
Familles dans le rétro
L’Unaf, premier lobby familial de France, fête son soixantième anniversaire. Gros plan sur cette institution
Une «vieille dame», voilà ce que tous ceux qui la pratiquent disent d’elle. L’air de signifier: «on est tous d’accord, mais un peu de respect, soyez indulgent.» Allons, 60 ans le 18 juin, c’est pas si âgé, et puis la «vieille» est étonnamment vaillante. Vous l’entendez sur tous les sujets de société: pauvreté, travail des femmes, contraception, logement étudiant, homoparentalité… Elle parle en votre nom, celui de vos enfants, devant les journalistes et les gouvernants. Toujours au poste, l’Unaf (Union nationale des Associations familiales), prête à défendre l’honneur et l’intérêt des familles françaises.
Sa mission lui a été fixée dans les décombres de l’après-guerre par le Général, qui voulait créer un «parlement des familles» ouvert à toutes les associations. «L’Unaf est une institution unique», se rengorge son président, Hubert Brin. Au 28 de la place Saint-Georges, à Paris, dans cet ancien bordel de luxe, l’ancien syndicaliste reçoit la presse du monde entier, aujourd’hui un Coréen venu enquêter sur ce partenaire privilégié de la politique familiale française. «N’est-ce pas fantastique d’avoir une organisation chargée de représenter tous les citoyens et leurs enfants? 80000 familles représentées environ», dit-il, à travers 7800 associations réparties sur tout le territoire. Il y a la Famille du Cheminot, l’Union des Gardes temporaires d’Enfants, CLER Amour et Famille, attachée à «promouvoir la valeur de la procréation consciente», l’Association familiale batelière, forte d’une quarantaine de militants, le Moulin vert, qui avoue au standard qu’il n’y en a malheureusement plus beaucoup. Et puis les poids lourds, aux commandes: Familles rurales, 46% du total des adhérents, Familles de France et ses 100000 nostalgiques qui rêvent encore d’abroger la loi sur l’IVG, la Confédération nationale des Associations familiales catholiques. Autant dire que, place Saint-Georges, on parle au nom d’une certaine France, parfois plus celle de 1940 que celle de 2005.
Les rares associations de gauche vivent souvent de grands moments de solitude. «Je ne vous cache pas qu’on se croit quelquefois à l’église», confesse le président de l’Ufal, l’Union des Familles laïques (4000 adhérents). «La gauche a longtemps délaissé la famille, ajoute-t-on à la Confédération syndicale des Familles (environ 35000 adhérents). Du coup, on est très minoritaires. Combien à l’Unaf militent dans les quartiers?»
Dans le dernier rapport de la Cour des Comptes, la «vieille dame» en prend pour son grade: gestion peu rigoureuse, frais de représentation excessifs, mission mal définie, critères d’adhésion opaques… Elle souffrirait surtout d’une «représentativité insuffisante». Hubert Brin minimise, préfère parler d’une «sous-représentation du monde urbain», liée à la crise globale du militantisme. «Il faut, c’est vrai, qu’on ouvre les murs.» L’Union des Familles en Europe, qui revendique 24000 adhérents, ne tient pas à y entrer. «Regardez la moyenne d’âge au conseil d’administration, ironise son président. Ce sont les grands-parents qui ont la parole. Pas étonnant qu’ils applaudissent le transfert des fonds de la branche famille à la branche vieillesse. Pour des défenseurs de la politique familiale, bravo!» D’autres, comme SOS-Papa, tentent depuis des années de percer les portes de la place Saint-Georges. Sans trop d’illusions, l’APGL (Association des Parents et Futurs Parents gays et lesbiens) a aussi pris sa plume pour proposer à M. Brin de l’aider à instaurer plus de représentativité.
Coup de provoc, mais pas seulement. L’Unaf est pour les associations une véritable machine à sous: 0,1% des prestations familiales lui sont reversées chaque année – encore un héritage de Chirac, qui, peu avant son départ de Matignon en 1988, décida de tripler le montant du prélèvement –, soit pour 2004 un gâteau de 24 millions d’euros! Mais, pour ce prix, que fait l’Unaf? Elle plaide sans relâche la cause des familles nombreuses, des démunis, des surendettés, des malheureux confrontés à la pornographie. Organise des colloques, publie dans ses comités locaux des dizaines de rapports sur les familles de l’Orne, du Gers ou de Lozère, la santé dans l’Aveyron, le rôle d’internet dans le Finistère. Propose des candidats pour la médaille de la Famille française. S’élève haut et fort contre le pacs, la pilule du lendemain, l’allongement des délais de recours à l’IVG, la suppression du divorce pour faute, l’homoparentalité. Son dernier coup de gueule portait sur la pub du Crédit lyonnais qui filmait deux amoureux sous la pluie prêts, «si ça tourne mal», à signer un contrat spécial avec la banque. Pour l’Unaf, «envisager la rupture avant l’engagement», c’était grave. Oui, dans cette époque trouble, elle se sent parfois le rôle d’un gardien moral. Hubert Brin le répète: «Ce n’est pas parce que c’est dans l’air du temps que c’est forcément dans le sens de l’homme!»
L’Unaf dans sa conception initiale, celle d’un lobby ouvert à toutes les tendances, chargé de porter une politique familiale qui ne soit pas une simple politique sociale, doit perdurer. Mais en coulisse, dans les institutions publiques, les associations et dans les différents ministères de la famille, beaucoup pensent aussi qu’elle doit absolument évoluer. «Tout le monde dit qu’elle ne va pas. Et pourtant aucun gouvernement, ni à droite ni à gauche, ne s’intéresse à son cas, s’énerve le président de l’Ufal. Il doit s’agir d’un consensus pour ne pas heurter l’Eglise catholique. Sinon, quelle autre explication?» Peut-être simplement de l’immobilisme… Et on dira encore que c’est un de ces machins français impossibles à réformer.
Sophie des Deserts
Source : http://www.nouvelobs.com/articles/p2120/a271888.html
Je rappelle la position du président de l'Unaf, Hubert Brin, sur l'homoparentalité.
Le 18 juin, lors des 60 ans de l'Unaf, il a déclaré à l'AFP qui l'interrogeait sur l'absence de représentation des couples gay et lesbiens au sein de l'Unaf, que «pour la très grande majorité de l'institution [ndlr: l'Unaf], un couple, c'est un homme et une femme» avant de préciser qu'il en avait «vraiment raz-le-bol de cette question». «C'est du microcosme parisien, a-t-il poursuivi. Déplacez-vous en province, vous verrez que la question ne se pose pas. Les problèmes des familles aujourd'hui, c'est le logement, l'école, l'emploi des jeunes, le chômage, le vieillissement... »
J'y ajoute cet article qui date de Septembre 2004 :
Familles : l'Unaf hostile à l'homoparentalité
L'Union nationale des associations familiales (Unaf), systématiquement hostile aux droits des homosexuels, réagit à l'annonce d'une décision de justice autorisant deux homosexuelles, qui élèvent ensemble leurs trois enfants, à partager l'autorité parentale.
"L'Unaf a toujours soutenu qu'un enfant a besoin d'un père et d'une mère et que l'engagement affectif, si fort soit-il, de deux adultes à ses côtés, s'il n'est pas fondé sur la complémentarité des sexes, ne suffit pas pour constituer un cadre familial lui permettant de se construire", déclare-t-elle.
"Des questions nouvelles s'ouvrent à partir de cette décision : tout désir d'enfant est-il acceptable et par qui ? Jusqu'où notre société est-elle prête à aller dans la liberté laissée à chacun de satisfaire ses propres désirs ?", fait mine de s'interroger l'Unaf qui est en réalité engagée dans un combat contre l'ouverture de l'adoption aux couples homosexuels.
L'Unaf demande aux pouvoirs publics "qu'ils engagent rapidement un large débat sur toutes ces questions".
Source : http://www.e-llico.com/content.php?section=actu&id=3411
Mis en ligne le 24/09/04
Pour en savoir plus sur l'histoire de l'Unaf, les dérives de sa politique familialiste, leur refus de l'évolution socio-culturelle, je vous recommande vivement de consulter cet essai critique sur le mouvement des associations familiales en France : http://eteocle.free.fr/
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