Au tribunal de première instance de Yaoundé, les directeurs de publication de Nouvelle Afrique et L'Anecdote qui ont «outé» des Camerounais présumés homosexuels, ont joué à l'arroseur arrosé. Lors de la deuxième audience de leur procès, mardi 21 février, les avocats de la défense ont annoncé qu'une plainte pour homosexualité avait été déposée contre les trois plaignants, rapporte le journal Quotidien Mutations. «Nous ne nous contentons plus de dénoncer, mais nous poursuivons désormais», a commenté Me Ismaël Bibibano Biock. En vertu de cela, il a demandé au juge de suspendre l'examen de l'affaire en cours pour que la nouvelle procédure «ne porte pas préjudice à la première», résume Quotidien Mutations. Une manœuvre, jugée dilatoire par la partie civile, à laquelle le magistrat a refusé de céder. Le président du tribunal a renvoyé au 28 février pour «un débat de fond où la partie civile exposera les faits et les prévenus, eux, répondront en donnant les preuves de leurs allégations», rapporte Cameroon Tribune. Mais Me Ismaël Bibibano Biock a tenu à souligner que «la plainte déposée auprès du procureur pour pratique d'homosexualité suit son cours normal».
par Habibou Bangré
Source : http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=9112
Richard Ekoka Sam Ewandé : "Il faut dératiser le milieu journalistique."
Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
INTERVIEW
23 Février 2006
Publié sur le web le 24 Février 2006
Propose Recueillis Par Dippah Kayessé
Le président de la Commission de délivrance de la carte de presse revient sur l'éthique et la déontologie en journalisme.
Les publications des listes "[d'] homosexuels" semblent diviser la presse. Qu'est ce qui, à votre avis, fait problème dans ces publications?
Ce qui fait problème, c'est que l'homosexualité au Cameroun est un délit réprimé par les articles 74 et 347 du Code pénal. Ce qui donne à la publication des listes ciblées de présumés homosexuels des allures de dénonciation, de manipulation et ou de règlement de comptes ; à un moment où, à tort ou à raison, le gotha, et pas seulement lui, toute la population camerounaise bruisse des rumeurs de remaniement tant en ce qui concerne l'appareil gouvernemental que pour ce qui est des sociétés du secteur public et parapublic, à moins que la manoeuvre machiavélique ne se transforme en boomerang qui revient frapper le maladroit qui l'a lancée.
Ce qui fait problème c'est aussi le véridique ou le farfelu. Les commentaires qui ont accompagné les publications de ces listes accréditent la thèse selon laquelle l'accès aux plus hautes fonctions de l'Etat passe par un rituel saphisme ou tribadiste d'où n'émergent que les chevaliers de l'anneau et les longues pattes de velours, en d'autres termes, les pédérastes et les gouines.
Enfin, ce qui fait réellement problème dans la publication des listes de présumés homosexuels, c'est qu'il ne semble pas que les informations diffusées soient canonisées, c'est-à-dire conformes aux normes professionnelles enseignées dans toutes les écoles de journalisme, c'est-à-dire opportunément justes, complètes et précises et, surtout, éthiquement et déontologiquement correctes.
Croyez-vous qu'il soit possible de parler éthique dans une profession dont les acteurs travaillent dans des conditions assez précaires?
Le journalisme est un métier d'élite. Et l'élite, le véritable, est fait de sacrifice, d'intégrité et de probité. La libération de l'expression dans les années 90 a amené dans la sphère du journalisme camerounais une horde d'aventuriers qui n'auraient rien à y faire. La presse écrite fut ainsi polluée par des personnages incapables d'aligner, selon la langue de travail, deux phrases grammaticalement correctes. De la même façon, l'audiovisuel, pris d'assaut par des braillards, n'émet que caquetages et coassements lorsqu'il ne fonctionne pas en discothèque ou en vidéothèque.
Remettre de l'ordre dans une pareille cour des miracles relève des travaux d'Hercule. Il faut, par exemple, nettoyer les écuries d'Augias, en ne livrant l'accès de la profession qu'à ceux qui en auront été reconnus dignes, soit parce qu'ils sont diplômés d'établissements spécialisés dans l'enseignement du journalisme ou dans la formation aux métiers auxiliaires de la profession du journalisme, soit parce qu'ils sont titulaires d'un diplôme universitaire et jouissent de deux ans au moins d'activités professionnelles soutenues de prestations journalistiques concrètes, soit parce qu'ils ont administré la preuve de leur savoir-faire par des prestations journalistiques concrètes de trois ans au moins.
L'affaire des fameuses listes a apparemment sorti des tiroirs le problème de la carte de presse à travers la séance de travail avec le ministre de la Communication, la semaine dernière. Y aura-t-il de nouvelles dispositions pour l'obtention de la carte de presse?
Les instruments juridiques fiables existent et correspondent à la situation de notre pays dans la saga universelle contemporaine. Sauf à vouloir entretenir la confusion, à jouer au Don Quichotte en songeant à la prolifération des structures superfétatoires et inopérantes, il faut contribuer à la mise en oeuvre de cet arsenal.
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