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Résister

 

Rose Ausländer :

Dans le rien

Découvrir un chant

La chambre m'abrite

Ne le sais

Quand je partirai

Tu es là encore

Anne Archet :

Convulsive

Union nucléaire

Nicole Barrière :

Femmes en parallèle

Marie Bataille :

Nuit

Le silence te creuse

Germaine Beaulieu :

Dans l'attente

Elle s'interroge

Il n'y a plus de sens

Rien du noir

Tu tiens bon le désir

Jannick Belleau :

Adios Amiga

Jovette-Alice Bernier :

C'est alors que l'on sait

J'abdique tout

Louky Bersianik :

La Splendeur

Le testament de la folle alliée

Le visage

Maladie d'amour

Huguette Bertrand :

Alpamayo

Blondes nuits ensoleillées

Enchevêtré aux impossibles

Je ne suis que le vent

J'ai cette gourmandise

Les visages du temps

Quand le cri du corps

Sous la caresse des mots

Sur la pointe des doigts

Sur l'écran brûlant...

Claudine Bohi :

L'humilité...

France Bonneau :

Si j'étais immigrante

Nicole Brossard :

Aujourd'hui je sais

Ma continent

Ne touchons pas...

Sa surface

Sous la langue

Françoise Bujold :

Quand la perdrix...

Mélanie Cantin :

Innocent amour

Diane Cardinal :

Je m'assois sur ton nombril

Je m'infiltre sous ta peau

Tu murmures

Patrizia Cavalli :

De moi...

Natalie Clifford Barney :

Etre libre

Anne Collignon :

Ils étaient cinq

Cristie Cyane :

Laisse-toi aller

On veut pas d'ça ici !

Polaroïd

Rainbow

Un baiser sur ses seins

Louise Cotnoir :

Il faudrait le poème

Le sexe marqué...

Maison à louer

Christine Davi :

Elle dit non

Lucie Delarue-Mardrus :

Baiser 

L'étreinte marine

Refus

Si tu viens

Denise Desautels :

Les chuchotements et la caresse 

L'espoir ?

Tout ce bleu

Une histoire de beauté

Chahdortt Djavann :

L'Iran d'aujourd'hui

Hélène Dorion :

Tu avances une main...

Tu viendras...

J'adviens...

Emily Dickinson :

Douter de Moi !

Elle s'éleva...

Il a Sanglé ma vie

Il s'exerce sur votre Ame

Pour Toi

Eve Ensler :

Le clitoris...

Mon vagin, mon village

Procès en sorcellerie

Rosanna Fiocchetto :

La fureur...

Jacqueline Francoeur :

Sérénité

Madeleine Gagnon :

Un monde androgyne

Cathy Garcia :

Oiseaux

Claire Gérard :

Sensualité

Benoîte Groult :

Elle voudrait

Patricia Guenot :

Abolir la spirale...

Avenir Féminin

Tes mains

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Anne Hébert :

L'envers du monde

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Nuit

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Désir obscur...

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Nudité

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Abnégation

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Bousculade

L'attente

L'impossible

Non ! mais...

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D'un clapotis de l'âme

Le tourbillon...

Tout se passera bien

Vermillonner d'aimer

Colette Nys-Mazure :

Aimée-Aimante

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Repli

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Homosexualité - Divers

Mercredi 20 octobre 2004

L'homophobie : La face cachée du masculin

Daniel WELZER-LANG

à Alain Vertadier


Introduction

Pourquoi parle-t-on de plus en plus de l'homophobie ? Et pourquoi -de mon point de vue- n'a-t-on pas fini d'en parler ? Comment la définir ? Pourquoi ne pas limiter l'homophobie à la discrimination envers les homosexuel-le-s ? En quoi l'homophobie nous concerne tous et toutes, tant ceux et celles qu'on appelle homosexuel-le-s que ceux et celles qu'on appelle hétérosexuel-le-s ? Quels sont les rapports entre l'homophobie et la sexualité ? L'homophobie et le féminisme ? Comment lire, à travers son analyse, la construction du masculin ? Pourquoi "oblige"-t-on les hommes à être homophobes ? Hors les effets de mode, quel est l'intérêt de ce thème ?

Voici quelques-unes des questions abordées dans ce texte.

Mais j'aimerais d'abord vous faire partager ma surprise. J'essaie de comprendre et de décrire les modes de vie masculins depuis de nombreuses années. D'abord au sein de groupes d'hommes, puis par le biais de la recherche universitaire, j'étudie comment nos sociétés "nous font homme". C'est ainsi que j'ai décliné de nombreux thèmes qui concernent les hommes : viols et violences, manières d'habiter, sexualité, prostitution_ En étudiant l'homophobie, je n'ai jamais eu autant l'impression d'approcher ce qui constitue l'essence même de nos différences entre hommes et femmes. Du moins de ces différences qu'on nous a "déposées dans la tête". Je suis maintenant persuadé que la compréhension des rapports entre hommes et femmes, des relations entre hommes et des relations entre femmes, passe inéluctablement par la compréhension de l'homophobie.

• •

L'état actuel de nos relations hommes/femmes paraît être, d'une façon ou d'une autre, le produit de nos représentations collectives, et de l'incidence qu'ont ces représentations sur :

- la pseudo nature supérieure des hommes qui renvoie au sexisme

- les frontières rigides entre les genres qui renvoient à ce que l'on appellera ici l'homophobie.

En d'autres termes, la domination exercée par les hommes sur les femmes reposerait sur deux grands types de représentations, celles qui tout à la fois organisent et le contrôle social des femmes et le contrôle social des hommes.

Dans de précédents ouvrages, j'ai tenté d'analyser les effets de cette pseudo "nature" supérieure que l'on rapporte aux hommes, à savoir les abus sexués ou sexuels et les violences domestiques (Welzer-Lang 1988, 1991, 1992b).

L'homophobie est une autre forme de violence.

On commence tout juste à l'identifier. Plus insidieuse, parce que moins révélée que les premières, elle apparaît ou se laisse entrevoir dès que l'on regarde certains groupes d'hommes.

Dans ce chapitre, je vais tenter d'expliquer les rapports qui existent entre l'homophobie et la construction sociale du masculin. Pour ce faire, après avoir abordé des questions liées à la définition ou plus exactement aux définitions de l'homophobie masculine, nous détaillerons les manières par lesquelles se construit le genre masculin. Comment, de façon paradoxale et à l'abri du regard des femmes, nos sociétés "façonnent" les hommes. Nous le verrons, nos civilisations dites évoluées ne sont, de ce point de vue, peut-être pas très différentes des sociétés dites exotiques qu'étudient certain-e-s ethnologues. Puis nous regarderons les rapports entre l'homophobie et l'homosexualité masculine. J'essaierai ensuite de formuler quelques hypothèses sur l'homophobie et les femmes. Enfin, après avoir discuté des relations entre homophobie et hétérosexisme, nous examinerons comment l'homophobie est aujourd'hui contestée par certains hommes, sous des formes et des fortunes diverses.

 

Une réalité difficile à définir

Qu'est-ce que l'homophobie ? La définition n'est pas simple. Le phénomène n'a pas été abordée souvent par les sciences sociales. On pourrait même supposer l'existence d'un interdit ou d'un tabou sur le thème, du moins de menaces tant implicites qu'explicites. Ainsi, quand nous avons, mon ami et collègue Pierre Dutey et moi, annoncé ce thème la réaction de plusieurs collègues fut des plus claire : "Attention, c'est mauvais pour la carrière !".

Dans l'état actuel de notre méconnaissance sur le sujet, l'homophobie est associée exclusivement à l'homosexualité. Le fait de vouloir l'étudier laisse supposer -c'est du moins ainsi que mes collègues de l'université l'entendaient- que l'on s'apprête à faire du prosélytisme sur la sexualité que vivent les hommes entre eux. Bien évidemment, là n'est pas mon propos. Chacun-e est libre -du moins devrait pouvoir l'être- de vivre les amours de son choix. La question de l'homophobie dépasse largement cette réaction initiale de sens commun.

Comment définir l'homophobie ?

La littérature scientifique de langue française est pauvre sur ce thème. Il en va tout autrement des écrits nord-américains. Après Churchill qui en 1967 utilise le terme d'homoérotophobie , on s'accorde généralement pour attribuer à Weinberg (1972) les premières définitions du terme. Pour lui, l'homophobie est la peur de l'homosexualité et la peur des contacts avec les homosexuels. Or, nous le verrons, l'homophobie ne peut se réduire à cela ; pourtant par la suite, la plupart des auteur-e-s ont accepté cette définition sans la questionner.

Un premier détour par l'étymologie, cette science qui s'intéresse à la filiation des mots, contribue à brouiller les visions du phénomène. Avec Pierre Dutey, dont on lira dans ce même ouvrage les méandres des recherches lexicographiques, nous avons montré les incohérences du terme. Par exemple, suivant que l'on choisit l'étymologie grecque ou latine, homo veut dire, tour à tour, l'identique, le même, ou l'homme (l'humain, étymologiquement, mais en fait le mâle). L'adjonction de phobie inciterait à définir l'homophobie comme la peur du même. Toutefois, notamment si l'on intègre l'acception populaire du terme, l'homophobie se situe entre la peur du même chez l'homme, et la peur de l'homme chez l'homme. Avouez qu'il y a de quoi s'y perdre. Et en perdre son latin.

Sexisme et homophobie

Nous allons tenter de circonscrire l'homophobie, de la définir, et notamment de la situer par rapport à d'autres formes de rejet de l'autre. Que cet autre soit un homme ou une femme.

Il est admis aujourd'hui que le sexisme est la discrimination envers les personnes de l'autre sexe ; ou plus exactement la discrimination envers les personnes de l'autre genre social (gender en anglais). Le sexisme, comme idéologie, légitime par exemple la violence des hommes contre les femmes, les discriminations à l'embauche, les différences de salaires entre hommes et femmes, la garde des enfants attribuée presque systématiquement aux mères en cas de divorce_ Le sexisme repose sur le fait que les hommes se croient supérieurs aux femmes et, dans une moindre mesure, que les femmes se croient uniques et irremplaçables dans les capacités à s'occuper des enfants et de l'espace domestique. Bref, on considère normal et naturel que le masculin et le féminin soient deux genres sociaux bien différents et hiérarchisés. Le sexisme est entretenu par une pensée essentialiste : il attribue des qualités et des défauts qui seraient spécifiques et inhérent-e-s à chaque groupe de sexe. Dans une pensée sexiste, le sexe biologique détermine l'appartenance à un genre social. Et à chaque genre correspond des attributions que l'on pense "naturelles".

Une pensée antisexiste affirme le droit aux différences individuelles, différences entre garçons et filles, mais aussi différences entre garçons et différences entre filles ; que ces différences soient biologiques ou d'un autre ordre. Mais accepter les différences biologiques, ne signifie pas que l'on accepte nécessairement les fonctions et les qualités attribuées exclusivement à chaque genre. Une pensée égalitaire ou antisexiste conteste, non pas les différences, mais la hiérarchisation des différences. L'antisexisme questionne la construction sociale de chaque genre. Comment se crée socialement une femme et comment se crée socialement un homme.

L'homophobie est fortement liée au sexisme. L'homophobie est l'intériorisation, pour chaque individu, du sexisme dans ses rapports aux autres. L'homophobie est la discrimination envers les personnes qui montrent, ou à qui l'on prête, certaines qualités (ou défauts) attribuées à l'autre genre.

Sexisme et homophobie vont de pair, mais peuvent aussi se présenter comme contradictoires. Ainsi, le fait de stigmatiser une femme dite masculine intègre le sexisme ordinaire des hommes envers les femmes, qu'elles soient ou non masculines. Mais on rencontre également des hommes qui apprécient les qualités extraordinairement féminines d'une femme : sa beauté, sa sensibilité, ses capacités à séduire et à plaire. Et pourtant ce même homme va haïr un homme qui montre les mêmes signes. Sexisme et homophobie érigent des frontières distinctes et étanches entre les genres. Sexisme et homophobie organisent la discrimination envers les personnes, hommes ou femmes, qui ne se conforment pas aux images stéréotypées des genres. Sexisme et homophobie sont des "essentialismes".

Homophobie des hommes et homophobie des femmes

Puisque l'on prête des qualités naturelles différentes à chaque sexe (genre), et que l'appartenance à un groupe de sexe détermine des attributions et des privilèges sociaux différents, l'homophobie prend donc des formes différentes chez les hommes et chez les femmes. Dans nos sociétés où les hommes, tant collectivement qu'individuellement, dominent les femmes, le sexisme organise la domination des femmes et l'homophobie vient sceller la cohésion entre dominants. Sexisme et homophobie nous disent : "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes puisque les différences sont naturelles". Sexisme et homophobie structurent la peur de quitter les attributions de son groupe de genre. Je vais tenter de le démontrer, du moins pour les hommes.

 

L'homophobie : une peur ? Ou une discrimination ?

Pour les scientifiques, l'homophobie est un concept gênant. Utilisée de plus en plus dans la presse militante, l'homophobie paraît pouvoir se passer de définitions. Tout le monde saurait semble-t-il à quoi réfère le terme. Et pourtant !

Dans notre étude, nous avons défini l'homophobie comme la peur de l'autre en soi. La formule est élégante et assez agréable à l'oreille. Dans le prêt-à-porter des communications modernes, elle passe bien. La preuve : nous en avons fait le titre de l'ouvrage. Et pourtant, elle est fausse, du moins en partie.

Comprendre l'homophobie nécessite de dépasser la simple analyse sémantique du terme. La phobie, en grec ancien, est la peur, le dégoût, la répulsion. L'homophobie moderne va bien plus loin. Dans la vie actuelle nous avons tous et toutes différentes peurs : peur du vide, peur de la solitude, peur des araignées, peur de l'étranger_ Certaines peurs organisent la haine. Pensons aux propos que tiennent certains personnages politiques sur les étrangers et les immigrés en France et en Europe. Mais, peurs et haines provoquent évitements, fuites, désirs de se cacher, volonté de ne pas être confronté-e-s directement à la cause de nos peurs.

L'homophobie, comme le racisme, ne se limitent pas à cela. L'homophobie n'est pas un sentiment, mais une attitude. L'homophobie est un acte de pouvoir ; elle utilise le social, les rapports sociaux entre les personnes pour provoquer et justifier une discrimination active ou passive de l'autre que l'on rejette. Pour reprendre les exemples de peurs cités plus haut, face à l'araignée, on peut fuir et crier au secours. On peut aussi, comme le fait mon fils, l'approcher et l'écraser. C'est-à-dire utiliser nos sentiments de supériorité pour détruire l'autre. De même face aux immigrés et aux étrangers, la peur de l'inconnu peut provoquer la rencontre. Essayer de comprendre l'autre, comprendre la part de moi qui se sent agressée par l'autre alors que cet autre n'en est pas responsable. On peut aussi, en tous cas certain-e-s le font, se réfugier dans des citadelles protégées. Eviter certains quartiers populaires, fuir les contacts ou la vue des étrangers. Et, dernière possibilité, la peur de l'étranger peut provoquer le rejet violent : l'insulte, l'agression, la ratonnade_ Ces trois attitudes sont produites par le même sentiment : la peur de l'autre. Mais, on ne peut pas les amalgamer. Dans les deux premiers cas l'individu assume seul sa peur, dans le troisième cas, il utilise ou il tente d'utiliser le racisme, les armes de la domination pour conjurer sa peur.

On pourrait alors, comme le fait Michaël Borrow dans ce même livre dire que l'homophobie n'est pas un concept scientifique. Il a en partie raison, mais en partie seulement. L'homophobie est un terme largement utilisé car il correspond à une réalité sociale. Sans prendre le temps de le définir, les auteur-e-s qui s'expriment sur ce thème nous en décrivent des segments, notamment les exclusions et les agressions que subissent certaines personnes accusées d'être homosexuelles. Le travail de l'anthropologue est alors d'en comprendre et d'en expliciter le sens.

L'homophobie est le produit de la peur de l'autre en soi ; c'est la réaction agressive de rejet qu'entraîne cette peur. Loin d'être une conduite d'évitement, de fuite, l'homophobie est agression, stigmatisation et discrimination. L'homophobie est une forme de domination.

Et nous allons le voir au cours du voyage que je vous propose au pays de l'homophobie, l'Autre peut être multiple, revêtir les habits du masculin et/ou du féminin.

On peut être homme et discriminer, stigmatiser, les hommes qui donnent à voir des attitudes ou des pensées que l'on attribue généralement aux femmes ; en tous cas les hommes qui s'écartent des chemins de la virilité traditionnelle dite normale et naturelle. C'est à cette réalité là que nous nous consacrerons principalement ici. Mais on peut aussi être homme et homophobe avec les femmes qui donnent à voir des caractéristiques dites masculines, notamment dans le paraître ou le rapport au pouvoir. De la même façon, les femmes peuvent reprendre à leur propre compte les diatribes homophobes envers les hommes qui expriment une virilité non conventionnelle, souvent assimilée à une non-virilité ; ou bien être homophobes envers des femmes dites masculines. En fait, l'Autre c'est toute personne "autre que soi" dans le sens de différente de soi. Toute personne qui se distingue de soi dans sa manière d'être sexuée -tout individu dans lequel je ne reconnais pas ma sexualité, mon genre, ou mon genre de sexualité, mon orientation sexuelle-.

En conséquence quand l'Autre transgresse les frontières de genre, qu'il/elle donne à voir ou à entendre des qualités (ou des défauts) que l'on considère comme appartenant à l'autre genre, surgit l'homophobie.

 

L'homophobie au masculin

Notre hypothèse : l'homophobie est une réaction provoquée par la peur de l'autre en soi. L'homophobie au masculin est une attitude suscitée par la peur (hantise) qu'ont les hommes de retrouver en eux tout ce qui peut ressembler à l'autre, c'est-à-dire les femmes. De là la définition suivante : l'homophobie au masculin est la stigmatisation par désignation, relégation ou violence, des rapports sensibles -sexuels ou non- entre hommes, particulièrement quand ces hommes sont désignés comme homosexuels, ou quand ils s'en réclament. L'homophobie au masculin c'est aussi la stigmatisation et/ou la négation des rapports entre femmes qui ne correspondent pas à la féminité dite traditionnelle.

J'aimerais montrer comment, contrairement aux définitions de sens commun, l'homophobie n'est pas limitée à une attitude restrictive face aux orientations sexuelles, mais s'intègre à la construction de nos catégories de pensée concernant les genres, les rapports intergenre (entre hommes et femmes, ou entre femmes et hommes) et intragenre (entre hommes ou entre femmes).

Dans ce sens, ce que nous avons l'habitude de définir comme homophobie, le rejet des homosexuel-le-s et/ou de l'homosexualité, que l'on peut qualifier d'homophobie de sens commun, sera appelée "homophobie particulière". L'homophobie particulière repérée et dénoncée par les mouvements gais, est une forme réduite et restrictive d'homophobie, une synecdoque. Et l'objet de ce texte, et plus globalement de ce livre, est d'avancer dans la définition de cet objet aux contours mouvants.

Pour comprendre l'homophobie au masculin, il nous faut faire un long détour du côté des hommes et du masculin, à savoir le genre assigné aux hommes.

 

Un masculin paradoxal

Comment se manifeste l'homophobie chez les hommes ? Quels sens prend-elle ? Comment s'ancre-t-elle dans l'imaginaire masculin ? En d'autres termes : pourquoi et comment les hommes sont-ils homophobes ? Pour répondre à ces questions précises, il nous faut décrire comment on éduque les hommes. Quelles valeurs on leur inculque.

Le genre masculin est aujourd'hui "construit" de manière paradoxale. Tout se passe comme si les messages éducationnels disaient à chaque mâle, et de manière contradictoire : tu dois être comme ceci et en même temps tu ne dois pas être comme ceci, sinon_. Prenons un exemple. On dit aux hommes : "tu dois être le maître chez toi" "tu dois porter la culotte", autrement dit tu dois être L'homme et en même temps "Tu ne dois pas frapper une femme, même avec une rose.". Le produit direct de cette double contrainte ? La violence masculine domestique et le silence/honte/culpabilité des hommes (violents) incapables de diriger la relation sans se sentir obligés d'utiliser des violences physiques.

Mais, on aurait tort de limiter l'analyse de ces messages aux seules modalités qui organisent l'oppression et la domination des femmes par les hommes. Les injonctions paradoxales, c'est ainsi que l'on appelle ce système de doubles messages contradictoires, concernent l'ensemble de l'univers masculin.

Autre exemple : on trouve aussi "homme, tu dois savoir boire de l'alcool " et en même temps tu ne dois pas conduire en état d'ivresse_ Ainsi au Québec, toutes les rues sont fleuries de pancartes dénonçant "L'alcool au volant, c'est criminel !". J'aimerais bien qu'on m'explique un jour comment on peut tout à la fois, prendre sa voiture pour rejoindre un bar situé à l'extérieur de la ville, boire par plaisir et/ou pour montrer sa virilité, et en même temps, ne pas être égayé par l'alcool. D'ailleurs la problématique routière regorge de telles contradictions.

Ainsi dans la publicité française on trouve souvent des messages qui disent : -Homme, tu dois monter ta force virile au volant ! Vitesse et puissance de la voiture en sont les signes extérieurs. Et en même temps, homme tu dois respecter les limitations de vitesse ! Comment voulez-vous qu'un homme, inondé de messages éducationnels qui assimilent vitesse-puissance-virilité et conquêtes (ou possessions) de femmes, s'y retrouve ? Les sociétés viriarcales participent de ce paradoxe. Il n'y a qu'à voir le nombre de voitures pouvant dépasser la vitesse limitée (toutes routes confondues) qui sont mises en vente sur le marché, et ce, tout à fait légalement.

Et on pourrait multiplier les exemples d'injonctions paradoxales :

- "Homme, tu sauras draguer les femmes, être celui qui est actif, qui décide, qui propose !" Et en même temps : "Homme, tu respecteras les femmes, futures mères de tes enfants !"

- "Homme, tu ne montreras pas tes faiblesses, tu ne pleureras pas, tu seras dur avec toi-même, tes proches et tes ennemis !" et "Homme, tu seras tendre avec les femmes et les enfants ! "

Certains de ces paradoxes ne sont pas nouveaux, certaines contradictions sont là depuis très longtemps. Ces injonctions sont traditionnelles du masculin. D'autres apparaissent depuis peu. Les injonctions paradoxales constitutives du masculin reflètent, comme bon nombre de messages éducationnels, les contradictions inhérentes aux systèmes sociaux. Elles traduisent à leur manière les luttes sociales qui se mènent entre hommes, et entre hommes et femmes, les transformations des rapports sociaux que génèrent les luttes entre genre masculin et féminin, en tant que genres différenciés et hiérarchisés.

Les transformations récentes de ces injonctions ont mis à contribution divers mouvements sociaux. Le féminisme radical, à savoir le mouvement féministe militant qui dénonce explicitement la domination des hommes, et le féminisme diffus caractérisé par la promotion très large des idées sur l'égalité des sexes, ont bien évidemment joué un rôle déterminant dans l'évolution des rapports sociaux de sexe entre hommes et femmes. A un autre niveau, les luttes des mouvements gais et/ou l'homosexualisation du sida ont contribué à débusquer les premiers éléments de l'homophobie particulière. Les groupes d'hommes antisexistes ont essayé de dissocier masculinité et virilité obligatoire_Ce sont là les plus marquants. Il en est de même pour tous les mouvements sociaux, les courants de pensée qui, à des degrés et avec des fortunes diverses, incitent à lutter contre l'uniformisation des genres : les handicapés physiques, les mouvements antimilitaristes, les groupes religieux égalitaristes_ 

Mais ces injonctions paradoxales reflètent aussi très bien l'ensemble des contradictions sociales qui traversent nos sociétés. Hommes et femmes, dominants comme dominées les subissent :"Homme, tu seras le pourvoyeur de ta famille, tu seras leur sécurité matérielle et affective  !" et "Homme, tu es condamné au chômage comme perspective de créativité !"

 

Sinon ...

Nous n'avons jusqu'ici examiné que les deux premiers termes de cette figure rhétorique qu'est l'injonction paradoxale. J'ai indiqué que la suite logique se trouve toute résumée par la conjonction "sinon".

Sinon montre la double nature répressive des messages éducationnels transmis aux hommes. D'une part, la première proposition de l'"être homme" sous entend implicitement le fait de bénéficier de l'ensemble des privilèges accordés socialement aux êtres définis comme masculins, et d'autre part, sinon soulève la menace. Privilèges/menaces et injonctions paradoxales sont intimement mêlé-e-s et enchevêtré-e-s.

Dans de nombreux cas, "l'honneur", la "virilité" sont les bénéfices symboliques de cette double injonction. Dans la publicité, dans les conseils aux hommes, dans les proverbes, c'est-à-dire dans les différentes épitaphes qui paraphent la construction de l'identité masculine, honneur et virilité sont associé-e-s à pouvoir, femmes dépendantes et soumises, honneurs (au pluriel). Leur pendant négatif est la honte, le "déshonneur". On a souvent sous-estimé les effets que peuvent produire honneur/honte ou, honneur/déshonneur sur les hommes. La remise en cause de la virilité ou de l'honneur des hommes, représente souvent une véritable dégradation. Un peu comme dans l'armée, masculinité et virilité sont souvent évocateurs de grades successifs. Quant au terme "viril", sa contrepartie négative, son antonyme social s'apparente au fait d'être assimilé à une femme.

En d'autres termes, même si certaines injonctions paradoxales semblent simplement référer au fait que l'homme, le vrai homme doit être différent des femmes (donc ne pas pleurer, donc se battre_), l'ensemble de ces injonctions, de manière implicite, se situent dans une problématique de distinction hiérarchisée. Etre homme -nous le verrons de suite- c'est être supérieur aux femmes ou à leurs équivalents symboliques, c'est-à-dire les hommes qui ne parviennent pas à prouver qu'ils en sont vraiment.

Car selon la formulation de l'injonction, les deux termes ne sont nullement équivalents. Le premier terme qui spécifie l'appartenance de genre, l'"être homme", l'emporte toujours sur le second. Le premier terme connote la "nature" profonde que les hommes sont censés intégrer, ou mimétiser. Quant au second terme de l'injonction, en contradiction apparente avec le premier, il représente un ensemble de dispositifs sociaux qui transmettent une autre image du masculin. Sa fonction principale consiste bien souvent à venir minimiser les effets du premier.

 

La maison-des-hommes

Intéressons-nous maintenant aux lieux et places où sont éduqués les hommes en tant que tels ; les lieux et places où sont distillées les injonctions paradoxales menant entre autre à l'homophobie. Dans ce système de codes masculins, facilement repérables dans les proverbes, les incitations, les récits, les légendes, les mythes_, la construction du masculin, l'éducation des hommes, semble se faire dans une maison-des-hommes imaginaire. Bien sûr, le mode de vie actuel fait place de plus en plus à la mixité, garçons et filles étudient ensemble, ils et elles jouent et rient ensemble dans les cours d'écoles. En tous cas, et là réside peut-être l'innovation, personne ne questionne plus, semble-t-il la capacité des êtres féminins à penser par elles-mêmes.

Pourtant, lors de la séparation avec le monde des femmes, au cours des premières expériences où les hommes se confrontent à la structuration de leur virilité, tout semble se passer comme dans un monde unisexué. Je m'explique.

Quand les enfants-mâles quittent le monde des femmes, qu'ils commencent à se regrouper avec d'autres garçons de leur âge, on voit apparaître une phase d'homosocialité où émergent de fortes tendances et/ou de grandes pressions pour y vivre des moments d'homosexualité. Compétitions de zizis, marathons de branlettes (masturbation), jouer à qui pisse (urine) le plus loin dans certains cas, excitations sexuelles collectives à partir de pornographie feuilletée en groupe, voire même maintenant devant des strip-poker-vidéos où l'enjeu consiste à déshabiller les femmes_  à l'abri du regard des femmes et des hommes des autres générations, les petits hommes s'initient entre eux aux jeux de l'érotisme. Ils utilisent pour ce faire, les stratagèmes, les questions (la taille du sexe, les capacités sexuelles) légués par les générations précédentes. Ils apprennent et reproduisent alors les mêmes modèles sexuels quant à l'approche et à l'expression du désir.

Dans cette maison-des-hommes, à chaque âge de la vie, à chaque étape de la construction du masculin, est affecté une pièce, une chambre, un café ou un stade. Bref, un lieu propre où l'homosocialité peut se vivre et s'expérimenter dans le groupe de pairs. Dans ces groupes, les plus vieux, ceux qui sont déjà initiés par les aînés, montrent, corrigent et modélisent les accédants à la virilité. Une fois quitté la première pièce, chaque homme devient tout à la fois initiateur et initié.

Sur ce thème, Godelier, l'anthropologue, a étudié les Baruyas en Nouvelle Guinée (Godelier, 1982). Chez eux "le sperme est la vie, la force, la nourriture qui donne la force à la vie". Il montre comment, dans le secret de la maison des hommes, les jeunes hommes non encore mariés d'une part et les initiés d'autre part se transmettent par une ingestion buccale de sperme (fellation) les rudiments de la domination des femmes. Toute violation de ce secret est punie très sévèrement et ceux qui résistent à l'initiation y sont contraints par la force, dit le chercheur .

 

Apprendre à souffrir pour être un homme. A accepter la loi des plus grands

Je me suis souvent demandé le sens que prennent dans nos sociétés dites évoluées, les apprentissages du sport pour les hommes. Lors de la présentation publique à Lyon du numéro spécial du BIEF, une revue féministe que nous avions consacrée aux hommes et au masculin (Welzer-Lang D., Filiod J.P., 1992a), une longue discussion a vu les hommes présents expliciter, avec fortes émotions, les premiers apprentissages du football. Les hommes décrivaient avec force détails les premiers échanges de balles (de football) qui rassemblent dans un quartier résidentiel ou dans l'espace public, quelques enfants-mâles du même âge.

Certains de ces hommes sont revenus par la suite sur cette discussion lors de conversations privées. "ça a été un déclic, dira l'un d'eux, une période que j'avais complètement oubliée. Quant aux femmes, par la suite, beaucoup d'amies m'ont demandé l'intérêt de cette discussion qu'elles assimilaient à de l'exhibitionnisme sans en comprendre d'autres sens. Et pourtant_

Apprendre à être avec des hommes, ou ici dans les premiers apprentissages sportifs à l'entrée de la maison-des-hommes, à être avec des postulants au statut d'homme, contraint le garçon à accepter la loi des plus grands, des anciens. Ceux qui lui apprennent et lui enseignent les règles et le savoir-faire, le savoir-être homme. La manière dont certains hommes se rappellent cette époque et l'émotion qui transparaît alors, semblent indiquer que ces périodes constituent une forme de rite de passage.

On pourra toujours objecter que dans ce type de groupes d'hommes, la différence d'âge est ténue. Eh bien justement, quand il n'existe pas encore de différentiation sociale ou de hiérarchie de savoirs et d'appartenance sociale, plus exactement quand ces différences ne sont pas encore discriminantes, p'tit homme apprend à respecter une hiérarchie -entre hommes- où la moindre différence d'âge est tout de même opérante.

Apprendre à jouer au hockey, au football, au base-ball, c'est d'abord une façon de dire : je veux être comme les autres gars. Je veux être un homme et donc je veux me distinguer de son opposé (être une femme). Je veux me dissocier du monde des femmes et des enfants.

C'est aussi apprendre à respecter les codes, les rites qui deviennent alors des opérateurs hiérarchiques. Intégrer codes et rites, en sport on dit les règles, oblige à intégrer corporellement (incorporer) les non-dits. Un de ces non-dits, que relatent quelques années plus tard les garçons devenus hommes, est que l'apprentissage doit se faire dans la souffrance. Souffrances psychiques de ne pas arriver à jouer aussi bien que les autres. Souffrances des corps qui doivent se blinder pour pouvoir jouer correctement. Les pieds, les mains, les muscles_ se forment, se modèlent, se rigidifient par une espèce de jeu sado-maso avec la douleur. P'tit homme doit apprendre à accepter la souffrance -sans mots dire et sans "maudire"- pour intégrer le cercle restreint des hommes. Dans ces groupes monosexués s'incorporent les gestes, les attitudes, les réactions masculines, tout le capital de mouvements et de gestes qui serviront à être un homme.

On a beaucoup parlé -en France comme dans les autres pays où la conscription est obligatoire- de l'armée. Il est souvent dit que le service militaire, rite de passage entre l'adolescence et l'âge adulte, correspond en quelque sorte à une école masculine de la guerre, un apprentissage de la lutte pour être le meilleur, et en même temps, une espèce d'antichambre du sexisme, de l'alcoolisme_et de l'homophobie. Malheureusement une telle hypothèse ne perd rien de son actualité, du moins en France. A moins que l'armée ne soit qu'un facteur complémentaire, une suite logique dans le continuum de l'éducation des hommes. Une forme plus visible, simplement.

Dans les tous premiers groupes de garçons, on "entre" en lutte dite amicale (pas si amicale que cela si l'on en croit le taux de pleurs, de déceptions, de chagrins enfouis que l'on y associe) pour être au même niveau que les autres, puis pour être le meilleur. Pour gagner le droit d'être avec les hommes ou d'être comme les autres hommes. Pour les hommes, comme pour les femmes, l'éducation se fait par mimétisme,. Or le mimétisme des hommes est un mimétisme de violences. De violence d'abord envers soi, contre soi. La guerre qu'apprennent les hommes dans leurs corps est d'abord une guerre avec soi-même. Puis, dans une seconde étape, c'est une guerre avec les autres.

On peut toujours tenter d'aller observer in situ ces moments ou ces tranches d'éducation masculine, j'en ai eu l'intention, mais ces formes d'homosocialités se vivent souvent à l'abri du regard des autres. Les autres, qu'ils/elles soient des filles ou des garçons, extérieur-e-s "au milieu" sont exclu-e-s. Timidité, honte, tout ça dessine les murs de cette mini-maison-des-hommes. Ce lieu privilégié où chaque groupe d'hommes va reprendre à son compte les règles d'initiation à l'homosocialité.

Articulant plaisirs, plaisirs d'être entre hommes (ou hommes en devenir), plaisirs de pouvoir légitimement faire "comme les autres hommes" (mimétisme) et douleurs du corps qui se modélisent, chaque homme va, individuellement et collectivement, faire son initiation. Par cette initiation s'apprend la sexualité. Le message dominant : être homme, c'est être différent de l'autre, différent d'une femme. Etre homme, c'est être plus qu'une femme. Les souffrances d'une telle éducation en sont alors le prix à payer.

Mais que se passe-t-il dans "la première pièce" de la maison-des-hommes, dans ce vestibule de la "cage à virilité" ?

L'antichambre de la maison-des-hommes fonctionne, semble-t-il, comme un lieu de passage obligé qui est fortement fréquenté. Un couloir où circulent tout à la fois de jeunes recrues de la masculinité (les petits hommes qui viennent juste de quitter les jupons de leurs mères), à côté d'autres p'tits hommes fraîchement initiés qui viennent -ainsi en convient la coutume de cette maison- transmettre une partie de leur savoirs et de leurs gestes.

Mais l'antichambre de la maison-des-hommes est aussi un lieu, un sas fréquenté périodiquement par des hommes plus âgés. Des hommes qui font tout à la fois figures de grands frères, de modèle masculin à conquérir par p'tit homme, des agents chargés de contrôler la transmission des valeurs. Certains s'appellent pédagogues, d'autres moniteurs de sports, ou encore prêtres, responsables scouts_ Certains sont présents physiquement. D'autres agissent par le biais de leurs messages sonores, de leurs images qui se manifestent dans le lieu. Ceux-là sont dénommés artistes, chanteurs, poètes. En fait, parler de "la première pièce" de la maison-des-hommes constitue une forme d'abus de langage. Il faudrait dire : les premières pièces, tant est changeante la géographie des maisons des hommes. A chaque culture ou chaque micro-culture, parfois à chaque ville ou village, à chaque classe sociale, correspond une forme de maison-des-hommes. Le thème de l'initiation des hommes se conjugue de manière extrêmement variable. Le concept est constant mais les formes labiles.

Parmi ces hommes plus âgés, ou à coté d'eux (quelquefois ce sont les mêmes), d'autres aînés déambulent. Le masculin est tout à la fois soumission au modèle et privilèges du modèle. Certains aînés profitent de la crédulité des nouvelles recrues, et cette première pièce de la maison est vécue par de nombreux garçons comme l'antichambre de l'abus. Et cela dans une proportion qui, à première vue, peut surprendre. Non seulement, je l'ai dit, p'tit homme commence à découvrir que pour être viril, il faut souffrir, mais dans cette pièce (ou dans les autres, il ne s'agit ici que d'une métaphore), le jeune garçon est quelquefois initié sexuellement par un grand. Initié sexuellement, cela peut aussi vouloir dire violé. être obligé -sous la contrainte ou la menace- de caresser, de sucer ou être pénétré de manière anale par un sexe ou un objet quelconque. Masturber l'autre. Se faire caresser_ On comprend que les hommes à qui une telle initiation est imposée en gardent souvent des marques indélébiles.

Tout semble indiquer dans les interviews réalisées dans l'étude sur l'homophobie ou auparavant (Welzer-Lang, 1988) que beaucoup d'hommes qui ont été appropriés par un autre homme plus âgé n'ont de cesse que de reproduire cette forme particulière d'abus. Comme s'ils se répétaient : "Puisque j'y suis passé, qu'il y passe lui aussi". Et l'abus revêt alors une forme d'exorcisme, une conjuration du malheur vécu antérieurement. Puis, au fil des ans, quand le souvenir de la douleur et de la honte s'estompe enfin quelque peu, l'abus initial fonctionnerait comme élément de compensation, un peu comme l'ouverture imposée d'un compte bancaire ; les autres abus perpétrés représentant les intérêts que vient réclamer l'ex-homme abusé. Cela vaut tant pour les abus réalisés à l'encontre des hommes que dans d'autres lieux à l'encontre des femmes.

D'autres se blindent. Ils intègrent une fois pour toutes que la compétition entre hommes est une jungle dangereuse où il faut savoir se cacher, se débattre et où in fine la meilleure défense est l'attaque.

J'ai parlé d'abus sexuels. Ils sont bien réels et en nombre très important. Les recherches futures nous en révéleront les formes, la fréquence et les effets à courts, moyens et longs termes. Avouons pour l'instant notre partielle incurie sur ce thème. D'autres formes d'abus sont quotidiennes, complémentaires ou parallèles par rapport aux abus sexuels. Elles en constituent d'ailleurs souvent les prémices. Des abus individuels, mais aussi des abus collectifs. Qu'on pense aux différents coups : les coups de poing, les coups de pieds, les "poussades". Les pseudo-bagarres où, dans les faits, le plus grand montre une nouvelle fois sa supériorité physique pour imposer ses désirs. Les insultes, le vol, le racket, la raillerie, la moquerie, le contrôle, la pression psychologique pour que p'tit homme obéisse et cède aux injonctions et aux désirs des autres, _ Il y a donc un ensemble multiforme d'abus de confiance violents, d'appropriation du territoire personnel, de stigmatisation de tout écart au modèle masculin dit convenable. Toutes formes de violences et d'abus, que chaque homme va connaître, tant comme agresseur que comme victime. Petit, faible, le jeune garçon est une victime désignée. Protégé par ses collègues, il peut maintenant faire subir aux autres ce qu'il a encore peur de subir lui-même. Conjurer la peur en agressant l'autre, voilà la maxime qui semble inscrite au fronton de toutes ces pièces.

Ne nous y trompons pas. Cette union qui fait la force, cet apprentissage du collectif, de la solidarité, de la fraternité -les hommes d'un même groupe peuvent être assimilés à des frères- ne revêt pas que des côtés négatifs. Nonobstant que la maison-des-hommes, la solidarité masculine intervient pour éviter la douleur d'être soi-même victime, cette maison est le lieu de transmission de valeurs qui, si elles n'étaient pas au service de la domination, sont des valeurs positives. Prendre du plaisir ensemble, ce que je détaillerai plus loin, découvrir l'intérêt du collectif sur l'individuel, voilà bien des valeurs humanistes qui fondent la solidarité humaine.

A l'intérieur de la maison-des-hommes, et dans l'apprentissage de la masculinité, il ne semble pas exister de point neutre, de position de relâche. On est actif ou passif, agressé ou agresseur. C'est ainsi que p'tit homme apprend le rapport de force permanent. Quiconque oublie cette règle, devient victime désignée. Tout écart dû à la sensiblerie est perçu comme une survivance du monde de l'enfance, une réminiscence ou une (ré)apparition chez l'homme du monde des femmes. Tout écart de sensiblerie doit donc être combattu, voire puni. "Si tu veux être comme une femme, on va te traiter comme une femme !" semble dire les hommes entre eux.

Le féminin devient le pôle repoussoir central, l'ennemi intérieur à combattre.

Quels sont les effets d'une telle éducation ? Ils sont bien sûr multiples et variés. Deux conséquences peuvent apparaître comme majeures.

La peau de l'enfant doit se recouvrir d'un oxyde qui fasse frontière entre deux mondes : le monde intérieur : la pensée, les rêves, le jardin secret_ et le monde extérieur, celui du social, des contacts quotidiens : les groupes de copains, l'école, la rue_ Non pas que les hommes ne soient pas sensibles, émotifs, vulnérables, et ce pour l'ensemble de leur vie. Mais ils doivent "simplement" le cacher, le dissimuler sous une cuirasse de guerrier. Certains arrivent presque à oublier ces traits de personnalité, d'autres l'investissent dans la création. Mais la majorité des futurs accédants à la virilité transforment leurs besoins de contacts sensibles, leurs nécessaires contacts -y compris physiques -avec les hommes et par suite avec les femmes, en violences.

Car l'éducation masculine et les apprentissages de p'tit homme autorisent le toucher, même physique, entre hommes. Mais l'impérieuse nécessité de se distinguer des femmes transforme le besoin de contacts en contacts violents. Observez les matchs de hockey, de football, de rugby_, les hommes n'arrêtent pas de se toucher, que ce soit entre partenaires ou avec les membres de l'équipe adverse (on aurait envie d'écrire ennemie). Les caresses se sont transformées en coups.

Une autre conséquence pourtant importante est demeurée inexplorée. Il s'agit de cette capacité particulière qu'ont les hommes de mesurer a priori la dangerosité d'un individu. Que ce soit dans les groupes qu'ils fréquentent, dans la rue c'est-à-dire dans l'espace public ou dans les bars, au travail_ P'tit homme devenu homme a acquis et inscrit dans son corps une méfiance généralisée. Il sait que toute personne étrangère ou inconnue, en particulier s'il s'agit d'un homme, peut se transformer en agresseur potentiel. Il observe alors les gestes, la démarche, la voix, l'habillement_ l'ensemble de ces signes extérieurs qui sont facilement repérables. Lui -même doit montrer, et ceci sans cesse, qu'il est ou serait capable de se défendre. Tout homme sait bien que de laisser apparaître des signes de vulnérabilité constitue une situation à hauts risques.

J'en donnerai deux exemples. Le premier se passe dans un bar de mon quartier à Lyon. Un soir, alors qu'avec une amie de l'université nous étions sorti-e-s boire un verre, une bagarre éclate. Mais une drôle de bagarre. Un client manifestement un peu alcoolisé jetait ça et là invectives verbales, bouteilles, cendriers, le tout accompagné de grands cris. A un moment donné, dans un grand geste très lent, il prend un siège et le lance dans l'énorme miroir qui tapissait le fond du bar. Celui-ci se brisa alors dans un vacarme assourdissant. On imagine aisément les cris, la panique qui commence à s'emparer des personnes présentes dans ce bar. Mon amie est partie immédiatement se réfugier au 2ème étage, alors que je me suis approché de cet homme. Et je n'étais pas le seul homme à le regarder de près. Je n'avais pas peur. J'ai observé les visages des autres garçons qui entouraient l'intrus, beaucoup souriaient et paraissaient détendus. Les hommes présents n'avaient pas peur, car ils savaient que la situation ne comportait aucun danger. L'observation de la scène était claire : cette volonté -pareille à celle des films- de montrer sa capacité virile, de mettre le trouble n'était nullement dirigée contre les personnes présentes.

Tout se passe comme si l'un des effets immédiat de l'éducation masculine était de pouvoir mesurer les signes extérieurs du danger. Comme si notre "mémoire corporelle" pouvait, à la manière d'un ordinateur très rapide, décoder les gestes d'une tierce personne pour nous dire si oui ou non, nous pourrions être en danger. Les réactions de mon amie ? Ou celle des autres femmes parties se réfugier elles aussi loin du bar ? Comme femmes, elles ne disposaient pas des mêmes informations. Elles ne savaient pas mesurer le danger et interprétaient tout écart aux attitudes et apparences normales (Goffman, 1975)) comme une agression virtuelle. Bien plus, cette scène renforçait -selon elles- le message distribué aux femmes sur la dangerosité des hommes et leur besoin (sic) d'être protégées.

Pourtant cette mémoire corporelle, cette capacité masculine à mesurer le danger, ne sont pas inscrites dans nos gènes. Nous l'avons apprise. A notre corps défendant, il est vrai. Après des centaines d'agressions, de mini-conflits vécus dans la maison-des-hommes, le regard masculin se fait plus observateur et scrutateur. L'éducation à la violence crée des automatismes de défense.

On retrouve cette même attitude dans l'espace public. Les lecteurs/trices québécois-e-s auront peut-être du mal à comprendre. Je m'explique. En France la rue est dangereuse, pour les femmes et pour les hommes. L'alcool, la pauvreté, la virilité sont autant de prétextes pour que des hommes -jeunes et moins jeunes- tentent de se mesurer et de se confronter à leurs congénères. Sans qu'on cherche forcément à vous voler, dans certaines rues, à certaines heures, vous risquez de vous faire agresser. Et pas uniquement verbalement. L'éducation des hommes a fait en sorte qu'ils ont développé des stratégies de défense qui préparent à cette éventualité. S'il se trouve dans la rue le soir, chacun va observer les attitudes des personnes étrangères qu'il rencontre. Et s'il le faut, il va changer de trottoir.

Mais les femmes aussi, me direz-vous. Oui, sauf qu'on n'a pas appris aux femmes à relativiser le danger. Certaines, suite à des agressions, ont peur de tous les hommes qu'elles rencontrent, d'autres n'ont peur de personne. De nombreux témoignages semblent démontrer que certaines femmes ne sont méfiantes qu'après une première agression.

L'autre différence, et elle est de taille, tient à ceci : même si hommes et femmes ont peur des mêmes personnes, à savoir les hommes, les risques ne sont pas les mêmes dans une nette majorité des cas. Violences physiques pour les garçons, violences sexuées ou sexuelles pour les femmes.

De fait, comme dans les différentes pièces de la maison-des-hommes, tout garçon qui donne des signes extérieurs qui pourraient le faire assimiler à un homosexuel risque, comme une femme, de subir agressions physiques et sexuelles. En ce sens, en tous cas certains aimeraient nous l'imposer, la rue est un territoire masculin, une excroissance de la maison-des-hommes.

 

Puis vient la mise en couple...

A l'adolescence et après, les garçons ne quittent pas totalement la maison-des-hommes. L'entrée dans la vie amoureuse, les contacts avec les femmes, l'installation en conjugalité (la mise en couple avec une femme), toutes ces étapes ne sont pas dépourvues de contacts avec le monde mâle. Tout homme va généralement continuer à passer certaines "périodes" régulières à la maison-des-hommes, des stages de (re)sensibilisation aux comportements masculins. L'éducation masculine est ainsi sans cesse réactivée.

Les excroissances de la maison-des-hommes, on les retrouve dans les espaces de travail, dans les cafés, dans les stades, dans les clubs_. Bref, tous les endroits où les hommes s'attribuent -menaces à la clef- l'exclusivité d'un lieu ou d'un espace-temps. Maintenant certaines femmes osent y pénétrer. Certaines ont bravé les menaces de viol ou d'agression. On reconnaît bien là aussi l'évolution des rapports sociaux de sexe, la remise en cause du masculin hégémonique et prévalent. Ce ne sont d'ailleurs pas ces femmes là qui sont les plus agressées. J'ai montré en effet, dans mes études sur les hommes violeurs qu'ils agressent prioritairement, non pas -comme nous dit le mythe- les "belles femmes qui poussent les hommes à assumer leurs pulsions irrépressibles", mais bel et bien des femmes que le violeur estime faibles et fragiles, des femmes qui sont en situation de vulnérabilité. On retrouve ici un autre effet de cette éducation de l'homme à repérer la fragilité des personnes, hommes et femmes, qu'il rencontre.

D'autres métastases de la maison-des-hommes ont été peu explorées. Certaines féministes ont, avec raison, dénoncé le sexisme des publicités et de certains messages médiatiques qui polluent notre esthétisme et notre environnement. Elles en ont décrit les contours : comment les femmes sont assimilées à des animaux. Comment elles deviennent des faire-valoir de voitures, de bières_, quand elles ne sont pas -comme on a vu en France récemment- métaphorisées en serpillières. Une autre fonction est donc dévolue à la publicité : servir de réassurance à la virilité. "Soyez forts et vous aurez de la bière_ et des femmes" ; "Soyez violents, car non seulement ce comportement est parfaitement normal mais en plus les femmes aiment ça". La publicité, mais aussi une bonne partie de la production cinématographique ou télévisuelle viennent réactiver sans cesse les injonctions apprises aux hommes. Elles font de ces arts une véritable excroissance de la maison-des-hommes.

Et ceci reste vrai, même si les représentations masculines évoluent. Pourtant l'apparition de l'homme-objet, l'androgynisation du corps masculin voire son homosexualisation, sont autant de phénomènes récents qu'on croirait en opposition avec l'éducation masculine traditionnelle. Peut-être faut-il les comprendre comme des traces tangibles de l'évolution de nos perceptions collectives face au machisme et à l'homophobie.

Les femmes : pivot central du discours masculin et intermédiaires entre les hommes.

Si l'on s'arrête un instant sur les messages éducationnels livrés aux hommes, par des hommes, ce qui est appris aux novices par les aînés, les litanies récitées à longueur de temps par les hommes qui veulent s'affirmer "comme les autres" c'est-à-dire normaux, on voit d'abord que les femmes sont le pivot central du discours masculin, puis qu'elles représentent bien souvent l'intermédiaire privilégie, le média entre les hommes.

Que ce soit ou non de façon explicite, une grande partie des messages éducationnels apprend aux hommes comment "être avec" les femmes et/ou comment "faire avec" les filles. Ils établissent une "carte du tendre" très particulière. Ces messages somment les hommes de savoir "tenir" une femme. Ils leur enseignent "comment" les désirer (pornographie), les parties du corps à aimer, les formes de corps à observer. C'est ainsi que l'on apprend aux hommes l'art du désir et de l'amour.

Le désir et l'amour affirment et confirment la distinction. Ils réitèrent les messages sur la différence. Etre homme, le montrer (par la virilité), l'affirmer (par la drague), le vivre, c'est montrer de manière tautologique la différence. Et, notamment c'est savoir exclure la sensibilité.

L'appris masculin intègre une vision très fonctionnelle de l'amour. L'éducation féminine étant parallèle à celle des hommes, la coutume veut que certaines femmes soient "faites" ou construites pour l'érotisme : les maîtresses, les prostituées, les danseuses nues, les mannequins_. Elles existent pour alimenter de manière permanente le désir des hommes. D'autres femmes sont réservées à la maternité, éduquées pour élever les enfants (garçons et filles). On leur enseigne à préparer les bonnes conditions qui font que les petits hommes seront dirigés vers la maison-des-hommes. Certaines d'entre elles ne connaissent même pas ce qui a trait à leur propre désir sexuel. On voit que les éducations masculines et féminines sont complémentaires des mêmes rapports sociaux de sexe.

Et les femmes, dans l'éducation masculine, signent la différence et servent de récompense. Je passe rapidement sur cette image du Tour de France, ou de n'importe quelle autre compétition sportive masculine : la belle femme qui remet les fleurs et les bises au gagnant. Elle est devenue si caricaturale de cette éducation sexiste et homophobe qu'elle passe presque inaperçue. Pourtant, bien avant d'espérer gagner le tour de France ou n'importe quelle compétition sportive pour adultes, p'tit homme apprend dans le regard des femmes les vert

Par Misfit
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Vendredi 24 février 2006
Comprendre
Mon enfant est homosexuel...
 
Découvrir l'homosexualité de son enfant est souvent vécu comme une souffrance. Prendre le temps de dédramatiser permet aux parents de mieux accepter.

Quoique moins tabou, l'homosexualité reste un sujet sensible. Reconnaître celle de son enfant comme légitime exige un long chemin semé de doutes, de crainte du qu’en-dira-t-on.

« On accepte, mais il reste des problèmes, des lames de fond qui reviennent parfois, admet Christine. J’avais bâti pour ma fille un scénario de vie. Il faut faire son deuil de l’enfant idéal. Mon mari a mis plus de temps que moi. C’est encore difficile de les voir s’embrasser… »


La révélation

Ça arrive un jour, dans un climat de confidence, il (elle) vous en parle. Ou bien, pour se donner du courage, vous présente l’amour de sa vie. Souvent, même si on s’en doutait, c’est un choc.

On pleure, on se lamente sur les petits-enfants qu’on aurait tant voulu avoir. On oublie que l’homosexualité comporte une part énorme d’affectivité, d’amour. Or c’est là que se situe le terrain d’entente le plus solide : ces couples connaissent des peurs et des joies, des doutes et des regrets, espoir et jalousie.
À une différence près, ils vivent comme nous. Pourquoi les bannir, même si cela nous déchire ?

« Tout sauf ça »

Si les mentalités ont évolué, l’homophobie persiste. De nombreux parents affirment : « Tout sauf ça ! » Des jeunes qui ont voulu se confier à leurs parents sont rejetés par leur famille comme des criminels. C’est la honte, la trahison. Surtout dans les petites localités, où les proches se sentent déshonorés.

La qualité de la relation affective qui existait avant la révélation joue un grand rôle. Si elle était solide, il est moins malaisé de la perpétuer, de la réinventer.
Si elle était agressive, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les portes et les cœurs se ferment… pour se rouvrir, parfois, plus tard.

Dire et comprendre

Beaucoup de jeunes homosexuels sont désespérés de cette incompréhension. Beaucoup vivent cachés et portent cette blessure comme un deuil déchirant (statistiquement, ceux qui n’ont rien dit jusqu’à 40 ans sont les plus malheureux, ils ont trop attendu, il est trop tard).

Pourtant, l’homosexualité n’est ni un échec ni une maladie, c’est une composante de la personnalité.

Au-delà de la gêne, de la peur, de la honte, enfants et parents ont plus de chances de s’en sortir ensemble quand la vérité voit le jour tôt.


Ça arrive un jour, dans un climat de confidence, il (elle) vous en parle. Ou bien, pour se donner du courage, vous présente l’amour de sa vie. Souvent, même si on s’en doutait, c’est un choc. On pleure, on se lamente sur les petits-enfants qu’on aurait tant voulu avoir. On oublie que l’homosexualité comporte une part énorme d’affectivité, d’amour. Or c’est là que se situe le terrain d’entente le plus solide : ces couples connaissent des peurs et des joies, des doutes et des regrets, espoir et jalousie. À une différence près, ils vivent comme nous. Pourquoi les bannir, même si cela nous déchire ? Si les mentalités ont évolué, l’homophobie persiste. De nombreux parents affirment : « Tout sauf ça ! » Des jeunes qui ont voulu se confier à leurs parents sont rejetés par leur famille comme des criminels. C’est la honte, la trahison. Surtout dans les petites localités, où les proches se sentent déshonorés.La qualité de la relation affective qui existait avant la révélation joue un grand rôle. Si elle était solide, il est moins malaisé de la perpétuer, de la réinventer. Si elle était agressive, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les portes et les cœurs se ferment… pour se rouvrir, parfois, plus tard. Beaucoup de jeunes homosexuels sont désespérés de cette incompréhension. Beaucoup vivent cachés et portent cette blessure comme un deuil déchirant (statistiquement, ceux qui n’ont rien dit jusqu’à 40 ans sont les plus malheureux, ils ont trop attendu, il est trop tard). Pourtant, l’homosexualité n’est ni un échec ni une maladie, c’est une composante de la personnalité. Au-delà de la gêne, de la peur, de la honte, enfants et parents ont plus de chances de s’en sortir ensemble quand la vérité voit le jour tôt.
Quelles réticences ?
Comment en parler ?
L'association Contact pour vous aider

Source : http://www.dossierfamilial.com/html/art_762.html

Par Misfit
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Mercredi 1 mars 2006

Economiques

Successions, la liberté en taxant

par Thomas PIKETTY
QUOTIDIEN : lundi 27 février 2006




Passée presque inaperçue en cette période d'actualité chargée, la réforme des successions adoptée la semaine dernière est pourtant riche d'implications concrètes pour des millions de Français. L'objectif des députés est de «simplifier les successions». Il s'agit de mettre fin à des situations inextricables créées par les rigidités anciennes de notre système successoral, et que les évolutions de la société n'ont fait qu'aggraver. La loi prévoit de faciliter les transmissions directes aux petits-enfants, d'adapter les donations au cas des familles recomposées, ou encore de passer de la règle de l'unanimité à celle des deux tiers pour la gestion des indivisions.

On pourrait reprocher au texte d'être trop timoré et de ne proposer que des demi-mesures dans un domaine où un grand dépoussiérage s'impose depuis longtemps. En particulier, l'avancée sur le Pacs est bien timide. Le partenaire survivant disposera d'un droit temporaire de jouissance d'un an sur le logement commun, ce qui est peu par comparaison aux droits habituellement attribués au conjoint survivant, tout du moins lorsqu'il s'agit d'un conjoint légitime et de l'autre sexe. Et il n'est pas interdit de se demander si ce droit au rabais (qui, il est vrai, n'existait même pas lors de la création du Pacs) ne serait pas de nature à éloigner durablement les couples homosexuels du régime commun.

Il reste qu'en se focalisant sur la question de la simplification et des libertés nouvelles, et non pas sur le faux problème des taux d'imposition, cette loi peut contribuer à orienter le débat français dans la bonne direction. Contrairement à une idée fausse mais forcément populaire, le problème de l'impôt successoral n'est pas son niveau. Historiquement, les taux appliqués aux successions en ligne directe ont toujours été relativement légers en France, avec un taux supérieur de 40 % depuis 1983 (il était de 15-20 % dans les années 1960-1970), applicable seulement à la fraction des successions supérieure à environ 2 millions d'euros (par héritier). Concrètement, le jeu des abattements fait que le taux effectif pour un patrimoine d'un million d'euros, niveau atteint par moins de 0,3 % des décès, légué à un conjoint et deux enfants, est aujourd'hui d'à peine 15 %. Il s'agit là de taux relativement faibles en comparaison de ceux appliqués dans de nombreux pays.

Par exemple, on oublie souvent que le taux supérieur de l'impôt successoral américain était de 77 % des années 1940 aux années 1970, et qu'il est de 55 % depuis les années 1980, niveau qui n'a jamais été atteint en France. Et si Bush prévoit de réduire progressivement ce taux de 55 % pour le porter à 0 % d'ici à 2011 (suppression intégrale de la «death tax»), il est peu probable que cette loi pluriannuelle aille à son terme, tant les critiques sont vives aux Etats-Unis, notamment chez les self-made men qui ne veulent pas que leurs enfants se transforment en rentiers. En vérité, le principal problème du système français est son extrême rigidité.

Outre-Atlantique, le principe de liberté s'incarne fiscalement dans la liberté absolue laissée aux individus pour transmettre leur patrimoine comme ils l'entendent : quel que soit le lien entre le donataire et les héritiers, les taux de l'impôt sont les mêmes et, en l'occurrence, relativement élevés pour les gros patrimoines.

En France, c'est tout le contraire : si on a le bon goût de léguer son patrimoine à ses enfants légitimes, et en parts égales, alors l'impôt est léger. Mais si l'on tente de donner quelque chose à une charmante personne rencontrée quelques mois avant le décès, ou encore à un compagnon du même sexe, alors les foudres du fisc s'abattent sur l'impudent : les transmissions en ligne familiale indirecte (frères et soeurs, etc.) et entre non-parents sont taxées au premier franc, avec des taux compris entre 35 % et 55 % suivant les cas. Imprégné d'un mélange de tradition catholique et napoléonienne, notre système successoral n'a probablement jamais été un bon système. Avec l'évolution des moeurs, le vieillissement, etc., il est devenu franchement problématique.

Certes, nous sommes encore très loin d'un système satisfaisant, qui reste d'ailleurs à inventer (la liberté absolue mérite sans doute d'être contrainte quelque peu). Certaines dispositions votées la semaine dernière vont toutefois assez loin dans la direction de la liberté de tester. Par exemple, la possibilité donnée à un héritier de renoncer à sa part de réserve au profit d'un frère ou d'une soeur handicapé, si elle peut sembler anodine, remet assez profondément en cause le sacro-saint principe du partage en parts égales à l'intérieur des fratries, et souligne le caractère liberticide du système antérieur.

Plus généralement, cette orientation permettra peut-être de faire progresser l'idée selon laquelle un bon impôt est un impôt qui rapporte à la puissance publique les moyens nécessaires pour financer les dépenses collectives, qui le fait de façon juste et progressive (éventuellement lourdement progressive), mais surtout qui remplit ces deux objectifs de la façon la moins intrusive possible pour les personnes comme pour les entreprises.

La liberté en taxant, en quelque sorte.

Thomas Piketty est directeur d'études à l'Ehess.

Source :
http://www.liberation.fr/page.php?Article=362827

Par Misfit
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Mercredi 1 mars 2006
Tony Anatrella

Le séminaire international contre la légalisation des unions homosexuelles, organisé cette semaine par le Vatican, ne pouvait pas se faire sans lui. Le père Tony Anatrella, ancien membre de l’archidiocèse de Paris avant d’être nommé par Jean-Paul II en 2000 auprès du Conseil pontifical pour la famille, offre l’onction de sa fonction de psychanalyste aux discours les plus réactionnaires de l’Église. Car Anatrella a une utilisation essentialiste, presque naturaliste de la psychanalyse. Il s’en sert pour expliquer que le non-respect de l’ordre établi est le vecteur de troubles psychologiques, donc sociaux. « C’est lorsque la figure symbolique de ce que signifie le père se trouve altérée voire escamotée que se pose le problème », soutien doctement ce fidèle soutien de la famille traditionnelle. Dans ces conditions, toute déviance des normes sociales est interprétée comme une défaillance psychologique, voir même, un signe d’aliénation. « L’homosexualité apparaît comme un inachèvement et une immaturité foncière de la sexualité humaine », a-t-il lancé dans la presse italienne pour expliquer le texte par lequel le Saint-Siège a une nouvelle fois, en novembre dernier, interdit la prêtrise aux homosexuels. Évidemment, l’homosexualité n’est pas le seul cheval de bataille du psy de l’Église : famille, toxicomanie, sexualité, rien n’échappe à ses diatribes normatives. En 1996, alors que la Conférence épiscopale de France venait de courageusement reconnaître la nécessité d’utiliser le préservatif pour lutter contre le sida, le bon prêtre publiait un ouvrage dans lequel il dénonçait « l’aberration du discours de prévention » qui « fabrique des modèles de comportement banalisant la déviance ».

Camille Bauer

Source : http://www.humanite.fr/journal/2006-02-25/2006-02-25-824947

Par Misfit
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Mercredi 1 mars 2006

Travail d'équipe contre les préjugés

Chez EDF, Peugeot... les gays créent leurs propres associations de salariés.

par Luc PEILLON
QUOTIDIEN : lundi 27 février 2006




Dans les couloirs, certains les appellent les pédales de gauche. Embrayage, dernière-née des associations professionnelles homos, créée en juin 2005 chez Peugeot-Citroën, veut «lâcher les freins» et «accélérer les idées». Comme pour ses aînées de la SNCF, d'EDF ou du ministère des Finances, son objectif est la tolérance : «Il y a des gays partout, même dans l'automobile. Ce peut être votre chef, votre collaborateur. Il peut être sympathique ou pas, performant ou pas, manger à la cantine ou pas, mais ce qu'il apprécie c'est d'être respecté et jugé sur la qualité de son travail.» De nouveaux ghettos, accusent ses détracteurs. «Non, c'est seulement une volonté de briser les clichés, de montrer qu'un gay n'est pas uniquement coiffeur ou danseur sur un char à la Gay Pride», insiste son président, Frédéric Blin.


«Erreur.» Regroupées au sein du collectif Homoboulot (lire ci-dessous), la plupart de ces associations se sont créées dans la foulée du Pacs. A la SNCF, Jérôme Bougerolles se souvient que la nouvelle loi n'était pas prise en compte par le logiciel de l'entreprise. «Quand on s'enregistrait comme "monsieur", apparaissait automatiquement "madame" pour la case conjoint.» Une «erreur» informatique que la SNCF, sous la pression de l'association Gare, mettra deux ans à corriger. Mais le but est aussi de montrer une autre image des gays : «Dans homosexuel, il y a le mot sexe, qui renvoie à l'intime. C'est très réducteur. Il faudrait inventer un mot du type "homo-amour".»

Car, même en 2006, la méconnaissance du sujet est patente. Au ministère des Finances, pour la Journée contre l'homophobie, que l'association Comin-G se proposait de relayer dans les bureaux, une responsable de la direction a fini, un peu gênée, par répondre à son président : «Vous savez, nous, l'homophobie, on n'est ni pour ni contre.» Un salarié de PSA, récemment «outé», s'est entendu dire par un collègue : «Je suis allé dans le Marais, j'ai vu deux gays, on dirait des hommes normaux. Comme toi...»

Sensibiliser, expliquer, mais aussi former, les associations gays tentent de prendre le mal à la racine. Dans les forces de l'ordre, l'association Flag a réussi à intégrer deux heures de sensibilisation à l'homophobie dans les écoles de police. L'association l'Autre Cercle, regroupement multiprofessionnel de gays et lesbiennes au travail, a monté un module de formation à destination des DRH et des jeunes dirigeants. Elle est également en lien avec Vigeo, l'agence de notation sociale, pour intégrer l'homophobie dans ses critères. «C'est un travail de longue haleine. Mais nous souhaitons en passer par la formation plutôt que par la menace, comme c'est le cas aux Etats-Unis, avec des black-lists d'entreprises homophobes», explique sa présidente, Catherine Tripon.

Moins seuls. Toutes ces structures regroupent aujourd'hui plusieurs centaines de membres. Souvent des adhésions secrètes qui permettent aux homos de se sentir un peu moins seuls sur le lieu de travail. Mais toutes n'ont qu'un but : «S'autodissoudre lorsque l'homosexuel dans l'entreprise sera considéré comme n'importe quel autre salarié.»

Source :
http://www.liberation.fr/page.php?Article=362811

Par Misfit
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Mercredi 1 mars 2006

Christophe Falcoz, spécialiste en management, analyse la résistance de l'entreprise aux évolutions:

«Le dernier refuge de la virilité»

par Luc PEILLON
QUOTIDIEN : lundi 27 février 2006



Christophe Falcoz, docteur en sciences de gestion, est directeur de RCF Management, un cabinet de formation en techniques de management.

Pourquoi l'entreprise est-elle virile ?

Les premières recherches en psychologie sociale ont expliqué comment, au cours de la révolution industrielle, le couple qui jusqu'alors travaillait ensemble aux champs va progressivement se différencier. L'homme part à l'usine, la femme reste à la maison. Le modèle patriarcal était né, représenté par un homme fort, musclé, dur au mal et qui ne pleure plus. Cette image est très proche de celle du militaire, qui va également inspirer la gestion d'entreprise à cette époque. Les grandes manufactures vont prendre modèle sur l'armée et notamment sur sa discipline. Le mot «cadre», comme celui de «carrière», vient d'ailleurs de la défense et de la diplomatie. C'est le développement du modèle viril, à côté duquel la femme et l'enfant ne sont que des sous-produits. On privilégie l'homme blanc, marié, avec enfants, et généralement chrétien. Le management contemporain est le fruit de cette histoire. Il nécessite «des hommes, des vrais», seuls en mesure d'assurer des fonctions d'encadrement, seuls à même de mener la «guerre économique».

Ce modèle connaît aujourd'hui des remous...

L'institution familiale a déjà connu des évolutions. Les débats sur le Pacs ou l'homoparentalité ont poussé à revoir le schéma classique de la famille. L'entreprise, lieu non démocratique par excellence, est en revanche le dernier refuge de la virilité. Les homosexuels y subissent les mêmes problèmes que les femmes. Ils connaissent le même «plafond de verre». Si vous êtes homo, si vous êtes une femme, on considère alors que vous ne pouvez pas diriger d'autres hommes. Mais les femmes exercent aujourd'hui une pression très forte. Leur meilleure réussite scolaire et leur arrivée à des postes à responsabilité provoquent des mouvements de résistance de la virilité. Le monde du travail vit un moment particulièrement important. Tout pousse au changement et en même temps, tout résiste. Et quand ça résiste, ça peut faire extrêmement mal. Le problème, c'est de savoir combien de temps va durer cette période.

Les préjugés peuvent aussi être à l'avantage des homosexuels.

Il y a effectivement des clichés qui, a priori, pourraient être favorables aux homosexuels. On va considérer, par exemple, qu'un homo a le sens du relationnel, qu'il met une bonne ambiance, qu'il est sympa et un peu extraverti. On va également se dire qu'il n'a pas de famille, donc qu'il est très disponible, qu'il peut travailler plus ou partir à l'international. Mais les homosexuels sont comme les hétéros : peut-être n'ont-ils pas envie de faire des heures supplémentaires ou de vivre à l'étranger... Tout stéréotype, dans un sens ou un autre, est dangereux. Et l'orientation sexuelle, quoi qu'il en soit, n'a rien à faire avec les qualités ou les attentes professionnelles.

Source :
http://www.liberation.fr/page.php?Article=362810

Par Misfit
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Mercredi 1 mars 2006

Dans un monde du travail où l'hétérosexualité est la norme, les homos craignent de se dévoiler. Au prix de non-dits quotidiens.

Les gays salariés non déclarés

par Luc PEILLON
QUOTIDIEN : lundi 27 février 2006




«J'en ai marre de ce pédé !» Michel (1) tremble. Impassible, il écoute son patron se défouler sur l'un de ses collègues absents. Michel, lui, est homo. Pour de vrai. Il envisageait, il y a peu, de révéler son orientation sexuelle. Maintenant, il n'en est plus question. Pour quelque temps encore, Michel restera silencieux. Homophobe, son patron ? «Pas spécialement, mais après une telle réflexion, difficile de se livrer...» Retour au placard, au mensonge et au non-dit. Retour au pays des hétéros.

La société, et le monde du travail avec elle, a pourtant évolué depuis quelques années. Le Pacs, la Gay Pride, les associations d'entreprise gays (lire page suivante), les chartes de la diversité et autres codes de bonne conduite signés par les sociétés : autant d'éléments qui favorisent aujourd'hui une plus grande «visibilité». Le silence doucement se rompt dans les couloirs et de plus en plus de gays décident de se dévoiler. Même si le milieu professionnel, normalement asexué, reste très «hétéronormé».

Arbres de Noël. «Essayez, en tant que non-homo, de cacher votre hétérosexualité, ne serait-ce qu'une semaine», propose Catherine Tripon, responsable de l'Autre Cercle, association de réflexion sur la place de l'homosexualité dans le monde du travail. «La discussion, le lundi matin, autour de la machine à café, la naissance du petit dernier, la photo de famille sur le bureau... Tout rappelle, par petites touches invisibles, que le monde du travail est hétérosexuel.» Une pression permanente qui demande un effort quotidien aux homos. «Les hétéros ne se posent pas de questions, ils s'affichent ouvertement au travail. Ils parlent librement au téléphone avec leur femme ou leur mari, vous racontent leur week-end en famille, sans que vous puissiez répondre naturellement», complète Philippe Chauliaguet, du collectif Homoboulot. Une intrusion de la vie privée dans la sphère professionnelle, accentuée par l'évolution du monde du travail. «La tertiarisation de l'économie, par le développement du secteur des services, et les contacts plus fréquents qu'elle implique, a fait progresser la porosité entre vie personnelle et vie professionnelle», note Vincent de Gaulejac, sociologue du travail. Le salarié dans le secteur des services doit échanger, séduire, nouer des liens, négocier. Bref, créer du rapport humain. Sans parler des invitations à dîner, des séminaires avec les conjoints ou autres arbres de Noël avec les enfants.

Homo dans un océan d'hétéros, le premier réflexe est de se cacher. «C'est la première forme d'homophobie, celle de l'autocensure, relève Philippe Chauliaguet. Les homos qui choisissent de se taire doivent faire l'impasse sur une partie de leur personnalité.» Et subir. «On se tait, on écoute, on se retient d'intervenir, on attend que la conversation évolue, rapporte Jérôme Bougerolles, de l'association Gare, qui rassemble des homosexuels de la SNCF. Chez nous, le pire c'est pour les agents de conduite, quand il faut aller dormir le soir en foyer avec les collègues, écouter les blagues bien grasses, un peu homophobes. Et rester silencieux.» Car, à la différence des minorités visibles, le gay est a priori transparent. «Quand un homo arrive dans un groupe, il est forcément hétéro, par défaut, explique Alain Parmentier, de l'association Flag, les homos de la police. Un Noir, ça se voit, une femme aussi, mais pas un pédé. Notre travail est déjà stressant. Ne pas pouvoir le dire ajoute beaucoup de pression.» Le silence peut aussi amener à des situations cocasses. Didier, en stage dans une ambassade d'Amérique latine à la fin de ses études, se souvient : «Une secrétaire s'était mise en tête de me caser avec une autochtone. Je ne savais plus comment m'en débarrasser. Puis, à la fin du stage, des collègues m'ont emmené dans une boîte de strip-tease, où les filles se frottent à vous. Ils pensaient me faire plaisir. C'était horrible.» D'autres choisissent le mensonge, s'inventent une vie. «Pendant trois ans, mes collègues pensaient que j'étais hétéro. Officiellement, je sortais avec une hôtesse de l'air. C'est plus pratique. Mais chaque jour, ils me réclamaient une photo, me demandaient de l'inviter aux pots. C'était devenu impossible à vivre. Je passais pour un asocial. J'évitais la machine à café, je fuyais à l'heure du déjeuner», raconte Sébastien, employé chez Peugeot-Citroën, qui maintenant en rigole.

«Soulagement». Car, depuis, Sébastien s'est dévoilé. Sorti du placard, comme de plus en plus d'homosexuels au travail. «Je me suis senti libéré. J'étais enfin naturel au boulot. Et les gens l'ont bien accepté. J'ai même un collègue qui est venu me voir un peu honteux, en me demandant de l'excuser pour les blagues homophobes qu'il me balançait depuis des années.» Julie, elle, collaboratrice dans un cabinet d'avocats, a souhaité devenir associée. Celle qui depuis toujours amenait ses petits neveux à l'arbre de Noël du cabinet a pris ses futurs copatrons entre quatre yeux : «Je vis avec une femme.» «Ce fut un soulagement pour eux. Ils connaissaient mon homosexualité, mais nous étions dans le non-dit. Mon silence les avait mis dans une position délicate. Ils le respectaient, mais n'osaient pas me poser de questions. Du coup, ils ont accueilli ma déclaration comme une marque de confiance.» Yves Nida, responsable d'EnerGay, les homos des industries électriques et gazières, EDF, GDF..., a marqué le coup dès la première soirée extraprofessionnelle : «Il fallait venir avec son conjoint. Je suis venu avec mon ami. Il n'y a pas eu de problème. Les gens étaient plutôt ouverts.» D'autres conseillent d'attendre un peu. Comme Jérôme Bougerolles, de la SNCF : «Il est souvent préférable de prendre ses marques dans le service, que les gens vous estiment, reconnaissent vos qualités professionnelles. Il est même parfois plus judicieux de le laisser comprendre, sans forcément le dire ouvertement. C'est plus doux et ça passe mieux.» Encore faut-il que le cadre de travail le permette. Alain Parmentier, brigadier, a hésité quelques instants, lorsque, à un pot du commissariat, un collègue lui balance devant tout le monde : «Alors, c'est toi la tapette de service ?» Rire général. Alain ne se démonte pas. «Oui c'est moi, et t'as un joli petit cul, alors fais gaffe à toi.» Nouveau fou rire dans l'assemblée. Alain ne sera plus jamais inquiété.

En douceur ou de façon plus trash, le coming-out, quoi qu'il en soit, semble payant. A la SNCF, 63 % des adhérents de l'association Gare (dont la moitié occupent des postes d'exécution) reconnaissent en avoir parlé à leur entourage professionnel. Parmi eux, aucun n'a vu sa situation se dégrader. La réaction est le plus souvent l'indifférence (62 %), voire une certaine amélioration dans leurs relations de travail (18 %). Une autre enquête, toutes professions confondues, réalisée par le docteur en sciences de gestion Christophe Falcoz, révèle que pour les 84 % des salariés homos interrogés qui ont choisi de révéler leur orientation sexuelle, «seuls» 20 % disent avoir vécu une détérioration dans leurs relations professionnelles.

Vieux réflexes. Le monde du travail, cependant, n'est pas encore un havre de tolérance. «Le boulot reste le dernier endroit où l'on déclare son homosexualité», rappelle Frédéric Blin, responsable de l'association Embrayage, les homos de PSA. Les coming-out se font au cas par cas et le silence demeure l'attitude majoritaire, réduisant d'autant les situations conflictuelles et donc les dépôts de plainte pour discrimination. Et quand on parle d'homophobie au travail, c'est bien souvent là où on ne l'attend pas. Les cadres dirigeants excellent dans le machisme, selon Vincent de Gaulejac, et l'association SOS Homophobie compte une majorité de ses victimes dans le secteur de la distribution. A l'inverse, le milieu industriel, à l'instar de PSA, ne se montre pas forcément le plus intolérant, et les petites villes de province, comme le rapporte Jérôme Bougerolles, de la SNCF, peuvent réserver de bonnes surprises. Il n'empêche. Les réflexes hérités de longue date persistent et les homosexuels cherchent souvent à être irréprochables dans leur travail, en s'assurant notamment une bonne place dans la hiérarchie. En témoigne la «botte» de l'ENA, qui regroupe les quinze meilleurs élèves de chaque promo. En 2005, elle affichait au moins six homos.

(1) Certains prénoms ont été modifiés.

Source :
http://www.liberation.fr/page.php?Article=362809

Par Misfit
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Jeudi 2 mars 2006

De l'existence d'une crise annoncée et des causes de déclin de commerces communautaires traditionnels...

Depuis quelques mois en ne peut ouvrir un magazine gay, participer à un dîner ou même regarder la presse généraliste sans que l'on nous annonce que les commerces identitaires sont moribonds et que l'activité des entreprises gaies est au plus mal.

Quid de cette sinistrose du commerce LGBT, ses causes annoncées, légitimes ou non (I), et quels sont les éléments temporisant cette vague de pessimisme et les pistes pour y remédier (II) ?

De l'existence d'une crise annoncée. A écouter les représentants d'établissements gais «tout le monde pleure» et le commerce gai «va mal». Cette crise, marquée par la fermeture d'établissements gais ainsi que par la diminution des chiffres d'affaires de la plupart des commerces traditionnels LGBT est bien réelle.

Pour autant peut-on parler d'une crise propre aux entreprises gaies ? D'une crise identitaire, sectorielle ou conjoncturelle ? Cette crise cache-t-elle l'apparition, l'essor et la bonne santé d'autres entreprises gaies sortant du triptyque historique café-resto-cruising ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer les difficultés rencontrées par les établissements gais traditionnels. Une crise conjoncturelle et sectorielle existe et n'est pas propre aux commerces gais. Le secteur cafetier, de la restauration et des établissements de nuit est l'un des plus concurrentiels, qu'il s'agisse d'établissements identitaires ou généralistes et tous sont en crise.

Des facteurs conjoncturels donc, et l'on ne fait qu'ouvrir des portes ouvertes en les énumérant. Alors ouvrons les encore : si la consommation reste globalement forte en France, le taux de chômage reste important, la baisse du pouvoir d'achat et la hausse des charges essentielles (logement, essence...) frappent tout le monde, indépendamment de l'orientation sexuelle ou non. Les premiers postes budgétaires à pâtir de cette conjoncture sont ceux non essentiels. De plus, de nouvelles charges grèvent le pouvoir d'achat global des ménages, homosexuels ou non : abonnements téléphoniques, forfaits Internet, télévision payante etc

Des facteurs concurrentiels existent également. Pour Paris, le secteur est l'un des plus concurrentiels avec nombre de bars et cruisings identitaires. La clientèle gaie est faiblement élastique et le nombre croissant d'établissements conduit inévitablement à un seuil de saturation, l'équilibre sectoriel se faisant par la disparition des acteurs les plus fragiles.

De plus, la concurrence ne s'effectue plus uniquement entre entreprises gaies. Des facteurs socioculturels ne doivent pas être méconnus. Une plus grande visibilité de la communauté LBGT, la prise en compte de la réalité et des spécificités d'une clientèle gaie, comme un meilleur accueil global de cette clientèle dans les établissements généralistes font que ces derniers concurrencent directement des commerces qui s'assuraient, sous couvert d'une image identitaire, une clientèle captive. La volatilité de la clientèle gaie est une donnée désormais acquise. Des sociétés non identitaires n'hésitent plus à créer des thématiques LGBT et à packager des offres ciblées tout comme les grandes marques et annonceurs ne sont plus frileux pour s'adresser directement à une clientèle homosexuelle voire de créer des produits et services dédiés.

Nos propos pourraient s'arrêter là et faire du seul constat de la mauvaise santé annoncée d'un secteur, ou tout du moins de quelques acteurs visibles, le diagnostic et l'annonce d'une fin de vie d'un secteur entier. Pour autant il n'en est rien. Il ne suffit pas d'avancer des seules données quantitatives (nombre d'établissements gais, nombre de fermetures, comparatif de chiffres d'affaires...), partielles de surcroît, pour conclure à une crise.

Les causes sont plus diffuses, souvent moins palpables que des données objectives chiffrées...


Des causes de déclin de commerces communautaires traditionnels. La critique est un art facile, un sport national et souvent un trait commun chez les gays. Pour autant, on ne peut y échapper et cela ne doit de toute façon ni conduire à des généralités ni conduire à des amalgames sur tout un secteur. Quoi qu'il en soit, quelles sont les oppositions faites aux commerces traditionnels LBGT et qui conduisent une partie de la clientèle à se détourner ou bouder des établissements jusqu'alors plébiscités ?

C'est bien sur des éléments qualitatifs et non plus seulement quantitatifs que notre réflexion et notre analyse doivent se porter. S'il ne suffit plus d'afficher un rainbow flag en vitrine et mettre un vendeur ou serveur au physique avantageux pour s'assurer une clientèle, il convient de se rappeler des fondamentaux qui jusqu'alors étaient minorés : qualité, service, propreté, attractivité tarifaire, innovation.

Qui n'a jamais payé un coca éventé servi par une dinde en H&M, au regard méprisant et sourire disparu, pour qui «bonjour», «s'il vous plait», «merci» et «au revoir» sont des mots inconnus ? Le tout amplifié si vous dépassez trente ans, cumulez une surcharge pondérale et une garde-robe quia plus de six mois.

Mais encore, si les commerces gais s'affirmaient comme des lieux essentiels de sociabilité LGBT, la réunion en des mêmes lieux de gays et lesbiennes ne suffit plus à assurer le succès d'un établissement ou d'un commerce. La clientèle homosexuelle devient légitimement exigeante et c'est l'art du professionnel de devenir non plus un simple offreur d'espace commun ou un vendeur de produits ciblés mais de tendre vers l'animation de son établissement, de le rendre convivial et attractif, et d'assurer un conseil dans sa prestation de vente ou de service.

A défaut, et parce que la nature a horreur du vide, la clientèle elle-même s'approprie la faculté d'opérer cette prestation, à moindre coût de surcroît, ou alors se tourne vers les commerces généralistes. Le commerce devient globalement asexué et sexuellement non connoté. Quand des marques et produits à succès chez la clientèle gaie n'étaient proposés à la vente que dans des boutiques identitaires, ces mêmes marques ou produits se retrouvent désormais dans les corners des grands magasins et en moins de temps que cela ne l'était auparavant. Les commerces gais fonctionnaient quand la clientèle ne pouvait y trouver ailleurs ce qu'elle y recherchait. Le caractère prescripteur de la clientèle gaie est de moins en moins réel tout comme le coté précurseur de tendance ne se vérifie plus. Egalement, le succès des soirées privées ou «entres amis» et celui des services de dialogues en lignes ne sont qu'une illustration de ce phénomène et non une cause de la crise des commerces identitaires. Bien avant Internet, les gays et lesbiennes avaient déjà la faculté de bouder bars et restaus au profit de leurs appartements tout comme la télématique et l'audiotel étaient des vecteurs importants de rencontres, pour autant ils plébiscitaient encore cafés, boîtes de nuit, saunas, cruising.

Les prestations des commerces traditionnels LGBT ne peuvent plus se limiter au seul remplissage d'un verre, à faire tourner un vinyle de Madonna sur une platine ou à tendre une capote à l'entrée d'un sex club. C'est bien parce que la clientèle attend une valeur ajoutée substantielle qu'elle soumet dorénavant son adhésion à un établissement à de nouvelles prestations en sus du respect des fondamentaux.

Pour preuve, des succès concernant de nouveaux établissements traditionnels existent, ceux-là même qui ont su prendre en compte ces nouvelles attentes : Sun city, Gym Louvre, Oh Fada bar, Next, Raid Bar et nous en oublions certainement, mea culpa. Ces commerces ne font pourtant pas partie d'Internet, accusé de circonstance de tous les maux du commerce gai, mais ont su anticiper les attentes nouvelles de la clientèle, répondre en chaque point aux critères qualitatifs de leurs professions, être innovants en matière de concept, user des techniques marketing et ont su communiquer avec des moyens modernes. Le bouche-à-oreille et un emplacement dans le Marais ne suffisent plus à attirer le chaland.

C'est donc bien une mutation que les entreprises gaies connaissent et non une crise globale. Et il est vrai, certaines entreprises gaies subissent cette mutation, d'autres en bénéficient...

De la réalité d'une mutation des entreprises gaies et des éléments de renouveau de l'entreprenariat communautaire...

Depuis quelques mois en ne peut ouvrir un magazine gay, participer à un dîner ou même regarder la presse généraliste sans que l'on nous annonce que les commerces identitaires sont moribonds et que l'activité des entreprises gaies est au plus mal.

Quid de cette sinistrose du commerce LGBT, ses causes annoncées, légitimes ou non (I), et quels sont les éléments temporisant cette vague de pessimisme et les pistes pour y remédier (II) ?

De la réalité d'une mutation des entreprises gaies (II). La mutation des entreprises gaies n'est que le reflet d'une mutation générale du secteur tertiaire. Le secteur des services tend à la fois à s'hyper-spécialiser et à étendre ses offres, à destination de consommateurs de plus en plus exigeants et revendicatifs.

Ce phénomène n'exclut pas les gays prompts à accueillir de nouvelles offres commerciales qui leurs sont dédiées. Par exemple, le succès des prestations aux personnes ou de nouvelles offres de services chez une clientèle LGBT (entrepreneurs et artisans gays comme C' le plombier, agences immobilières gayfriendly, chambres d'hôtes gaies, voyagistes comme Attitude Travel, assurances dédiées...) est l'illustration même des nouvelles attentes de la clientèle LGBT. Cette communauté accueille favorablement ce type de services s'ils sont novateurs et répondent à un besoin.

Tout comme le commerce devient globalement sexuellement non connoté, les commerçants trouvent également dans la population hétérosexuelle de nouveaux clients. A l'heure du thé, certains bars du Marais ne comptent-ils pas les mamies du quartier derrière les tables, de l'aveu même de leur direction, clientèle qui laisse sa place le soir à une population plus identitaire ?

Sur l'hyper-spécialisation, les commerces qui répondent aux attentes d'une clientèle de niche ne semblent pas subir la crise : Bear's den, Cox (...) affichent, même sur leurs trottoirs, leur réussite.

Egalement, les notions identitaires tendent à s'effacer. Tout comme on ne parlera plus de couples homosexuels mais de couples, de mariage homosexuel mais de mariage (...), on parlera moins d'établissements gais mais d'établissements, moins de clientèle gaie mais de clientèle. Pas de crainte toutefois, communauté d'intérêts, de desseins et d'affinités et une histoire commune, une culture propre, font que l'élément identitaire demeurera mais reviendra, en partie, au sein la sphère privée. Toutefois, dès lors que l'intimité sera en question et que la sphère privée jouera un rôle dans l'acte d'achat ou dans la prestation de services, les réflexes identitaires devraient demeurer : rencontres bien sûr mais également des prestations de services comme le conseil juridique, en patrimoine, en matière de santé, ou même pourquoi pas l'appel à une société de femmes ou hommes de ménages que cela ne dérangeraient pas de plier les caleçons de monsieur et monsieur et faire la poussière entre deux sex toys.

On le comprend, cette mutation fait que certains commerces la subissent mais que d'autres, novateurs et qui participent à cette évolution globale, en bénéficient. Et nous n'en sommes qu'au début.

Quid alors de cette méchante fatwa qui fait d'Internet le coupable facile des pleureuses d'aujourd'hui qui étaient les gagneuses d'hier ? «La faute à Internet !» est devenue la conclusion indéniable de la crise annoncée du commerce gai et cette sentence est proche de l'irrationnel tant elle est avancée comme indéniable, tout aussi sûr que l'eau mouille. De là à voir dans cette raison un argument propre à défausser de toute responsabilité quant à leur sort ceux qui l'utilisent, il n'y a qu'un pas. Ne le franchissons pas. Il est encore temps de s'inscrire en faux en avançant des arguments, tant factuels qu'économiques.

Concernant les raisons factuelles, répétons le, les services par voie électronique à destination de la clientèle gaie ne sont pas nouveaux, le minitel et l'audiotel existent depuis plus de 20 ans et comptaient un public important. La clientèle captée par les services en ligne est majoritairement une clientèle que les commerces gais ne touchaient pas. Si ce n'est pour avancer nos seuls chiffres, 70% de nos Internautes sont en Province, principalement à des dizaines de kilomètres du premier lieu de sociabilité LGBT ou commerces identitaires, et une grande partie d'entre eux ne vont jamais dans un établissement gai. De plus, concernant la clientèle urbaine et celle à fort pouvoir d'achat, elle a, selon les études marketing sur notre lectorat, une utilisation ancienne d'Internet, beaucoup plus que la population d'internaute générale. Dans ces conditions Internet aurait déjà impacté depuis plusieurs années les commerces LGBT implantés dans les grandes villes, Paris en tête, et non pas ces seuls derniers mois.

Concernant les raisons économiques, il y a des réussites, ne nous en cachons pas, mais dans tous les cas toujours fragiles. De plus, il faut admettre qu'à défaut d'une valeur ajoutée apportée par les établissements gais traditionnels, les clients préfèrent dorénavant trouver dans le cyberespace gai, de chez eux, à moindre coût et à tout moment, ce qu'ils attendaient originellement des commerces LGBT, un lieu de sociabilité et de rencontres. Pour autant, il ne faut pas fantasmer Internet comme le nouvel Eldorado, far west moderne pour les entreprises gaies. Le secteur est fortement concurrentiel, spécialement en France dont les acteurs télématiques ont migré leurs offres sur le web. Egalement, les éditeurs Internet subissent les mêmes exigences et attentes nouvelles de leur clientèle, plus encore concernant un support marqué originellement par le sceau de la suspicion et celui de l'innovation. Nombre d'acteurs ont déjà quitté le secteur, évoquons le leader mondial gay.com qui a quitté l'hexagone une main devant une main derrière. L'arrivée de nouveaux éditeurs est tout aussi spéculative que la bulle Internet passée quant à l'assurance pour ces acteurs de bénéficier d'une réussite commerciale. A plus forte raison, les marges opérationnelles liées à Internet sont celles de gagne-petits comparé aux profits que généraient audiotel et minitel, cash machines au bord de la panne sèche. Il ne faut pas croire en l'absence d'une crise dans ce secteur et une même analyse que celle opérée à l'encontre de commerces traditionnels LGBT existe. Certaines de ces sociétés gaies de la nouvelle économie, et non des moindres, ne vivent que sous perfusion de capitaux ou en enchaînant les tours de tables et levées de fond auprès d'investisseurs dont la seule garantie actuelle est de voir partir leur argent. Tout comme l'absence quasi généralisée de publication des comptes annuels de ces entreprises n'a pas pour vocation de taire de substantiels ou mirifiques profits fantasmés mais plus encore de servir de cache misère, sous couvert d'une réussite de façade, propre à appâter l'investisseur néophyte. Le terme même de «nouvelle économie» est impropre, il n'y a qu'une économie, et les éditeurs multimédias gais sont tout autant contraints d'équilibrer profits et charges pour pérenniser leur activité que toute autre entreprise gaie sauf à compter, comme on peut le voir ailleurs, un riche mécène au capital qui ne craint pas une exploitation chroniquement déficitaire.

Finalement les entreprises gaies sur Internet subissent les mêmes difficultés, ou les mêmes succès, que les entreprises gaies traditionnelles. Un point toutefois, Internet s'affirme non pas comme la cause des maux des commerces gais mais comme un élément de renouveau, parmi d'autres, de l'entreprenariat communautaire.


Des éléments de renouveau de l'entreprenariat communautaire. Au pessimisme ambiant ne doit pas se substituer un optimisme béat. Toutefois il est temps d'opposer des éléments de renouveau de l'entreprenariat communautaire et refuser le conseil donné par un représentant du secteur pour qui la seule chose à faire à l'heure actuelle est de «regarder le train passer et attendre».

Si la volonté de création et de développement d'entreprises à destination d'une clientèle gaie demeure au détriment de positions défaitistes, des éléments novateurs déjà usités avec succès par certains peuvent être avancés, d'autres inédits méritant notre attention.

Sur les éléments déjà usités, reprenons ceux là même qui émergent avec succès : innovation, nouvelles offres, respect de éléments qualitatifs. En pratique, ces mêmes commerçants usent d'Internet comme d'une nouvelle vitrine de leurs offres ou comme un média propre à toucher de nouveaux prospects. Attitude travel, Sun city, Gym Louvre, Next, Raid Bar (...) disposent de sites dédiés et n'hésitent ni à communiquer sur les sites Internet LGBT ni à user des méthodes de marketing direct par voie électronique auprès de leur clientèle. Quand un commerce n'accueille au maximum que plusieurs centaines ou milliers de clients, en se limitant à une zone géographique restreinte, pourquoi se priver d'une audience de plusieurs centaines de milliers de clients potentiels qui pour la plupart ne connaissent pas a priori ces établissements ?

Egalement, des commerçants gais qui ne disposaient que d'une vitrine physique mutent en partie ou étendent leurs offres en mode web et avec succès. C'est le cas de vépécistes spécialisés qui de boutiques marchandes ou d'un seul support papier sont passés avec succès à un support immatériel : IEM, Menstore (...). D'autres sont nés du développement même du net, sans pas-de-porte physique : adventice.com, boutikgay.com, absoluliving.com (...) sans compter les services dédiés sur le web, autres que les sites de rencontres notamment les sites de téléchargements de produits adultes ou dédiés : lekiff.com, agayn.com, logogay.com (...). La mutation vers une offre web est aussi un moyen de remédier pour certains à la fin d'un modèle économique qui ne garantit plus l'activité de ces commerçants, c'est le cas notamment au sein de la presse gaie gratuite en crise dont certains, avec mérite et succès, ont su s'adapter. Le cas d'Illico est topique, et sa version web e-llico.com est un succès d'audience et devrait en toute logique marquer la fin de la version papier à la condition qu'un modèle économique viable se dégage sur la seule version web.

La prise en compte par les acteurs traditionnels des nouveaux supports de communication est un impératif sauf à ne pas tirer de conséquences logiques de leurs propres propos.

D'autres pistes restent à explorer, la plupart reposant sur des modèles déjà connus mais peu ou pas appliqués chez les commerçants gais. Sans parler d'ententes ou de pratiques anticoncurrentielles, des lieux de concertations entre commerçants gais existent, lieux qui peuvent être également le théâtre d'une réflexion commune et d'une mutualisation des données et analyses. Le SNEG peut, comme il le fait avec succès en matière de prévention au sein des établissements, s'affirmer davantage comme un centre d'analyse des modes de consommations LGBT et de réflexion sur le commerce identitaire alors qu'aucune enquête qualitative globale du commerce gai n'a été réalisé pour l'heure.

Egalement, les partenariats win to win entre commerçants de spécialités différentes ou opérations co-brandées fonctionnent déjà et à l'instar des commerces traditionnels devraient se développer. Les phénomènes de croissance externe des acteurs et de concentration émergent sans que pour l'heure un bilan puisse être encore tiré.

Sans parler d'une charte d'accueil des établissements gais à l'instar de la charte de prévention, l'engagement sur un socle commun de respect des critères qualitatifs peut être un moyen pertinent d'amélioration des services tout comme un élément de communication intéressant. D'autres méthodes de marketing existent et n'ont jamais été usitées sur le secteur : cartes client reconnues par plusieurs établissements et commerçants, audit des commerces, clients mystères (...) Cela peut faire sourire, mais après tout, pourquoi pas ?

Mais encore, on sait que les constats actuels relatifs à une crise du commerce gai reposent simplement sur des données quantitatives, mais elles sont partielles et insuffisantes. Un recensement et un encouragement quant à la transparence financière, prescription légale s'il en est, des commerces LGBT doivent être encouragés. La transparence des acteurs LGBT est aussi un élément de crédibilité du secteur. A défaut, toute conclusion sur la santé économique des entreprises gaies est hâtive.

Finalement, l'auto-flagellation, les conclusions hâtives, la dénonciation, les analyses partielles ou positions partiales ne sont pas les meilleurs remèdes à une crise. Elle frappe il est vrai, en partie, le commerce gai, mais pour autant, cela ne doit ni décourager un secteur entier ni laisser croire qu'il n'y a aucune solution pour tenter d'y remédier.

02/03/2006 G.L. - Actualites Gay

Source : http://citegay.fr/ACTUALITES/GAY/00/00/244258/actualites_visu.htm

Par Misfit
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Samedi 1 avril 2006

Suicide et homosexualité : Québec sur la bonne voie

Article mis en ligne le: 31.03.2006

La Table de concertation des lesbiennes et des gais du Québec constate avec satisfaction que la nouvelle Stratégie d’action jeunesse 2006-2009 du gouvernement québécois aborde ouvertement la question du suicide chez les jeunes homosexuels et qu’elle reconnaît la nécessité de lutter plus efficacement contre le suicide chez cette population particulièrement à risque.


«Le suicide est certainement la conséquence la plus dramatique et la plus extrême de l’homophobie qui entoure les jeunes gais et lesbiennes, que ce soit à l’école ou dans leur environnement social et familial», déclare Steve Foster, président de la Table de concertation. «Le gouvernement doit prendre conscience que cette homophobie est à l’origine de nombreux obstacles, tel le décrochage scolaire, une réalité nuisible au développement et à l’épanouissement des jeunes.»

La Table de concertation prend également bonne note de l’intention du gouvernement d’intensifier le déploiement de réseaux de sentinelles dans les milieux jeunesse, mais il lui faut aussi admettre qu’un jeune en questionnement sur son orientation sexuelle vit souvent sa détresse en silence et, la plupart du temps, hésite à se confier à des adultes dont il ne peut, dans bien des cas, deviner l’ouverture d’esprit face à l’homosexualité. C’est pourquoi la Table désire inviter le gouvernement à inclure les organismes jeunesse gais et lesbiens parmi les milieux qu’il cherche à favoriser par cette mesure et à leur fournir un financement adéquat et récurrent dont ils ont grandement besoin. À très court terme et à peu de frais, il pourrait même permettre à l’organisme Gai Écoute d’ouvrir ses lignes d’écoute téléphoniques 24 heures sur 24.

La Stratégie d’action jeunesse 2006-2009 révèle enfin l’intention du gouvernement d’étudier les recommandations qu’émettra la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse l’automne prochain, au moment du dépôt de son rapport sur la problématique de l’homophobie au Québec.

La Table de concertation accueille cette nouvelle avec beaucoup d’enthousiasme et ce, d’autant plus qu’elle participe activement aux travaux du Comité mixte qui alimente présentement les réflexions de la Commission. «Nous désirons, d’ores et déjà, dire au gouvernement du Québec que nous souhaitons ardemment collaborer avec lui lorsque viendra le temps de mettre en place les recommandations de la Commission», a déclaré pour sa part Claude Côté, vice-président aux affaires politiques.

Source : http://www.lavenirdelerable.com/php/articleinfo.php?id=26203&articleid=26203&SUBCATID=01&journal=NV
Par Misfit
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Dimanche 23 avril 2006

Faut-il rentrer dans le placard ?


Études universitaires sur les Aînés gais


Par : André-Constantin Passiour [20-04-2006]


Une récente étude de l’École de service social de McGill démontre que la discrimination envers les aînés gais et lesbiennes est bien réelle. Cette recherche, qui a duré quatre ans, atteste de l’inaptitude du système de santé et des services sociaux à vraiment prendre en compte les besoins des gais et lesbiennes âgés qui, souvent après avoir passé par plusieurs étapes douloureuses de coming-out, doivent presque à nouveau taire leur orientation. Certaines personnes interrogées ont même dû faire face à des gens qui voulaient les ramener sur le droit chemin grâce à la religion. Une réalité pas très rose pour ces aînés.

Menée à Vancouver, Halifax et Montréal, cette enquête a rejoint 90 personnes âgées entre 57 et 86 ans. Elles sont souvent victimes de discrimination de la part d’intervenants en santé et services sociaux qui connaissent mal la réalité gaie et lesbienne et qui manquent «d’éducation et de conscientisation envers un phénomène marginalisé et méconnu». Ce sont les professeurs Bill Ryan et Shari Brotman qui ont été les principaux chercheurs de cette enquête. Clairement, les intervenants ne sont pas outillés pour soigner ces aînés. «En l’absence de formation formelle ou d’un ensemble de règles [guidant] les organisations de services, cela laisse la porte grande ouverte à l’ignorance et aux préjugés des intervenants», a indiqué Mme Brotman.
Certaines des personnes interrogées avaient été arrêtées plusieurs fois avant la Loi omnibus de 1969 décriminalisant l’homosexualité (loi promulguée par Pierre Elliott Trudeau à l’époque).
On note l’isolement de ces personnes, surtout lorsqu’elles vivent dans des foyers. «L’isolement qu’elles vivent dans les centres d’accueil est semblable à celui vécu par les jeunes à l’école, a dit Bill Ryan en conférence de presse, le 14 mars dernier. On a vu des résidants de foyers pour personnes âgées entrer avec une bible dans la chambre d’un locataire homosexuel pour le convertir», a rajouté M. Ryan. Dans un autre cas, une participante à l’étude, alors qu’elle a été admise aux soins intensifs, n’a pas pu voir sa conjointe parce qu’elle n’a pas été considérée comme un membre de sa famille par le centre hospitalier. Ce ne sont là que quelques exemples d’événements malheureux vécus par les aînés gais.
Également, la militante et vidéaste bien connue Diane Heffernan, du Réseau des lesbiennes du Québec, a effectué une tournée dans une cinquantaine de foyers pour personnes âgées. Elle y a constaté que la «quasi-totalité des femmes interrogées, même si elles s’affichent avec une «amie», n’avoueront jamais être homosexuelles».
«Le rapport venant de paraître sur les besoins des aînés gais et lesbiennes en matière de services sociaux et de santé […] est encore un exemple de la façon lamentable dont le système de santé canadien traite les besoins des Canadiens et Canadiennes gais, lesbiennes, bisexuel-les et transgenres (GLBT) », a souligné, pour sa part, Gens Hellquist, directeur exécutif de la Coalition santé arc-en-ciel Canada (CSAC), un organisme qui fait pression sur les gouvernements pour l’amélioration des soins de santé pour les gais et lesbiennes.
Manifestement, l’analyse des professeurs Brotman, Ryan et de leur équipe prouve l’incapacité des divers systèmes de santé à travers le pays de fournir des services adéquats qui respectent l’orientation des gens. L’éducation et l’information doivent donc se faire à plusieurs niveaux, autant du côté du personnel médical que chez les intervenants des services sociaux, de même qu’auprès des responsables de maisons d’accueil et autres fournisseurs de services pour les personnes âgées GLBT. Une enquête précédente de la CSAC auprès de diverses institutions prouvait le manque flagrant de formation des médecins, du personnel infirmier et des travailleurs sociaux en matière de soins aux gais et lesbiennes. Selon M. Hellquist, « on constate que les établissements ayant des programmes qui offrent un contenu spécifique sur la santé des personnes LGBT sont peu nombreux, et plusieurs des établissements ciblés pour l’étude ont refusé de répondre aux questions. […] Il n’est pas étonnant que les intervenants et intervenantes du milieu de la santé aient de la difficulté à répondre adéquatement aux besoins des personnes LGBT en matière de santé puisque, lors de leurs études, on ne les a pas formés pour répondre aux besoins de cette population.»
«Plusieurs personnes âgées au Canada, alors qu’elles vieillissent, ont indiqué aux chercheurs qu’elles voudraient déménager à Montréal en raison de sa plus grande ouverture », a rapporté pour sa part Advocate.com, qui a relayé l’étude canadienne auprès de la communauté gaie américaine.
À plusieurs reprises dans le passé, le président de Gai Écoute et de la Fondation Émergence, Laurent McCutcheon, a souligné la nécessité de la sensibilisation auprès de la population et des fournisseurs de services à l’endroit des personnes âgées GLBT. «J’ai vécu ouvertement toute ma vie, est-ce que je dois à nouveau rentrer dans le placard lorsque j’irai vivre dans une maison de retraités?» a-t-il lancé plusieurs fois. L’enquête des professeurs Brotman et Ryan reflète donc, malheureusement, les appréhensions de plusieurs.

Source : http://fugues.vortex.qc.ca/main.cfm?p=100&Article_ID=7287&l=Fr

Par Misfit
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