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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 10:56

L'émotion à la mode Sarkozy
Pour le sociologue Eric Fassin, la sexualité et le genre sont des questions politiques et relèvent du domaine démocratique. Il parle du Président, de son «trait féminin» et du partage entre vie privée et vie publique.
Recueilli par CÉCILE DAUMAS
QUOTIDIEN : samedi 24 novembre 2007     
 
 

On a reproché à Ségolène Royal, lors de la campagne présidentielle, de jouer la carte de la féminité. Nicolas Sarkozy, depuis qu’il est président, n’est-il pas constamment dans l’émotion, trait attribué aux femmes ?

La politique de Nicolas Sarkozy est pleine de (bons) sentiments. On connaît son goût pour les victimes des faits divers et les accidentés de la vie, comme ce jeune handicapé, héros de la garden-party du 14 Juillet – d’où son engouement pour la lettre de Guy Môquet. Mais il en va de même en politique étrangère – d’où sa prédilection pour les otages sans frontières. Ce pathétique permanent, c’est le théâtre politique des émotions selon Nicolas Sarkozy. Nous sommes invités à pleurer sur les victimes du destin, pour ne pas prendre en pitié les victimes de la politique : par exemple, il ne faudrait surtout pas que l’émotion nous mobilise en faveur des sans-papiers, ou des mal logés. C’est bon pour les «gauchistes» ou les people. A nous d’être le public passif du spectacle présidentiel. On ricanait quand Ségolène Royal proclamait à Charléty : «Aimons-nous les uns les autres», mais beaucoup moins quand Nicolas Sarkozy déclarait au Zénith : «Réapprendre à aimer, c’est le plus grand défi auquel se trouve confrontée la civilisation moderne.» Ce n’est certes pas la même fraternité – l’amour des autres pour la candidate évangélique, et l’amour de soi devant les jeunes de l’UMP. Mais comment comprendre cette inégale sévérité ? Dans l’émotion féminine de la candidate socialiste, le problème était-il qu’elle fût de gauche, ou qu’elle fût femme ?

Mais un homme constamment ému est-il vraiment un homme, selon les canons traditionnels du monde politique ?

Il faut penser ce que la politique fait au genre. Quand Nicolas Sarkozy, après son divorce, reprend au Tchad le rôle qu’avait joué son épouse en Libye, on pourrait croire qu’il entame son image d’homme. Il n’en est rien. En expliquant que «le rôle du président est de prendre en charge tous les Français», il en fait une affaire de sensibilité masculine. Comment s’est opéré ce renversement ? La nouvelle masculinité politique a d’abord été mise en scène aux Etats-Unis avec Bill Clinton et Al Gore, dans les années 90. On les disait touchy-feely : contre la raideur virile, ils affichaient une sentimentalité «moderne». C’est une nouvelle génération : comme Nicolas Sarkozy, des enfants de la télé. Mais le président français, à la différence de Bush, importe cette nouvelle masculinité à droite. Sans renoncer à la veine machiste du Kärcher, face aux pêcheurs, il assortit cette virilité musclée d’une virilité émue. Voilà sans doute pourquoi Sarkozy a pu se montrer en mari délaissé… Traditionnellement, l’homme politique n’est pas cocu ; il fait cocu, dans tous les sens du terme, à commencer par ses aventures supposées.

Qu’advient-il quand les rôles de genre s’inversent publiquement ? Nicolas Sarkozy réussit un coup de maître : il retourne le stigmate. L’homme moderne n’est pas celui qui maîtrise tout ; c’est celui qui a le courage de rebondir dans l’épreuve. «Je sais maintenant que ce sont ces failles, ces blessures, ces souffrances que j’ai surmontées qui font ma force.» Ainsi, la force de son désir lui permet de reconquérir son épouse comme, malgré l’échec de 1995, il s’apprête à conquérir la France. Après son divorce, gageons qu’il saura nous donner à nouveau le spectacle, riche en sentiments, de sa résilience.

Notre président n’est pas seulement un homme de cœur ; c’est «un cœur d’homme» (voir Johnny Hallyday). Pour Yasmina Reza, c’est un enfant, si émouvant, donc si séduisant – comme tous les hommes de pouvoir, à la fois fragile et fort. Il propose ainsi à la droite une nouvelle masculinité. Et on comprend pourquoi la droite est «décomplexée». Non seulement la gauche n’a plus le monopole du cœur, mais, aujourd’hui, le cœur est à droite. Etre de droite ne fait pas de vous un égoïste froid, mais un homme, ému et émouvant. L’électeur de droite était un peu comme l’homme en fer-blanc dans le Magicien d’Oz : il voulait un cœur. Nicolas Sarkozy lui a donné ce supplément d’âme.

Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy annoncent leur séparation et divorce à quelques mois d’intervalle. Est-ce un hasard ?

Nullement. Pour le comprendre, il faut remonter en arrière : la nouveauté de la présidentielle de 2007, ce n’est pas seulement qu’une femme accède au second tour, mais que les deux candidats principaux apparaissent en couple. Ce n’est plus tout à fait la rencontre d’un homme et d’un peuple : l’homme politique a une femme, ou est une femme. Pour comprendre cette mutation, il faut remonter à la parité. La représentation nationale est censée représenter la différence des sexes.

L’homme politique n’est donc plus l’individu abstrait du libéralisme classique ; il (ou elle) est sexué(e). D’où la conjugalité : pour la première fois, les grands candidats affichent leur hétérosexualité. C’est donc également l’envers du pacte civil de solidarité (pacs) : aussi parlent-ils tant d’amour et de désir. L’annonce des ruptures s’inscrit dans cette histoire. L’enjeu, c’est la distinction entre vie publique et vie privée. Elle remonte au XVIIIe siècle, avec l’invention libérale du partage entre ces sphères, qui renvoie à un partage entre les sexes : aux unes le foyer, aux autres la politique. C’est cela que remet en cause la parité : les «femmes publiques» interrogent la répartition inégalitaire de la vie domestique. Cela ne signifie pas pour autant la fin de la politique, et pas nécessairement la tyrannie de l’intimité. La politisation de la vie privée est bien politique.

En quoi l’annonce du divorce de Sarkozy est-elle donc un enjeu politique ?

Le féminisme nous a appris que le personnel est politique. Cela ne veut pas dire que le privé est public, nous condamnant à la transparence. Cela signifie plutôt qu’il y a des rapports de pouvoir jusque dans l’intimité – y compris dans la chambre à coucher. Pour autant, ce qui se passe dans un lit n’a pas vocation à basculer sur Internet ! D’ailleurs, ce n’est pas le féminisme, mais l’offensive réactionnaire qui fait le rapport Starr dans l’affaire Monica Lewinsky. Mais le féminisme nous aide aussi à penser le partage entre les deux sphères, publique et privée, comme une distinction politique.

En effet, il n’est plus possible de décider a priori où passe la frontière, qui n’a plus comme autrefois l’évidence d’un fait naturel : la politique était publique, le sexe était privé. Du coup, tracer la limite devient un enjeu politique : la question, c’est de savoir qui la contrôle – qui a le pouvoir de délimiter ce qui est révélé et ce qui ne l’est pas. Aux Etats-Unis comme en France, cet enjeu définit les rapports de pouvoir entre les médias et la classe politique. Certes, nos journalistes sont, plus qu’aux Etats-Unis, embedded, embarqués dans une intimité de connivence. Les liaisons dangereuses entre médias et politiques sont connues. Mais c’est bien un rapport de pouvoir qui se joue : qui révèle quoi, quand ? L’annonce de la séparation ou du divorce coïncide avec une élection importante ou une grande grève : Ségolène Royal et Sarkozy manifestent ainsi que l’enjeu en est politique. La révélation de la vie privée des politiques, pour les journalistes, ce n’est donc pas (seulement) un problème de déontologie ; c’est (surtout) l’enjeu d’un rapport de pouvoir entre médias et classe politique.

Cécilia Sarkozy a souvent été louée dans les médias pour «sa modernité»… Est-elle si moderne et indépendante que cela ?

Les deux couples de la campagne n’étaient pas symétriques. D’un côté, deux égaux, à tel point qu’on les disait concurrents. De l’autre, un couple traditionnel, l’épouse au service de l’époux. C’est la différence entre les époux Clinton et Bush. Or on n’entend jamais décrire Laura Bush (ou Barbara…) comme un modèle de modernité. Prendre Jackie Kennedy pour modèle est d’ailleurs paradoxal : la modernité des années 2000, ce serait donc la femme du début des années 60. Le glamour des magazines people, et pas la femme active des magazines féminins ? C’est précisément la modernité paradoxale que salue, dans Paris Match, l’écrivaine Catherine Millet: «Ce qui est vraiment très intéressant, c’est que Cécilia ne s’émancipe pas, par exemple, pour faire carrière, mais simplement pour jouir de la vie.» On dira sans doute que, justement, c’est un problème d’image et non de politique. Voire. Quand Cécilia déclare dans Elle : «J’ai consacré à Nicolas vingt ans de ma vie», la question qui se pose, mais qui ne lui est pas posée, est celle de beaucoup de divorces en situation d’inégalité économique – la pension alimentaire. Pourtant, cela n’éclaire-t-il pas d’un jour nouveau l’augmentation de salaire que s’accorde le Président au lendemain de la séparation ?

Nicolas Sarkozy a instauré le premier gouvernement paritaire au niveau des ministres. Serait-il devenu féministe ?

C’est la République elle-même qui a changé de sens. Après 1989, contre l’Amérique qu’on disait sous l’emprise du sexuellement correct, on renvoyait les questions sexuelles du côté de la vie privée, au nom de la République. Dans les années 2000, au contraire, les questions sexuelles sont devenues des enjeux politiques par excellence, depuis le pacs et la parité jusqu’à la prostitution et aux violences sexuelles. On l’a vu dans l’argumentaire républicain contre le voile islamique : on ne dit plus seulement que la religion est privée, mais que l’égalité entre hommes et femmes est un enjeu public. Autrement dit, la République s’inscrit désormais dans une logique de modernité – la «démocratie sexuelle». C’est que l’opposition entre «eux» et «nous» ne passe plus par le contraste transatlantique. «Eux», en France et dans le monde, ce sont des autres racialisés par leurs origines, leur religion, leur culture : nous sommes entrés, avec le 11 Septembre, dans la rhétorique du conflit des civilisations.

Nicolas Sarkozy l’a bien compris. Pendant la campagne présidentielle, quand il parle d’identité nationale, c’est bien sûr pour opposer «eux» à «nous». Mais c’est en termes sexuels : «Les femmes, en France, sont libres, comme les hommes, libres de circuler, libres de se marier, libres de divorcer. Le droit à l’avortement, l’égalité entre les hommes et les femmes, ça fait partie aussi de notre identité.» La droite place le droit à l’avortement au cœur de l’identité nationale. Peut-être dans cinq ans en ira-t-il de même pour le mariage homosexuel, comme aux Pays-Bas ? On n’en est pas là, bien sûr. Mais ce revirement républicain est essentiel pour comprendre la conversion féministe de Sarkozy.

Cette parité, avec Rama Yade et Rachida Dati dans les rôles-titres, ne relève-t-elle pas parfois du simple effet d’affichage ?

On ne peut que se féliciter de voir des femmes et des minorités visibles au gouvernement, en particulier dans des fonctions régaliennes comme la justice, même si elles y entrent au moment où le pouvoir semble avoir quitté le gouvernement pour se concentrer à l’Elysée. Reste l’ambiguïté de cette modernité «minoritaire». Ainsi, Rama Yade accompagne le Président à Dakar, dont elle est originaire. Mais le discours sur «l’homme africain», qui n’a pas rejoint «l’idée de progrès» du Président, la réduit alors au silence. Que dire en effet, puisqu’elle n’ose ni le contester ni le valider ? Ainsi, face aux squatteurs d’Aubervilliers, elle se contentera de revendiquer que la gauche «n’a pas de leçon à [leur] donner». Pour Nicolas Sarkozy, qu’il s’agisse des femmes ou des minorités visibles, on est toujours dans la logique ambiguë des minorités symboliques. Leur participation est un symbole fort, elle change l’image des élites politiques. Mais ces jeunes femmes, hier inconnues, ne sont-elles pas en retour condamnées à la dévotion envers leur bienfaiteur ? Si elles doivent tout à la faveur du Président, cela veut dire qu’elles ne sont rien sans lui. C’est le problème lorsqu’au lieu de changements structurels on dépend de la seule volonté du prince. Car l’affichage minoritaire dispense aussi le Président d’agir sur la réalité, puisqu’il protège de la critique.

A part ces nominations symboliques, qu’a-t-il fait pour la condition des femmes, quand on sait par exemple qu’elles seront les premières touchées par la baisse des retraites ? De même, loin de combattre les discriminations, la xénophobie d’Etat ne rejaillit-elle pas sur les minorités visibles, de nationalité française ou pas ? A Washington, le 6 novembre, le Président déclare avec émotion : «L’Amérique que j’aime, c’est celle qui se dote depuis vingt et un ans d’un ministre des Affaires étrangères qui n’est pas américain “canal historique”, pour reprendre la belle expression de Rama [Yade] : Madeleine Albright, Colin Powell, Mme Rice.» La gaffe est révélatrice : pour lui, Condoleezza Rice n’est pas une Américaine «de souche», puisqu’elle est noire. Et d’ajouter fièrement : «Je suis heureux que Rachida Dati soit garde des Sceaux, ministre de la Justice.» Au moment de la célébrer, c’est signifier qu’elle n’est pas tout à fait française, et qu’elle n’a pas naturellement sa place en politique. Dans le spectacle mis en scène par Nicolas Sarkozy, les femmes sont comme les minorités visibles, éternellement d’origine étrangère. Etrangères à la sphère politique, elles n’y sont conviées que par la grâce présidentielle.

Source :http://www.liberation.fr/transversales/weekend/293452.FR.php

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Published by Misfit - dans Divers
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