour les militants gays et lesbiennes de choisir un modèle pour leur nouveau mouvement, et le succès récent des militants noirs a été très convaincant.

Même si les queers sont en général plus proches des gays et lesbiennes que des féministes, les racines idéologiques de la théorie queer se trouvent bien dans le féminisme américain des années 1980. Avant cette date, le féminisme, comme d'autres mouvements semblables, espérait que le progrès social viendrait par un changement de législation. Les arguments pour le passage de législations progressistes ont perpétuellement fait la comparaison entre le groupe minoritaire en question et le citoyen universel, c'est-à-dire l'homme riche et blanc. Quelle que soit la raison, plusieurs mouvements ont commencé après les années 1970 à contester cette image du citoyen universel, et à valoriser leur propre agency (ce mot résiste à une traduction facile et s'emploie souvent en théorie queer. Plus souvent il reste non-traduit, ou se traduit par « la capacité ou la possibilité d'agir » en tant que sujet). Cette tendance (notablement postmoderniste) a provoqué une rupture plus grande encore entre l'homme et la femme, et a essentialisé ce qui constituait le féminin. Cette tendance se montre surtout dans The Feminine Mystique de Betty Friedan, chef de l'Organisation nationale des femmes (NOW), qui a été d'ailleurs critiqué parce qu'il ignorait toute la population des femmes qui n'étaient pas blanches ou d'une classe sociale aisée.

Cette vague de féminisme se situait donc dans la notion de la différence : soit la différence entre les hommes et les femmes, soit la conceptualisation du sujet et de l'objet de plusieurs phénomènes sociaux (le discours, l'art, le mariage, ...). Pourtant ce mouvement radical de la deuxième vague du féminisme a été troublé par deux phénomènes idéologiques, et tous les deux s'articulaient aux questions de sexualité et de genre.

Le premier concernait les « Sex Wars, » qui divisaient les théoriciennes et militantes féministes sur le rôle de la pornographie dans l'oppression des femmes.

L'autre fêlure, la « Lavender Menace », concernait la présence de lesbiennes dans les rangs de féministes. Comme les ennemis du féminisme utilisaient (et utilisent encore) souvent le « lesbian baiting » (le harcèlement (homophobique) des féministes, qui essayait de réduire ce qu'elles disaient en les accusant d'être des lesbiennes) contre les arguments féministes, une grand partie de militantes montraient leur propre homophobie en hésitant à avouer que quelques-unes parmi elles étaient bien des lesbiennes. Les lesbiennes de la « Lavender Menace » constataient qu'elles étaient plus féministes grâce à leur distance des hommes, tandis que les féministes hétérosexuelles récusaient cet argument, disant que les rôles butch et femme des lesbiennes ne font que singer le mariage hétérosexuel.

L'homophobie prévalente de la deuxième vague, sa concentration sur les pratiques sexuelles, et surtout la division qu'elle engendrait, ont fait naître la théorie queer au début des années 1990.

La théorie queer

Considérant le genre comme un construit et non comme un fait naturel, la théorie queer est avant tout une possibilité de repenser les identités en dehors des cadres normatifs d'une société envisageant la sexuation comme constitutive d'un clivage binaire entre les humains, ce clivage étant basé sur l'idée de la complémentarité dans la différence et censé s'actualiser principalement par le couple hétérosexuel.

La théorie queer, avec son intérêt pour les implications de sexualité et genre, reste surtout une exploration de ces implications en termes d'identité. La nature provisoire de l'identité queer implique beaucoup de discussion (au niveau théorétique autant qu'au niveau social) sur la façon de définir l'adjectif « queer. »

La théoricienne queer Eve Kosofsky Sedgwick a exploré cette difficulté de définition, remarquant que même si le terme change beaucoup de signification selon qu'il s'applique à soi ou à un autre,

« « Queer » has the virtue of offering, in the context of academic inquiry into gender identity and sexual identity, a relatively novel term that connotes etymologically a crossing of boundaries but that refers to nothing in particular, thus leaving the question of its denotations open to contest and revision. » (Extrait de son livre Epistemology of the Closet, aussi résumé dans le texte de Turner A Genealogy of Queer Theory, p.35.)
Grâce à sa nature éphémère, l'identité queer, malgré son insistance sur la sexualité et le genre, semblerait s'appliquer à presque tout le monde : qui ne s'est jamais senti inadéquat face aux restrictions de l'hétérosexualité et de rôles de genre ? Si une femme s'intéresse aux sports, ou un homme au ménage, sont-ils donc queer ? Pour cette raison, la plupart de théoriciens queer insiste sur l'auto-désignation de l'identité queer.

Avec le genre, la sexualité compose un des thèmes principaux de la théorie queer, et comprend de la recherche sur la prostitution, la pornographie, le non-dit de la sexualité entre autres. Le terme queer, quand il est appliqué aux pratiques sexuelles, offre beaucoup plus d'innovation que d'autres termes comme « lesbienne » et « gay. » Lorsqu'un interlocuteur se désigne comme « queer, » il est impossible de déduire son genre. Teresa de Lauretis, qui a été la première à employer le terme queer afin de décrire son projet théorique, espérait qu'il aurait des applications pareilles pour le rapport entre la sexualité et la race, la classe et d'autres catégories que le genre. Pourtant en dehors de l'université, quand le terme queer réfère à la sexualité, il est plus souvent un synonyme pour « gay et lesbienne, » parfois « gay, lesbienne et bi, » et moins souvent « gay, lesbienne, bi et trans. » L'exclusion commune des trans de cet usage populaire peut être du au fait qu'un trans exprime des rapports déviants avec le genre et la sexualité. Beaucoup de trans, s'inspirant de la théorie queer aux niveaux sexuel et genré, préfère à se distinguer des trans traditionnels (les FtM et MtF qui affirment le binarisme du genre en changeant de sexe sans revendication) par l'usage des termes « gender queer » et « FtN ou MtN » (femelle-à-neutre ou mâle-à-neutre).

Les enquêtes queer sur le genre cernent surtout les instances déviantes du genre (les transgenres, les gender-queers, et les travesties) ainsi que la séparation de genre et de sexe biologique. S'appuyant sur l'idée de la féministe Simone de Beauvoir qu'on « ne naît pas femme, on le devient », Judith Butler a été la première théoricienne queer à aborder cette séparation de sexe et de genre. La biologiste Anne Fausto-Sterling constate que la peur de la confusion de genres a poussé la science et la médecine à chercher des critères irréfutables de sexe anatomique et du genre psychologique. Son travail interroge les interventions médicales qui peuvent guérir la dysphorie du genre et l'hermaphroditisme.

À part de la sexualité et le genre, la théorie queer s'intéresse beaucoup à la parenté et aux revendications identitaires en général. La théoricienne queer Judith Butler a fait une exploration de la parenté dans son livre Antigone's Claim et de la question d'identité dans The Psychic Life of Power, où elle s'est donnée la tâche d'expliquer pourquoi on insiste sur une revendication identitaire qui peut mettre quelqu'un en danger (en suscitant une violence physique ou psychique). Presque tout le travail qui se proclame queer partage une résistance théorique à l'essentialisme et aux prétentions totalisantes, ce qui rend la théorie queer et le terme queer si difficiles à décrire.


Fêlures en théorie queer : L'université et l'anti-université


La pratique et l'engagement politique joue un rôle beaucoup plus important dans le travail qui se produit hors de l'université. Au contraire des théories féministes, la théorie queer à l'université s'intéresse moins au militantisme, d'où vient la rupture récente de la théorie queer. La production des textes queers non-universitaires est prodige. Les zines (qui sont de petits textes publiés par un particulier, typiquement avec un photocopieur, qui précèdent le blog, même si les zines existent toujours, ils sont à présent moins courant que les blogs) et les blogs sont notables parmi les textes qui sont le résultat d'un mouvement qui privilégie tant l'auto-identification et l'importance de raconter son histoire soi-même. Les blogs ont visiblement amélioré l'accès d'une audience trans aux informations (et images) précises de ce qu'on peut attendre d'une transition chirurgicale. Les textes les plus influents sur la population queer depuis les années 1990, cependant, sont ceux qui proviennent du milieu queer populaire.

Dans Queer Theory, Gender Theory, Riki Wilchins, une trans, élabore une réfutation catégorique de la théorie universitaire à propos des queers, constatant que la théorie s'inspire toujours de la façon « bottom-up, » et que les universitaires qui font la théorie queer l'ont volée aux queers populaires. Cette opinion s'entend de plus en plus parmi les queers, qui sentent que les universitaires parlent d'eux sans qu'ils puissent comprendre ce qui est dit. Il est possible que cette séparation très récente entre la théorie queer universitaire et la théorie queer populaire puisse être due au langage châtié des queers universitaires, notamment de Butler (qui a gagné des prix pour son écriture incompréhensible). De même, les universitaires qui font la théorie queer se sont probablement servis d'un tel langage à cause de leur statut ‘inférieur' à l'intérieur du monde universitaire.

L'autobiographie Stone Butch Blues, de Leslie Feinberg, a été peut-être les premières mémoires d'un trans à paraître. Ce texte influent n'est pas non plus le récit d'un simple mouvement d'une personne d'un genre à un autre ; Feinberg y montre toute une ambivalence vers les identités masculines et féminines, et habite toujours la liminalité du genre et de la représentation. Dans Trans Warriors, Feinberg examine les perceptions corporelles qu'on utilise pour déterminer le genre d'une personne, y compris le statut des vêtements et les structures sociales qui ont historiquement été ouvertes ou fermées à la variance de genre.

En langage très clair et efficace, Kate Bornstein utilisent un cahier d'exercices (My Gender Workbook) pour aider le lecteur à déconstruire systématiquement ses notions de rôles masculin et féminin. C'était Bornstein qui a été la première transsexuelle à proposer d'établir une catégorie de trans qui revendiquent l'identité queer ou trans au lieu de celle du sexe adopté.

Patrick Califia-Rice (qui a également publié sous le nom Pat Califia), est un écrivain et psychiatre. Il a publié des textes divers, y compris des romans pornographiques, de science-fiction et une histoire des transgenres. Califia défend la pornographie et la science-fiction, des genres souvent critiqués, à son avis, à cause des possibilités qu'ils offrent en tant que des lieux de résistance à la normativité sexuelle et genrée. Son travail Sex Changes traite l'histoire des transgenres à travers les domaines de biologie, psychanalyse, sociologie et dans la politique. 

L'avenir de la théorie queer

Avec la critique de la théorie de la performance proposée par Butler dans Gender Trouble, et la mort lente des troupes burlesques, des drag queens et drag kings, beaucoup de théoriciens queers sont actuellement à la recherche de nouvelles analyses de la résistance queer. L'essentiel de ce travail se produit dans les cadres de la littérature, la psychanalyse et la linguistique, mais également dans les domaines de la biologie et des sciences sociales (même si en raison de la rupture universitaire-populaire, il y a aujourd'hui davantage de résistances envers les chercheurs en sciences sociales).

Lee Edelman et d'autres mettent en rapport la théorie queer et la psychanalyse en examinant les notions lacaniennes de construction identitaire à travers l'acquisition du langage et le stade du miroir ; selon eux, la conscience de soi relève bien plus de la culture et du langage que de la biologie. Dans son texte No Future, Edelman s'appuie également sur le concept foucaldien du Biopouvoir en examinant la résistance des queers aux systèmes sociaux de reproduction (le mariage, la production des enfants). Anna Livia a fait paraître un travail linguistique (Pronoun Envy) sur l'usage 'queer' du genre grammatical en littérature française.

Après une décennie d'élaboration d'une théorie, une identité queer commence à se solidifier. Il existe cependant des désaccords entre les théoriciens privilégiant l'étude du genre et ceux s'intéressant plus spécifiquement à la sexualité, et entre les universitaires et anti-universitaires. Enfin, une autre fêlure est apparue entre les communautés queer et des féministes dits "de la deuxième vague". Avec ses ruptures multiples, la deuxième vague du féminisme a toujours ses fidèles, quoique certains se revendiquent d'une "troisième vague" de féminisme tandis que d'autres affirment que la théorie queer a provoqué un post-féminisme.

Source : http://fr.wikipedia.org

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Published by Misfit - dans Théorie Queer
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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 01:00

Dans l’attente de son corps
bien doucement
près du mien posé
dans l’axe de l’abandon
s’allonge et glisse ma main
entre elle.
 

 




Poème de Germaine Beaulieu, Extrait de Réelle distante, Ecrits des Forges, 1991.

Photographie : Jean Valette

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4 octobre 2006 3 04 /10 /octobre /2006 01:00

Tout ce bleu




Gauches, la main et la marge, toujours étonnamment gauche, l’espoir, parmi les vérités du jour, quand le désir se rapproche de la toile : voir, imaginer, mordre, aimer, mourir. Or, tu les entends qui remuent, ces vérités offertes, désarmées par les effets du désir, vents larges et profonds entre ciel et œil, dans cette chambre sans mur où se croisent de lents visages. Tu les observes comme un avant, comme un après, confondus en une seule mémoire future que tu inventes, qui dépayse et allège toute fin.

De temps en temps, la réalité se déplie devant toi, va n’importe où, dans toutes les directions, jusqu’au bout des gris et des rouges appuyés les uns contre les autres, petites nostalgies de la langue, en carrés, en rectangles, qui tournoient, portées par un souffle dont l’ocre, à l’improviste, rapproche la terre et les anges ; dissonante, la réalité, jusqu’à la périphérie de la confidence ou du vide pendant que la nuit monte très haut. Il faudra sans doute que, patiemment, tu continues à regarder «passer le ciel».

«On a parfois des images», dis-tu, et on les plante dans un coin du jardin, on rêve d’arbres et d’heures immédiatement accessibles, sans souffrance, imperméables au souvenir, on joue et, c’est la surprise, on les entend qui poussent, nuit après nuit. Frivoles, les arbres et les heures, «quelque temps plus tard», au loin, toujours plus à gauche, mêlés à des récits de voyages où les vocables, dans l’attente d’une joie, s’emportent, récitent autrement colère et consolation, absence et désir, ruse et lumière.

Soudain un appel, un sursaut, une réponse, et la transcription de leurs échos multiples fait tache à l’endos des cartes postales. Tu le sais, c’est chaque fois le même stratagème : les cris du monde survolent l’océan avant de t’atteindre, assise ou debout parmi des flots de pigments, tes doigts agrippés à la tasse de café, tes yeux soutenant l’insolence des mots, tes yeux plus avides qu’hier devant cette avalanche de vie. «Moi aussi de loin», t’ai-je répondu, j’essaie de freiner l’accélération du désordre.

Comme toi, je le cherche, ce «bleu rangé quelque part», égaré entre deux ou trois événements d’hier et l’indomptable aujourd’hui, oui, je le cherche dans l’oblique du tableau où, avec le temps, il se sera forcément mêlé aux mille et une inquiétudes en attente au fond de ton œil, en attente dans l’oblique du paysage. De plus en plus indigo, de plus en plus nuit, le bleu, avant qu’il s’ouvre tout grand, et coule au-delà des coins et des bords, bien au-delà des paupières. Comme une mer de novembre.

J’écris comme tu dis que tu peins, en répétant, en bafouillant, avec cette main gauche qui s’obstine à raconter des bribes d’histoires venues de loin, de très loin, longtemps clandestines, enfouies sous tant de rumeurs, de renoncements ; avec cette main qui marque et rature toute surface polie ; avec cette main qui vrille la terre, villes et cimetières, jusqu’à ce qu’une hirondelle en jaillisse. Car ce qu’il y a de secret et de mouvant au creux de cette paume gauche s’appelle encore l’espoir.





Texte de Denise Desautels

Photographie : Le Fredus

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3 octobre 2006 2 03 /10 /octobre /2006 01:00

ce soir.
ma voix frileuse chante le sommeil.
sur le grain levé de paroles chuchotées,
les courbes de soie flânent l'air humide.

ce soir,
je joue dans mes ombres en les maquillant.
quelques notes d'eau composent la lumière de mes cils,
la vague brise mes draps.

ce soir,
sur mon bateau de plumes, je vole les mots tendres,
j'embrasse ma nuit à marée haute,
voiles et volages boucles noires.

ce soir,
je berce ma peau.

 





Poème de Louve

Photographie : auteur(e) inconnu(e)

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2 octobre 2006 1 02 /10 /octobre /2006 01:19

Tu avances une main fragile
vers le poème. Tu ne sais
où te mène le vide inconsolé
qui demeure en toi. Ce visage
bercé comme une enfant morte.

Sans nier que tu ne sais
où tu vas, tu peux
maintenant aller quelque part.
Marcher. Te saisir de l'ombre
qui délivre tes pas.



Poème d'Hélène Dorion

Photographie : Bogdan Jarocki

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