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9 septembre 2004 4 09 /09 /septembre /2004 00:00

Violence. Insécurité : les femmes sont les premières victimes

Les agressions que subissent les femmes dans l'espace public restent un tabou. Ces actes se sont multipliés ces derniers mois, comme en témoignent les nombreuses plaintes déposées en région parisienne. Des associations tirent le signal d'alarme.

Insultes, regards lourds de sous-entendus, main baladeuse dans les transports en commun, harcèlement par un exhibitionniste, agressions physiques... En France, au moins une femme sur cinq a subi un « acte de violence dans l'espace public. Malheureusement, la prise en compte de ces actes reste problématique.
En France, on a du retard dans ce domaine », relève Maryse Jaspard, sociologue-démographe responsable de l'Enquête nationale sur les violences faites aux femmes en France (Enveff). Publiée en 2001*, cette étude reste plus que jamais d'actualité. Cette violence ne cesse de s'accroître, comme en témoigne l'enquête du « Parisien ». Il n'existe en effet aucune statistique officielle. Les crimes et délits recensés par le ministère de l'Intérieur ne distinguent pas le sexe de la victime. Il est donc impossible, par exemple, de savoir combien de femmes ont subi un vol avec violence. Quant aux autres atteintes, comme les insultes sexistes ou le fait d'être suivie par un homme dans la rue, elles échappent à tout recensement. D'où un profond malaise face à un phénomène bien réel. « On ignore presque tout des violences vécues par l'ensemble des femmes », déplore une militante des Droits de la femme. L'enquête Enveff a le mérite de s'intéresser à ces violences dans l'espace public, c'est-à-dire en dehors du cadre conjugal, familial et du monde du travail.

Les Franciliennes sont les plus exposées


Quelles sont-elles ? D'après l'enquête, sur une période d'un an, les femmes ont confié avoir été victimes d'insultes (13,2 %), suivies dans leurs déplacements (5,2 %), d'avoir subi la vue d'exhibitionnistes ou été importunées sexuellement (4,8 %). Les agressions physiques et sexuelles sont citées plus rarement. « Nous avons malgré tout connaissance d'un nombre élevé d'agressions sexuelles commises sur la voie publique à Paris », relève un magistrat. Autre constat, les jeunes femmes (moins de 25 ans) sont de loin les premières victimes dans l'espace public. Le plus souvent, elles sont agressées par des inconnus du sexe opposé. Enfin, l'insécurité varie selon l'environnement géographique. 8,3 % des femmes ont été la cible d'insultes dans les communes rurales, contre 22 % en Ile-de-France. Les Franciliennes apparaissent particulièrement exposées. 20 % d'entre elles sont touchées par les insultes, contre 13 % des femmes en France. Ces violences du quotidien dans l'espace public, Ernestine Ronai, responsable de l'Observatoire des violences faites aux femmes, implanté en Seine-Saint-Denis, les baptise, pour les plus courantes, « les incivilités du sexisme ». « Nombre de jeunes filles, de tous les milieux sociaux, s'en plaignent ouvertement. Ce qui les choque le plus, c'est la passivité des adultes », constate-t-elle. L'observatoire lancera prochainement une enquête sur ce phénomène auprès de 2 000 adolescentes âgées de 15 à 20 ans et scolarisées dans les établissements du département.

*Commandée et financée par le secrétariat d'Etat aux Droits des femmes, cette enquête nationale a été réalisée auprès de 6 970 femmes âgées de 20 à 59 ans.
Geoffroy Tomasovitch et Pascale Egré

Source : http://www.leparisien.fr/home/info/faitjour/article.htm?articleid=241132051
Mis en ligne le 09/09/04

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Published by Misfit - dans Féminisme
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8 septembre 2004 3 08 /09 /septembre /2004 17:00

Samira Bellil, l'auteure de "Dans l'enfer des tournantes", est morte

 



Malek Boutih, secrétaire national du PS chargé des questions de société, a rappelé que la marraine de Ni putes, ni soumises avait été "la première à dénoncer les tournantes, dont elle avait été elle-même victime".
Samira Bellil, l'auteur du livre Dans l'enfer des tournantes, est décédée à l'âge de 31 ans "au terme d'une douloureuse maladie", a annoncé mardi 7 septembre dans un communiqué Olivier Rubinstein, directeur général des éditions Denoël. Paru à l'automne 2002, cet ouvrage était "un témoignage capital et courageux sur un fait de société trop souvent occulté", a-t-il rappelé.

Dans ce récit, ni larmoyant ni apitoyé, l'auteur raconte les viols collectifs qu'elle a subis à 13 ans dans sa cité de banlieue, mais aussi sa vie faite de violence dès l'enfance, les coups donnés par son père, la faiblesse de sa mère, la drogue, les "embrouilles" avec les autres filles de la cité qu'elle prend parfois pour des alliées. Elle dit aussi sa rancœur contre la justice des pauvres.

Mais elle est décidée à ne pas laisser les choses en l'état et décide de porter plainte, une décision qui va lui coûter cher. Les agresseurs en prison, à la cité, on ne lui pardonne pas : sa mère met du temps à la comprendre, son père ne l'accepte jamais en "violée". Pour couronner le tout, son avocate, commise d'office, oublie de la prévenir de la date du procès, où elle ne peut donc pas témoigner. Heureusement, un avocat finira par être touché par son histoire et lui obtiendra une indemnisation.

Samira Bellil était devenue éducatrice en Seine Saint-Denis, et son témoignage avait servi à terminer sa thérapie. "Je voudrais faire un livre pour que tout cela ne me soit pas arrivé pour rien. Je voudrais dire à celles qui ont subi ce que j'ai subi qu'il y a toujours un espoir de s'en sortir", écrivait-elle.

"UN EXEMPLE À SUIVRE"

Le mouvement Ni putes ni soumises a rendu hommage dans un communiqué à la "combativité sans faille en se battant contre l'infamie du machisme barbare et la violence" de cette "marraine et militante" de l'association. Selon ses membres, la "présence fidèle et l'investissement" de Mme Bellil aux côtés de Ni putes ni soumises ont été "déterminants", et "sa force a permis à de nombreuses filles de résister pour gagner leur émancipation".

Malek Boutih, secrétaire national du PS chargé des questions de société, a déclaré, pour sa part, que "la disparition brutale de Samira Bellil est un coup dur pour tous ceux qui admiraient son courage à dénoncer les conditions des filles des cités". Et d'ajouter : "Il nous reste aujourd'hui son courage comme exemple pour continuer son combat pour l'émancipation des filles de banlieues."

Côté gouvernement, la secrétaire d'Etat aux droits des victimes, Nicole Guedj, a salué "le courage" et "la force" de Mme Bellil, qui "(l')accompagneront dans (sa) volonté de combattre les humiliations subies par les femmes victimes de violences sexuelles".

Nicole Ameline, Jean-Louis Borloo et Catherine Vautrin ont également rendu hommage au "courage" de la jeune femme. "Son livre est un acte fort, un témoignage bouleversant qui brise la loi du silence pour combattre les stéréotypes, la soumission, la culpabilité et libérer la parole des femmes victimes de ces atrocités", a écrit la ministre de la parité et de l'égalité professionnelle, Nicole Ameline, qui avait "beaucoup d'amitié" pour Mme Bellil. "Elle incarnait la volonté et l'espoir de réussir en quittant la vie qu'elle subissait dans sa cité", a-t-elle poursuivi. Et de conclure : "Le respect de la personne humaine et de ses droits fondamentaux est au cœur de notre combat, c'était celui de Samira Bellil. Elle a servi admirablement cette cause juste et universelle."

Le ministre de la cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, et la secrétaire d'Etat à l'intégration et à l'égalité des chances, Catherine Vautrin, "tiennent à rendre hommage à son courage et à son engagement". "Très attristés, ils tiennent à apporter leur soutien à ceux qui ont su l'accompagner, l'épauler dans son combat et présentent leurs condoléances à ses proches", ont-ils ajouté.

Enfin, la première adjointe au maire de Paris, Anne Hidalgo, chargée de l'égalité entre les hommes et les femmes, s'est déclarée "bouleversée" par le décès de la jeune femme. "Samira Bellil a contribué à briser la loi du silence dans les cités", a souligné Mme Hidalgo. "Après sa disparition, il faut continuer à soutenir toutes les initiatives pour prévenir et réprimer les violences, et favoriser l'égalité et le respect entre les femmes et les hommes, a-t-elle ajouté. Le combat de Samira Bellil a marqué le début d'une révolte qui ne doit pas s'éteindre."

Avec AFP

Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3382,36-378217,0.html
Mis en ligne le 08/09/04

Dans l'enfer des tournantes
de Samira Bellil


Langue : Français Éditeur : Editions Gallimard (20 mai 2003)
Collection : Folio documents
Format : Poche - 307 pages
ISBN : 2070429903
Dimensions (en cm) : 11 x 1 x 18
Autres éditions : Broché

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Chroniques et points de vue

Amazon.fr :

"Pour sortir de mon malheur, il m'a fallu des années d'effort et beaucoup de souffrance". À 29 ans, Samira Bellil reconsidère son passé et se raconte tout entière dans ce récit autobiographique fort et émouvant. Dans l'enfer des tournantes est, comme le dit Samira, "la triste histoire d'une minette de banlieue". À 13 ans, Samira a été violée et battue à plusieurs reprises dans une cité de la banlieue parisienne. Sous le joug d'un caïd local, elle a eu peur, des années durant, de témoigner. Peur des conséquences, peur de la répression, peur du qu'en-dira-t-on. Sans fausse pudeur et sans rien cacher de ce qu'elle a subi et qu'elle nomme "la loi des cités", Samira Bellil confesse le souvenir des violences qu'elle a subies et la perte progressive des repères que cela a entraîné dans son comportement. De la "fille fleur bleue" qu'elle était, elle a été vite considérée comme une "fille facile", puis une "fille à cave". Vite marginalisée, Samira raconte comment elle a été rejetée par sa famille et même par certaines de ses amies. Placée en centre, elle est devenue fugueuse et très vite a tourné autour de la petite délinquance, livrée à la rue et à ses tentations.
Ce témoignage très cru et très brut dans sa forme résonne de vibrants accents sincères. Il dénonce vigoureusement la violence des milieux machistes chez certains jeunes garçons de banlieue. Il témoigne aussi et surtout de la rage de cette femme pour renaître au monde après tant d'humiliations et d'oubli de soi. "Grâce au livre, je pense avoir retrouvé une forme de dignité", affirme l'auteur. Cette confession, aussi douloureuse soit-elle, en valait donc la peine puisqu'elle nous livre au final une vraie leçon de courage.
Denis Gombert

Quatrième de couverture :

Samira Bellil est une rescapée. Adolescente, elle a été victime de plusieurs viols collectifs que l'on nomme aujourd'hui des « tournantes ». Rongée par la culpabilité et le dégoût, détruite par l'ostracisme de sa famille et les rumeurs dans son quartier, elle se réfugie dans la drogue et l'alcool. Sa fausse gaieté cache difficilement une plaie à vif. Les coups, les insultes, les cris, la violence gratuite deviennent son mode d'expression. Peu à peu, elle détruit sa jeunesse en renvoyant à la société les violences qu'elle a subies. Son témoignage coup de poing dévoile la violence sexuelle qui s'est instituée et banalisée dans des cités et des banlieues où tout se réduit à des rapports de forces et de domination. Dans un tel environnement, la torture que subissent les filles est non seulement physique mais également morale : réputation brisée, honte et humiliation sont leur lot quotidien. Revenue de cet enfer, Samira a réussi un rétablissement exemplaire. Ce livre, qui intervient au terme d'une longue thérapie, est pour elle le moyen de laisser une trace de son histoire et de venir en aide à ses « frangines », victimes, comme elle, du pire des crimes. C'est aussi une formidable preuve de courage : rares sont les mineures violées à porter plainte et à pouvoir affronter le regard d'autrui. Pour briser la loi du silence.

Pour commander le livre, cliquez ici.

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Published by Misfit - dans Féminisme
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