On ne peut pas faire de parallèle entre la violence des femmes à l'encontre de leur conjoint et la violence des hommes à l'encontre de leur conjointe, ni en proportion, ni en conséquences. Cet article est tout simplement scandaleux et ne reflète qu'une réalité déformée par le courant masculiniste qui voudrait ainsi banaliser les violences faites aux femmes.
Violences conjugales
"Les chiffres
I. Les chiffres en Europe
Il n’existe encore aucune étude harmonisée sur les violences conjugales en Europe.
Les chiffres qui sont divulgués dans chacun des pays membres pourraient être différents seulement parce que les méthodes de recueil de données diffèrent ( nombres de plaintes déposées, questionnaires, associations plus ou moins fortes…)
Cela dit, quelques chiffres parlent d’eux-mêmes :
Dans l’ensemble des pays de l’UE, 1 femme sur 5 au moins subit au cours de sa vie des violences infligées par son mari ou par son compagnon.
En Europe chaque semaine, une femme est tuée par son conjoint (commission européenne pour l’égalité des chances- Conseil de l’Europe- juillet 2002)
Pour les femmes de 14 à 45 ans, la violence familiale est la première cause de mortalité
1 seul cas sur 20 est signalé à la police (Enquête Eurobaromêtre- 1999)
Les enquêtes sont difficiles à mener : elles révèlent le tabou qui existe encore sur le sujet.
Au niveau européen, le programme Daphné essaye de faire avancer les choses. L’union européenne finance ainsi des projets de lutte contre toute forme de violence.
En France, la seule véritable enquête nationale sur les violences envers les Femmes, l’ENVEFF a été publiée en juin 2001 et a fait l’effet d’une bombe : une femme sur 10 est victime de violences conjugales, 6 femmes en meurent chaque mois. Des chiffres confirmés par le sondage IPSOS/Marie-Claire publié en février 2005 : « 10% des femmes interrogées affirment qu’au cours de leur vie actuelle ou passée, il leur est déjà arrivé « plusieurs fois » que leur partenaire les gifle ou les frappe ou qu’il les oblige « plusieurs fois » à faire l’amour alors qu’elles leur avaient dit ne pas le vouloir. ». D’après l’enquête ENVEFF, Le profil de l’agresseur concerne majoritairement des hommes bénéficiant par leur fonction professionnelle d’un certain pouvoir. On remarque une proportion très importante de cadres (67 %), de professionnels de la santé (25 %) et de membres de la police ou de l’armée. 70 % des agressions conjugales se sont produites alors qu’aucun des deux partenaires n’avait bu.
En Allemagne, 14,5% des femmes ont subi des violences sexuelles par des membres de la famille (Lobby européen des femmes). 3 femmes sont assassinées tous les quatre jours par les hommes avec lesquels elles vivaient : soit près de 300 par an.
En Norvège 10 000 femmes reçoivent des soins pour dommages corporels engendrés par la violence conjugale.
En Finlande : 22% des femmes qui vivent en couple disent avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles.
En Grande-Bretagne, les femmes battues représentent près d’1/4 de la totalité des femmes.
En Belgique : Une femme sur 5 est victime de violence domestique.
II. Les politiques de lutte contre la violence conjugale
La conférence de Pékin en 1995 :
La conférence mondiale des Nations Unies sur la femme qui s'est déroulée à Pékin en 1995 a été le déclencheur d’une prise de conscience globale sur la situation des femmes et a permis l’émergence de plans nationaux de lutte pour la défense des droits des femmes.
Les délégués des 185 pays et les 70 000 représentants de la société civile ont rédigé une déclaration et un programme d’action afin que les Etats prennent conscience des conditions économiques des femmes, les protègent contre la montée de la violence et rehaussent le statut des fillettes. Les points avancés s’attachent au droit des femmes à l’héritage, à la libre décision des femmes concernant la sexualité et la grossesse, à la non-discrimination des femmes du fait de leur statut de mère. Le viol marital, les coups et blessures dans les foyers, les mutilations sexuelles sont reconnus comme des actes de violences à l’encontre des femmes et une infraction à leurs droits fondamentaux.
A la suite de cette conférence de nombreux réseaux voient le jour : WAVE (Women Against Violence in Europe). Le WISE Network est un réseau de chercheurs sur les études liées aux femmes (gender studies)
1.Les différents modèles par pays : comment lutter contre les violences conjugales ?
Certaines sociétés ont un arsenal législatif et associatif développé qui permet d’aider efficacement les femmes victimes de violence. Les pays nordiques, connu pour leur égalitarisme, ont ainsi le plus grand nombre de refuges pour femmes. Parmi les modèles législatifs, celui de l’Autriche a été le premier à imposer de force l’éloignement du conjoint violent. L’Espagne, la France et la Belgique font de sérieux progrès pour punir pénalement l’auteur de violences, même quand celles-ci sont perpétrées dans la sphère privée. En Angleterre, il existe une loi qui permet de forcer la victime à porter plainte, toutefois cette procédure est peu utilisée. L’Islande, les Pays-Bas, la Grèce n’ont pas de législation spécifique concernant les violences conjugales. Celles-ci sont traitées de la même manière que d’autres violences. Au Portugal, les lois existent, toutefois elles sont peu connues, la société n’ayant pas vraiment pris conscience du problème.
L’Autriche : Le modèle européen ?
En Autriche, les hommes politiques ont très vite adopté des mesures pour faire diminuer la violence conjugale sous l’impulsion des associations féministes et de la société civile. La loi de 1997 est une loi globale qui propose une solution « durable » à la violence. L’Autriche a été la première en Europe à imposer l’éloignement du conjoint violent – au moins 10 jours. Les centres de soutien vont vers les victimes et n’attendent pas que celles-ci se déplacent. Des programmes spéciaux permettent de traiter les hommes violents, afin qu’ils prennent conscience de leurs actes. L’Autriche a mis en place des programmes de sensibilisation et de formation, en particulier pour les policiers. Ces cellules d’intervention globale (policiers, associations d’aide aux hommes violents, associations sociales, juges) sont devenues un modèle pour toutes les politiques européennes. Elles préfigurent l’idée que seule une action globale pourra aider à résoudre le fléau.
Allemagne
BIG à Berlin : "Berliner Interventionszentrale bei häuslicher Gewalt" (Cellule d’intervention pour les violences conjugales) créée en 1994, BIG est un modèle national, rassemblant tous les acteurs de la violence conjugale. Les policiers, les juges, les médecins, les associations féminines, et les autres acteurs sociaux se sont ainsi coordonnés pour établir une stratégie globale afin de régler le problème de la violence. Depuis 2002, le projet est étendu et repris dans le reste de l’Allemagne.
Espagne
Le gouvernement de Zapatero a décidé de faire changer les mœurs espagnoles. Entre 2002 et 2003 les violences conjugales ont augmenté de 34%. C’est le meurtre d’Ana Orantes en 1997 qui a réveillé les consciences. Elle avait auparavant témoigné de son calvaire à la télévision et fut ensuite assassinée par son mari.
Le gouvernement de Zapatero veut mettre en place une « loi intégrale contre la violence de genre ». L’objectif est de lutter globalement contre la violence envers les femmes. Il faut donc se battre à tous les niveaux. Le gouvernement veut réformer l’éducation et promulguer de nouvelles lois sur la publicité. Des centres d’urgence et de récupération pour les femmes maltraitées doivent être créés. Des systèmes d’aide financière et juridique pour les femmes qui veulent quitter le domicile conjugal sont mis en place petit à petit. 400 postes de juges spécialisés ont été ouverts.
Les pays de l’Est : la montée de la violence ?
Dans les pays de l’Est, avant 1990, les problèmes de violence envers les femmes étaient largement sous-estimés par les pouvoirs publics. Avec la transition vers la démocratie et vers l’économie de marché, la situation des femmes a empiré et les violences à leur encontre ont augmenté. Les anciennes politiques sociales qui leur permettaient de travailler et qui leur accordaient des bénéfices n’existent plus. Les autorités, les médecins et la police ne prennent pas suffisamment en compte leur situation particulière. La société civile, quant à elle, n’est pas assez organisée pour lutter seule contre ces violences.
-En Pologne, l’influence très marquée de l’Eglise catholique imprime une vision traditionaliste de la famille sur la politique. Ainsi, depuis 1993 l’IVG est interdite. Dans les cas de violences conjugales, la cellule familiale prime sur la sécurité de la femme. Il est toujours difficile pour les femmes d’obtenir des certificats médicaux prouvant les coups et blessures, de trouver des témoins acceptant de parler pour les soutenir : éléments pourtant indispensables lors d’un jugement. Souvent la violence envers les femmes est expliquée par l’alcool, ce qui est réducteur et ne permet pas une prise de conscience collective.
-En Estonie, les femmes sont obligées de se battre - et elles manifestent avec des équipements pour hockeyeurs- pour faire accepter le problème dans la législation…
-En Lettonie, il n y a pas de loi pour protéger les femmes. Il n’existe aucune structure d’hébergement pour les femmes. En cas de violence l’auteur peut être retenu pour trois heures en garde à vue.
-En Slovaquie, une nouvelle loi a été votée au printemps 2003. Elle prévoit l’éviction du conjoint violent du domicile conjugal quand la femme est reconnue victime. Une unité de police spécialisée dans la violence conjugale dirigée par des femmes a été créée.
-En Slovénie, les actes de violence sont punis quand il s’agit de cas graves. Les nez cassés et les côtes brisées, sont considérés comme des blessures légères et non punies par la loi.
Canada
Au Canada, les statistiques gouvernementales établissent que 98 % des agressions sexuelles et 86 % des crimes violents sont commis par des hommes. Les femmes représentent 98 % des victimes de violence conjugale sous forme d'agression sexuelle, d'enlèvement ou de prise d'otage, 80 % des victimes de harcèlement criminel sont des femmes alors que 90 % des personnes accusées sont des hommes. Une violence contre les femmes en hausse dans un pays où les acquis du féminisme sont pourtant plus importants qu’en France ou même en Allemagne.
Face à ce paradoxe, un rapport du gouvernement conclut : « Certaines études laissent entendre qu'une plus grande égalité des sexes (mesurée par les niveaux de scolarité, d'emploi et de revenu) contribue à une augmentation du nombre d'homicides commis contre les femmes. Selon cette théorie, à mesure que les femmes améliorent leur situation sociale par rapport à celle des hommes, elles deviennent plus vulnérables. » Cette analyse permet de mieux comprendre pourquoi les chiffres de la violence conjugale sont nettement plus élevés dans les pays occidentaux où l’émancipation des femmes bat son plein (Espagne, Québec, France, Allemagne…) que dans les pays latins où la forte tradition patriarcale n’est pas encore trop remise en cause par les femmes (Grèce, Italie, Portugal…). Ce qui ne constitue pas une raison pour mettre un frein à l’émancipation féminine car, poursuit le rapport canadien, « d'autres études ont révélé que l'égalité des sexes diminuait la vulnérabilité des femmes car en devenant plus indépendantes financièrement et personnellement, il leur est plus facile de quitter des situations où elles sont les plus vulnérables ». (Rapport sur la détermination de la peine dans les cas d'homicides involontaires coupables commis dans le cadre d'une relation intime)
http://www.arte-tv.com/fr/histoire-societe/Quand_20des_20p_C3_A8res_20se_20vengent/Violences_20conjugales/813722.html
D'autres sources sur les violences conjugales :
http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/violenceconju/dossier.asp
http://www.sosfemmes.com/violences/viol_chiffres.htm
Je ne vois pas comment au Canada, la proportion serait aussi radicalement autre.
C'est ABSOLUMENT CRIMINEL de tenir ce type d'affirmation selon lesquelles les femmes sont aussi violentes en couple que les hommes quand on connaît les chiffres ! C'est comme dire que les SS étaient de pauvres personnes innocentes persécutées par les juives/ifs, les anarchistes, les homosexuel-les, les communistes et les handicapé-es !
C'est du révisionnisme et cela doit être puni par la loi, au même titre que la négation des camps de concentration !
Mais au fait ... Qui déforme les chiffres ? Quels intérêts cela sert-il ?
Les masculinistes. Qu'est-ce que les masculinistes ?
Les objectifs politiques des masculinistes
Que l’on consulte les sites des mouvements de défense de la « condition masculine », les publications féministes d’analyse du masculinisme ou que l’on tape tout simplement « masculism » sur un moteur de recherche, les mêmes thématiques idéologiques clés apparaissent avec une belle constance:
· tout d’abord, le masculinisme part d’un postulat : l’égalité des sexes est atteinte pour les femmes. Il s’agit donc désormais de contrer les discriminations vécues par les hommes en tant qu’hommes. Des discriminations que le masculinisme identifie comme les fruits d’un prétendu « excès » du féminisme (mais quand on demande aux masculinistes de dresser une liste concrète de ces « excès », impossible d’en avoir le détail).
· ensuite, le paradoxe n’étant pas un souci, l’égalité des sexes n’existe pas : les deux sexes sont complémentaires, les différences hormonales et physiques se répercutant inéluctablement sur les performances intellectuelles et sociales.
· le féminisme, en niant le caractère intrinsèque de ces différences, met en danger la société. Le mouvement d’émancipation des femmes est ainsi rendu responsable de diverses « plaies » telles que : le haut taux de divorce, la désintégration des familles, la démission des pères, les grossesses adolescentes, le suicide des hommes, la violence, la société de consommation, la dépendance aux drogues, l’échec scolaire, les prisons surpeuplées, les accidents de la route et l’homosexualité (le masculinisme est violemment homophobe.)
· les femmes seraient aussi victimes du féminisme, qui les… « victimiserait » (un discours repris d’ailleurs par certaines femmes, telles que Elisabeth Badinter dans « Fausse route » ou la juriste Marcella Iacub) et les éloignerait des sentiers de la séduction entre hommes et femmes pour réduire les rapports entre les deux sexes à une lutte permanente. (Peu importe que cette lutte soit, d’une part, légitime au vu des inégalités persistantes, et au surplus pacifiste, contrairement aux violences organisées par les mouvements masculinistes, telles que : harcèlement des juges aux affaires familiales, lettres piégées, intimidation organisée contre les mères divorcées en procédure judiciaire…).
· L’impact du féminisme est d’autant plus fort et ravageur que ses idéologues auraient infiltré l’Etat et gouverneraient désormais le monde occidental (le « complot féministe »). Grâce à ce succès politique, le féminisme (appelé aussi « fémi-nazisme ») édicterait aujourd’hui des lois violemment anti-hommes, visant à renverser le Patriarcat, voire à instaurer un Matriarcat.
Pour redresser la « situation », les mouvements masculinistes ont donc élaboré des stratégies efficaces de lobbying auprès des différents gouvernements et Parlements, de façon à obtenir des lois qui restaurent l’ordre naturel des choses et mettent fin à la discrimination vécue par les hommes. Usant du capital de sympathie que la société porte au moindre père s’occupant ou prétendant s’occuper de ses enfants, ils ont mis en œuvre une série de chantiers législatifs. Que ce soit chez "paPPa" ou "Vateraufbruch für Kinder en Allemagne", "SOS Papa" ou le "Mouvement pour la Condition Masculine" en France, "Fathers 4 Justice" en Angleterre, "Lone Fathers Association" en Australie ou "L'Après-rupture" au Canada, l’agenda est partout le même :
· instaurer la notion de couple parental quand le couple conjugal se défait
· réformer les lois sur le divorce
· contester les accusations de violences conjugales ou d’abus sur enfants
· alerter sur les dangers que représentent les familles monoparentales pour les enfants
· questionner l’impact de la mixité sur les résultats scolaires des garçons (inférieurs à ceux des filles depuis plusieurs années)
· introduire le principe de co-décision en matière de droits procréatifs
· combattre la discrimination sexiste en politique
A priori, une profession de foi tout ce qu’il y a de plus politiquement correct. Il faut descendre dans les corps des articles, des revendications, des déclarations, pour découvrir le sens que donne le mouvement masculiniste à ces propositions, à savoir:
· que le couple parental est entendu avant tout comme un outil pour maintenir le contrôle sur l’ex-conjointe via l’enfant, intervenir à-tout-va dans la moindre de ses décisions, alors même que, statistiquement, c’est bien la mère qui assume l’essentiel des soins aux enfants. « Résidence-Alternée », l’une des associations qui défend les droits des pères en France, écrit ainsi : « Un parent se retrouvant, volontairement ou non, seul responsable au quotidien de son enfant, n’a plus ni repère ni contrôle venant de l’autre parent », situant donc la notion de coparentalité comme « contrôle d’un parent sur l’autre ». L’idéologie du couple parental indissociable, même après divorce, est sévèrement remise en question depuis peu, notamment par le sociologue Benoît Bastard, sociologue au CNRS (2004).
· que l’objet principal de la réforme du divorce est d’abroger le divorce pour faute, éliminant ainsi la reconnaissance au moment de la séparation des violences qui la justifient. Ceci alors que 50% des demandes de divorce s’inscrivent précisément dans un contexte de violence conjugale. Le second objectif étant l’élimination de toute pension, compensatoire pour les épouses (moins de 15% des divorces en France) ou alimentaire pour les enfants (66% ne sont de toutes façons pas ou peu payées en France).
· que la lutte contre les « fausses allégations de violences » vise dans les faits à museler les victimes, de sorte que leur parole soit d’emblée entachée de suspicion, que les tribunaux notamment en viennent à interpréter toute accusation comme un subterfuge pour gagner une pension alimentaire plus élevée, par exemple, et non comme un appel au secours de la part d’une mère cherchant à se protéger elle-même ou son enfant. L’association l’Après-Rupture, au Québec, propose la solution suivante en cas d’accusation de violence de la part d’une épouse : « Moi je suggèrerais de mettre tous les deux en prison pendant un mois, le père et la mère tous les deux, comme ça on est sûrs de ne pas se tromper. Ils vont peut-être se calmer, il y en a un qui va comprendre ou l’autre va…hein ? Il y en a un qui ment et l’autre qui dit la vérité, et bien on va faire le juge, on met les deux en prison pendant un mois. Moi je leur dirais : "Ecoutez, moi je ne vous crois pas ni l’un ni l’autre mais je vous condamne tous les deux". Faisons un cas d’espèce, un cas modèle là pour envoyer un message clair. Les juges devraient faire un cas d’espèce, envoyer un signal à la population, c’est leur rôle. »
· que la stigmatisation des foyers monoparentaux, à 80% féminins, tend surtout à dissuader les épouses de quitter le foyer. En effet, alors même qu’elles assument seules la charge financière, le travail et le soin nécessaire aux enfants, les mères isolées sont retenues coupables de toutes les souffrances sociales des enfants (délinquance, drogue, échec scolaire). On sait pourtant que ces phénomènes ont pour origine première la pauvreté dans la quelle vivent les foyers monoparentaux. Mais en incitant l’Etat à couper les allocations pour parent isolé (des tentatives en ce sens sont en cours en France et au Québec), en refusant de payer les pensions alimentaires aux enfants, le mouvement masculiniste atteint son but : dissuader les femmes de quitter le foyer. L’un des responsables de l’association « La condition parentale et familiale » à Grenoble, déclare ainsi : « Quand dans un pays vous voulez financer une politique nataliste, que l’on veut créer plus d’enfants, on va donner des incitations financières, donner des subventions aux familles qui ont plus d’enfants que d’autre, et ça fonctionne. Aujourd’hui, le simple fait de donner des subventions, des pensions, des parts contributives, des aides, toujours au même groupe social lorsqu’il se sépare, ne fait ni plus ni moins que de l’inciter à ce type de séparation. Je dirais que nos pays en Europe auraient décidé de financer la séparation des ménages, la fin du couple traditionnel et la montée des familles monoparentales, je crois qu’il ne s’y seraient pas pris autrement, parce que c’est réellement des incitations des femmes effectivement à se séparer »
· que le discours sur le décrochage scolaire des garçons correspond en fait à une inquiétude en terme d’embauches. En effet, la supériorité scolaire des filles impliquerait un accroissement des embauches féminines aux postes les plus rémunérateurs. Une perspective inacceptable pour le mouvement masculiniste. Aussi, plutôt que de s’interroger sur le succès des filles en dépit d’un système éducatif qui demeure largement androcentrique (voir « le diktat culturel »), le masculinisme prône le retour à la non-mixité scolaire. Objectif : créer des écoles distinctes pour les garçons, dont on peut imaginer que les meilleurs professeurs assumeront l’enseignement, recréant ainsi un enseignement à deux vitesses couronné fatalement par des diplômes de valeur inégale. Triste pour les filles, triste aussi pour nos garçons : avec 10 ans d’avance, et sous l’impulsion masculiniste, l’Australie a en effet tenté la voie de la non-mixité. Le verdict est tombé l’an dernier sous la forme d’un rapport gouvernemental : les grands perdant de cette affaire sont… les garçons, dont les résultats plongent encore plus bas que dans les écoles mixtes !
· que la co-décision en matière de conception ne signifie nullement la prise en charge par les hommes d’une contraception dont les effets délétères sur l’organisme féminin sont désormais amplement documentés. Il s’agit en fait de l’instauration de principes juridiques visant à restaurer le contrôle masculin sur le ventre féminin. L’avocat de Steven Hone, jeune homme anglais qui en 2001 avait intenté une procédure judiciaire pour empêcher sa maîtresse (qui venait de le quitter) d’avorter, déclare: « La vérité c’est que les pères n’ont que des droits très limités dans la législation actuelle, certains diraient même qu’ils n’ont aucun droit. Malheureusement, c’est du moins le point de vue des pères, les pères ont en revanche de lourdes obligations vis-à-vis des enfants, et c’est ce que des gens tels que Steven Hone estiment totalement injuste. Les pères doivent payer pour leurs enfants, et s’en occuper. Nous pensons que c’est une bonne chose, que ces obligations instaurent un sens des responsabilités chez les pères, mais en même temps, si nous voulons qu’ils assument ces responsabilités, alors il faut accepter que les pères aient leur mot à dire sur les grossesses ». Car, entre parler à son mari/compagnon de son intention de poursuivre une grossesse, ou d’avorter, et se voir imposer par la loi une concertation préalable à tout avortement ou maternité, il y a plus qu’un hiatus : il y a franchissement d’une ligne reconnue par la Cour Européenne des droits de l’Homme, qui stipule que tout au long de la grossesse, mère et embryon ne font juridiquement qu’un, et que donc, en vertu de l’habeas corpus, personne d’autre que la mère n’a à décider de la poursuite ou non d’une grossesse dont elle seule assume la charge physique et psychique.
· que par lutte contre le sexisme en politique, le mouvement masculiniste entend l’interdiction de tout quota de participation féminine aux listes électorales. Ce qui est sexiste, pour le masculinisme, ce n’est pas que la vie politique et familiale soient organisées de telle sorte que c’est bien entendu à Madame d’organiser la vie du ménage et des enfants avant de se rendre à l’Assemblée. Non, le sexisme, c’est d’envisager comme l’a fait l’Allemagne, des crèches dans les enceintes parlementaires, et d’habituer les électeurs au fait que l’on puisse cocher le nom d’une femme autrement qu’en bas de liste… "Sos Divorce", l’une des plus vieilles associations de défense des droits des hommes en France (1975), écrit ainsi : « Instituer des quotas, nous paraît anticonstitutionnel tant que n'est pas modifié l'article 6 en question qui déclare, nous citons "Tous les citoyens étant égaux à ses yeux -(la loi)-, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents". Il est évident, suivant ce texte, partie intégrante de notre constitution, que le critère de sexe est exclu. Nous considérons qu'un homme ou une femme, placé dans les mêmes conditions, doit avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs, sans aucune discrimination relative à son sexe. Nous nous refusons à porter quelque jugement de valeur sur les différents partis politiques, notre mouvement se caractérisant par le fait que nous ne soucions pas de l'appartenance politique, philosophique, syndicale ou religieuse de nos adhérents ou dirigeants. Mais nous sommes amenés à constater que le parti des chasseurs, représentant une partie importante de la population si on réfère aux scores obtenus aux dernières élections, se verrait alors pénalisé. En effet, nous doutons fort que ce parti ait dans ses rangs autant de femmes que d'hommes. » Autrement dit, pour préserver toutes ses chances au tout petit parti Chasse, Pêche et Tradition, on ne saurait envisager de mesure qui renforce la présence des femmes dans le monde politique… CQFD !
Or toutes ces mesures sont à chaque fois approchées « au nom du père ». Prenons par exemple la question des quotas en politique. On peut lire sur le site de SOS Papa : " Indice de la parité hommes/Femmes en France : 12,3 % de femmes députées, 8,6 % d’hommes ayant la résidence des enfants : 21 femmes députées en trop ?"
La violence conjugale
L’agresseur est systématiquement présenté comme un « père » injustement accusé. Et pour récupérer les subventions chichement allouées aux refuges pour femmes battues, les masculinistes font valoir que les « pères » injustement exclus de leur domicile pour violence conjugale (ainsi que le prévoit la loi autrichienne, allemande, luxembourgeoise, canadienne…) doivent pouvoir bénéficier d’un toit pour continuer à accueillir leurs enfants (dont on sait que 50% sont également battus par ces mêmes hommes violents…).
Abus sexuels sur enfant
Tout « homme » accusé d’inceste est présenté comme un père victime de « fausses allégations ». Un prétendu « Syndrome d’aliénation parentale » (SAP), non reconnu par la psychiatrie officielle, est en ce moment même en passe de conquérir tous les tribunaux européens. Le principe : si un enfant refuse de voir son père ou l’accuse d’attouchements ou de violence, et que cette accusation survient dans un contexte de séparation parentale, c’est très certainement un mensonge. L’enfant est en effet « aliéné » par la mère, qui cherche à gagner le divorce contre le père. Et comme bien entendu la majorité des mères qui découvrent que leur enfant est abusé ou violenté quittent le père, voilà des affaires classées en un clin d’œil. D’autant que les chantres du SAP (notamment le psychologue canadien Hubert Van Ghijseghem, qui donne régulièrement des conférences dans toute l’Europe, y compris dans les écoles de magistrature) offrent une étonnante solution pour « guérir » l’enfant : le confier en garde unique au père. Le fait que la France ait fait l’objet d’un rapport accablant du Commissariat au Droits de l’Homme sur cette question précise ne semble pas remettre en cause la propagation du SAP, dont on trouve explications et références sur tous les sites d’associations de pères en France, Allemagne, Belgique, Canada, Suisse… Leur campagne de désinformation est d’ailleurs très efficace : le chiffre de 50% de fausses allégations a pris dans les médias. Les statistiques des gouvernements canadiens et américains, aux prises avec le SAP depuis plus longtemps que l’Europe, sont pourtant claires : maximum 5% de fausses allégations délibérées d’abus sexuel. Le ministère canadien de la Santé précise d’ailleurs : « Lorsqu’on examine les cas impliquant un litige portant sur la garde des enfant ou sur le droit de visite, on constate que les pères qui n’ont pas la garde ont signalé 43 % de tous les cas de fausses allégations intentionnelles documentées dans l’ÉCI-1998, tandis que les mères ayant la garde des enfants sont responsables de 14 % des fausses allégations ». Mais en ce moment même, la justice française et allemande continue de confier des enfants abusés à leur violeur.
La santé
Les hommes, assurent les mouvements masculinistes, affichent un taux de suicide plus élevé que les femmes. Explication : ce sont des pères privés de leurs enfants, contraints à payer une pension alimentaire, qui sombrent dans la détresse. Conclusion : si l’on veut parer aux suicides des hommes, il faut, d’une part, réduire le nombre de divorces, d’autre part, supprimer la pension alimentaire et, enfin, garantir à tout père, quelles que soient ses compétences et attitudes vis-à-vis de sa famille, un accès inaliénable aux enfants (et, par là même, à son ex-compagne ou épouse). Une démonstration qui fait actuellement fureur au Québec, en dépit des statistiques prouvant que :
1) la pauvreté des mères divorcées est largement supérieure à celle des pères divorcés ;
2) que le taux de suicide des femmes est identique à celui des hommes ; seul diffère le taux de « réussite » du suicide, les hommes optant, construction culturelle oblige, pour des moyens plus virils : armes à feu et accidents de la route volontaires ;
3) que leur précarité psychique s’explique avant tout par l’habitude d’être pris en charge par une femme (ménage, santé, « soins » sexuels, organisation…), et qu’une fois divorcés ils ont du mal à assumer leur statut d’adulte.
Mais dans leur majorité, les médias, très largement objet d’un intense lobbying des mouvements masculinistes (jusqu’à 30 mails et communiqués par jour, constate-t-on au Québec), reprennent leurs arguments sans chercher plus loin. "Sos Papa", en France, a ces 5 dernières années été invité ou interviewé dans 40 émissions de télévision, et fait l’objet de 700 articles de presse. "Fathers 4 Justice" en Angleterre non seulement s’affiche sur les écrans britanniques au moins 2 fois par mois, mais réussit à captiver l’attention d’un nombre incroyable de titres de presse, dont le Times, qui leur a consacré sa couverture pour un grand tour d’horizon des revendications « paternelles » à travers le monde. Der Spiegel, enfin, où écrit celui qui se présente comme le « missionnaire des mouvements des pères allemands », Matthias Matussek, relaie très régulièrement les positions les plus rétrogrades des mouvements de pères en matière de divorce, ou de santé, par exemple.
Jean-Claude Saint-Amant, chercheur en sciences de l’éducation à Québec étudie depuis quelques années l’impact du discours masculiniste sur les décisions politiques en matière de mixité à l’école. Il explique :
« Au Québec les masculinistes sont finalement très peu nombreux, personnellement je les évalue à une vingtaine d’ actifs et autant qui gravitent autour. Mais ils sont extrêmement actifs grâce aux médias électroniques, ils mettent sur pied des sites Internet et investissent massivement les forums de débats. Ils ont ainsi construit tout un système de référencement : on va aller sur un site de droits des pères, à prime abord légitime : on peut se poser des questions sur les droits pères dans la société aujourd’hui, mais très vite les liens vous renvoient vers des sites antiféministes, tels que « Content d’être un gars », au Québec, qui déverse une propagande haineuse contre les femmes, avec des théories du complot où les femmes domineraient dans les médias, domineraient dans la justice, etc., etc...
L’autre façon de procéder, c’est en se servant des médias, c'est-à-dire de faire dire à des personnes autres, avec des mots autres, les choses ou messages qu’ils veulent bien penser. Il y a un certain nombre de personnes dans les medias, qui sont littéralement bombardées de messages internet. On sait que les personnes dans les médias sont pressées, et les mouvements masculinistes se servent de cet aspect, en fournissant souvent une documentation, des chiffres, des statistiques, qu’il faudrait vérifier pour démasquer certaines supercheries grossières. On a pu constater, ici, à l’Université de Laval, qu’ils n’hésitent pas à reprendre des textes d’analyse féministes réalisés par exemple par notre propre faculté et à remplacer le mot homme par femme ! On observe aussi que certaines personnalités, dans les médias et certains hommes et femmes politiques sont ciblés de façon très précise. C’est ainsi que depuis 1 an ou 2 leur influence dans les médias s’est accrue de façon importante, ils sont devenus en fait des interlocuteurs et c’est ce qu’ils souhaitaient depuis années. Je pense par exemple, au Québec et en Australie, à toutes les critiques sur le monde scolaire qui selon eux discriminerait les garçons : l’impact auprès des médias, auprès des parents qui se retournent contre l'école a été énorme.
Il y a enfin un ciblage constant de certains ministères, qui sont bombardés littéralement de messages, en partant du ministre et en descendant tous les échelons hiérarchiques. Et quand je dis bombarder je parle de 10,15,20 messages par jour, que le personnel politique reçoit de la part de ces gens là. On a eu notre ministre des Relations avec les citoyens (le ministère qui chapeaute la Condition féminine) violemment mise en cause. En même temps il ne faut pas se leurrer, ce type de méthode là a ses effets. La réflexion de la ministre sur la place des hommes a été influencée par la prise de position de ces groupes et il y a des risques en fait que des institutions gagnées par les femmes pour favoriser leur émancipation soient perdues. Cette pression constante des masculinistes les plus bruyants, type "L’Après-Rupture" au Québec ou "Sos Papa" en France, crée en définitive une place pour des masculinistes dits « modérés » : mais attention, si la forme employée change (ils ne grimpent pas sur les palais royaux, n’insultent pas les ministres, ne vocifèrent pas dans les manifestations), le fond du discours malheureusement reste le même. »
Source : http://www.arte-tv.com/fr/histoire-societe/archives/Quand_20des_20p_C3_A8res_20se_20vengent/813706.html
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